Robots téléphoniques: le Bloc, une victime dès 2009

En novembre 2009, au petit matin du jour... (Photothèque Le Soleil)

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En novembre 2009, au petit matin du jour J du scrutin complémentaire devant trouver un successeur au démissionnaire bloquiste Paul Crête, le téléphone a sonné dans plusieurs résidences, a rapporté la candidate du Bloc québécois Nancy Gagnon.

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Michel Corbeil
Le Soleil

(Québec) Les robots téléphoniques ont bel et bien servi à tromper les électeurs dans des circonscriptions de l'Est-du-Québec. Le Bloc québécois a été la victime des cas dont a pu prendre connaissance Le Soleil.

Comme nous le relevions, la semaine dernière, la circonscription de Montmagny-L'Islet-Kamouraska-Rivière-du-Loup apparaît comme le terrain de la première expérimentation d'appels programmés par ordinateurs pour induire les citoyens en erreur.

En novembre 2009, au petit matin du jour J du scrutin complémentaire devant trouver un successeur au démissionnaire bloquiste Paul Crête, le téléphone a sonné dans plusieurs résidences, a rapporté la candidate du Bloc québécois, Nancy Gagnon.

«Cela a commencé vers 5h du matin», s'est rappelée Mme Gagnon. Une voix indiquait que c'était jour d'élections et que l'aspirante députée du Bloc invitait la personne probablement réveillée par le coup de fil à faire son devoir de citoyen.

«Cela s'est fait uniquement le jour J, a poursuivi Nancy Gagnon. C'était fait de façon professionnelle pour dissuader les gens de voter pour moi.»

Le procédé mis au point était particulièrement tordu. Le numéro de téléphone laissé par le robot téléphonique sur l'afficheur du citoyen était celui du télécopieur de Christiane Gagnon, alors députée bloquiste de Québec, apprendront pendant la journée les organisateurs de la formation politique de Gilles Duceppe.

Un ex-membre du personnel politique du parti souverainiste siégeant à Ottawa a rapporté avoir été «soufflé» d'apprendre des spécialistes que les ordinateurs pouvaient brouiller les pistes de cette façon. «On a voulu se camoufler et rendre le stratagème encore plus crédible.»

Il ne peut qu'imaginer la colère du citoyen, déjà mécontent de se faire déranger à une heure matinale, qui s'est heurté au long trait sonore d'un télécopieur lorsqu'il a voulu se plaindre d'un appel passé aux petites heures.

Le message du robot téléphonique avait beau «être malhabile, plus qu'artisanal», a raconté un autre permanent au Bloc, il visait à tromper l'électeur. En outre, en pointant le télécopieur de Christiane Gagnon, «il laissait entendre que nous avions utilisé du matériel appartenant à la Chambre des communes».

Une plainte a été déposée à la Sûreté du Québec par le directeur adjoint de l'organisation locale du Bloc. Mais, pour l'instant, personne ne sait si une investigation a été entreprise, encore moins si elle a abouti. Aucune des personnes interrogées n'a voulu affirmer quel parti adversaire a employé cette tactique.

Et le 2 mai

Le recours à des appels automatisés fait l'objet d'un débat virulent au Parlement depuis deux semaines. Les partis formant l'opposition accusent les conservateurs de Stephen Harper d'avoir utilisé des robots téléphoniques, lors du scrutin du 2 mai. Résultat, Élections Canada a été inondé par 31 000 appels de Canadiens inquiets.

Les dénonciations portent sur des messages, se réclamant frauduleusement d'Élections Canada, incitant à se présenter à la mauvaise adresse pour voter. Dans d'autres cas, les coups de fil tenaient du harcèlement, tard la nuit ou petit matin, acheminés faussement au nom d'un adversaire.

Pour l'instant, selon les partisans contactés chez tous les partis formant l'opposition, aucun appel ou demande d'enquête ne semble avoir été acheminé en provenance du Québec.

Par contre, dans la capitale, l'ex-député et candidat du Bloc dans Louis-Hébert a affirmé avoir été la cible d'une manoeuvre déloyale semblable, où un coup de fil était passé en usurpant l'identité de sa formation. Pascal-Pierre Paillé se «rappelle très bien» de plaintes de citoyens, acheminées aux militants à son local électoral ou à lui-même lors d'activités partisanes.

Ce n'était pas des appels frauduleux, mais des coups de fil «très tard, le soir, qui ont été effectués pendant la campagne électorale. Nous, au Bloc, dans Louis-Hébert, nous n'utilisons jamais des machines comme ça. On avait nos propres bénévoles pour appeler. Et c'est clair qu'en appelant si tard, la stratégie, c'était d'écoeurer le monde» et de dissuader de voter Bloc québécois.

M. Paillé a répondu qu'il n'a pas déposé de plainte où que ce soit, à la police comme chez Élections Canada. «C'est plus facile maintenant de dire que nous aurions dû nous plaindre», a-t-il dit au sujet d'un scrutin où il a été battu décisivement par le néo-démocrate Denis Blanchette. Le bloquiste s'est gardé d'accuser le Parti conservateur comme le fait l'opposition à Ottawa.

Plus tôt, la semaine dernière, Radio-Canada a cité la responsable de la campagne du Bloc dans Chicoutimi-Le Fjord. Élise Gauthier a avancé que des messages enregistrés et répétitifs l'ont visée.

L'organisatrice a mentionné que la voix entendue sur un des appels disait porter le même prénom qu'elle. Selon l'article, dans d'autres cas, c'est le nom de collaboratrices proches du candidat bloquiste Robert Bouchard qui était usurpé. «Il faut que ce soit quelqu'un de la région qui nous connaît très bien, mais qui travaillait pour les conservateurs», a allégué Mme Gauthier.

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