De passage à Québec, vendredi, le chef intérimaire du Parti libéral du Canada a fait valoir que des appels malveillants - téléguidés par des stratèges du Parti conservateur, accuse-t-il - ont été répertoriés dans 27 circonscriptions à travers le pays.
M. Rae a accueilli avec satisfaction les premiers échos de l'enquête d'Élections Canada qui ont filtré dans les médias. Selon Postmedia News, l'investigation se concentre, pour l'instant, dans 18 circonscriptions.
Des messages, se réclamant frauduleusement d'Élections Canada, auraient incité des citoyens à se présenter à la mauvaise adresse pour voter. Dans certains cas, les coups de fil tenaient du harcèlement, tard la nuit au petit matin, acheminés faussement au nom des libéraux. Postmedia a signalé que les appels provenaient d'une firme proche des conservateurs, l'albertaine RackNine.
C'est Bob Rae qui a demandé le déclenchement d'une enquête dans cette affaire. «Pour moi, c'est un scandale, a-t-il souligné. Si nous pouvons montrer clairement que le résultat d'élections a été affecté par ce qui est arrivé, nous avons une bonne chance, je crois, d'amener devant les tribunaux la possibilité de nouvelles élections partielles.»
À ses yeux, le cas le plus flagrant d'une injustice provoquée par le recours aux robots téléphoniques pour salir un candidat est celui de Borys Wrzesnewskyj. Le député libéral sortant d'Etobicoke-Centre (2004-2011), en Ontario, a été battu après avoir été apparemment une cible d'une campagne téléphonique automatisée. Bob Rae a souligné qu'il a perdu son siège par une vingtaine de suffrages.
Au-delà des élections
Le chef libéral a rappelé que les manoeuvres conservatrices ne se limitent pas aux élections. Il a rappelé que son collègue Irwin Cotler, qui représente la circonscription montréalaise de Mont-Royal, a goûté à cette médecine. Un sondage téléphonique, commandité par le Parti conservateur, laissait croire qu'il avait démissionné ou qu'il était sur le point de le faire.
Pour Bob Rae, l'affaire des robots téléphoniques «est un exemple de ce qui arrive avec l'attitude» des conservateurs, formant depuis le 2 mai un gouvernement majoritaire à Ottawa. Ce sont des attaques personnelles, a déploré le libéral.
Attaques personnelles
«On le voit à la Chambre des communes. Le parti de M. Harper lance [à propos de la guerre
en Afghanistan]: "Vous êtes avec nous ou vous êtes avec les talibans." Ou encore: "Vous êtes avec nous ou vous êtes avec les pédophiles" sur le débat pour durcir les peines d'emprisonnement», a mentionné M. Rae.
L'affaire qu'il a soulevée va plus loin, a-t-il plaidé. «Ce ne sont pas uniquement des attaques personnelles. Ce sont des actions clairement illégales. Elles ont pour effet de changer le résultat de l'élection, en décourageant les gens de voter.» À son avis, Élections Canada et la Gendarmerie royale du Canada ont les pouvoirs nécessaires pour mener à terme «l'enquête nécessaire».