L'alpiniste Legault dévisse, selon un sondage CROP-Le Soleil-La Presse effectué du 17 au 21 février. L'ensemble des données laisse penser qu'on aurait «probablement un gouvernement du Parti québécois au pouvoir, mais qu'il serait très certainement minoritaire», analyse le vice-président de la firme, Youri Rivest.
La Coalition avenir Québec est passée de 39% d'appuis en décembre à 26 % aujourd'hui. Une perte vertigineuse de 13 points de pourcentage en deux mois. La CAQ affichait 31 % le mois dernier.
«Les attentes à son endroit étaient très grandes, constate Youri Rivest. En plus, ils [les caquistes] ont été attaqués de toutes parts.»
«Je ne pense pas qu'ils ont réussi à avoir un message cohérent», ajoute le sondeur. Les déclarations du transfuge François Rebello sont pour quelque chose dans ces résultats, «mais c'est l'ensemble de l'oeuvre» qu'il faut montrer du doigt, précise-t-il.
Les malheurs actuels de la Coalition avenir Québec réjouiront le Parti québécois; particulièrement les fidèles de Pauline Marois, qui ont dû combattre des adversaires venant autant de l'extérieur que de l'intérieur ces derniers mois.
De décembre à aujourd'hui, le Parti québécois est passé de 18 % à 30 %. Il se rapproche du palier où il s'était hissé au printemps, soit avant la série de démissions de juin et les querelles qui l'ont miné par la suite.
«C'est comme si sa traversée du désert était terminée, commente Youri Rivest. Le Parti québécois est retombé sur ses deux pattes»: la gauche, avec l'abolition de la taxe santé, et la souveraineté, projet pour lequel Pauline Marois paraît se montrer plus volontaire depuis quelque temps.
Le PQ prend des intentions de vote à la Coalition de François Legault et chez Québec solidaire. Le parti d'Amir Khadir glisse à 8 %.
Le Parti libéral de Jean Charest, lui, se maintient depuis l'automne dernier à 29 %. Il est deuxième, derrière le PQ.
Danger pour Charest
Le Parti québécois à 30%, le Parti libéral à 29% et la Coalition avenir Québec à 26 %... En apparence, c'est une véritable lutte à trois qui se dessine au Québec. Mais lorsqu'on regarde les données à la loupe, on voit que le PQ monte et que la Coalition baisse.
Le premier ministre Jean Charest, qui a déjà indiqué qu'il ne déclencherait pas d'élections générales avant le 21 avril au moins, devra avoir d'autres chiffres que ceux de ce sondage pour avancer.
D'abord, il doit composer avec une humeur générale qui est à la morosité. Quelque 65% des citoyens estiment que le Québec file dans une mauvaise direction. Voilà pour le fond de scène.
Ensuite, il doit vivre avec un taux d'insatisfaction qui colle à 70%. En 2007, pour mémoire, Jean Charest avait déclenché un scrutin avec 53% d'insatisfaits. Il n'avait pu faire mieux qu'un gouvernement minoritaire...
Mais le pire du pire pour le chef libéral se trouve dans le famélique appui de 18% qu'il récolte chez les francophones - eux qui forment plus de 70% de l'électorat dans près d'une centaine de circonscriptions (sur 125). Youri Rivest pense qu'il serait bien «téméraire» pour M. Charest de se lancer dans des élections avec des données comme celles-là.
Chez les francophones, la bataille oppose clairement le Parti québécois et la Coalition avenir Québec. Le parti de Pauline Marois obtient 36% à ce chapitre; celui de François Legault, 31 %. «À 18 %, les libéraux sont presque marginalisés», dit M. Rivest.
Les chefs
Et qui ferait le meilleur premier ministre, selon les Québécois? François Legault et Jean Charest sont à égalité, avec 21% de réponses positives. «L'enthousiasme envers Pauline Marois a augmenté significativement», mais elle se classe encore au troisième rang dans cette compétition, avec 19 % d'appuis.
Cette lutte se resserre néanmoins, puisque la tendance indique que François Legault chute et que Pauline Marois grimpe.
Il existe tout de même une mauvaise nouvelle pour les souverainistes dans ce coup de sonde: 61 % des Québécois voteraient Non à une question référendaire portant sur la souveraineté du Québec; 39 % voteraient Oui.
Et que répondre à ceux qui se moqueront de la «volatilité» de l'électorat québécois, qui, selon plusieurs, est prompt à brûler ce qu'il a aimé?
«Cette situation est propre à ce qu'on pourrait appeler une fin de cycle», explique le sondeur de CROP. «Ce que tout ça montre, c'est que l'électorat est disponible à une offre politique différente» - du moins une partie des électeurs, ceux qui font et défont les gouvernements. «Ils cherchent et magasinent.» La «photo» pourrait donc continuer à évoluer en dents de scie.
Un baume pour Legault
La capitale fait office de château fort pour la Coalition avenir Québec de François Legault. Elle y écrase ses adversaires avec 40 % d'appuis. Près d'un électeur sur deux serait caquiste.
Dans la région métropolitaine de Québec, qui a souvent voté en bloc, le Parti québécois se classe au deuxième rang avec 31 % d'intentions favorables. Le Parti libéral ferme la marche des trois principales formations politiques avec 18 %. Beaucoup plus loin, en quatrième position, on trouve Québec solidaire, qui aurait récolté 7 % des suffrages si des élections générales avaient eu lieu ces derniers jours.
Dans la région métropolitaine de Montréal, c'est le Parti libéral qui ouvre le bal, avec 37 % d'appuis. Il est suivi par le Parti québécois (26 %), la Coalition (22 %) et QS (8 %). En fait, chaque parti possède ses zones de prédilection, pourrait-on résumer.
Dans «le reste du Québec», pour reprendre les mots de CROP, c'est en effet le PQ qui domine, avec 35 % des voix. La Coalition suit avec 28%. Dans «le reste du Québec», le PLQ doit se contenter de 22 % d'appuis.
Méthodologie : La collecte de données en ligne s'est déroulée du 17 au 21 février 2012 au moyen d'un panel Web. Un total de 1000 questionnaires ont été remplis. Étant donné le caractère non probabiliste de l'échantillon, le calcul de la marge d'erreur ne s'applique pas.