L'Assemblée nationale boude le logiciel libre

Pierre Asselin
Le Soleil

(Québec) L'Assemblée nationale se retrouve en pleine controverse après avoir écarté les fournisseurs de logiciels libres pour l'achat de centaines de suites bureautiques. Un nouvel appel d'offres vient d'être lancé pour les produits Microsoft, exclusivement, à la suite d'une étude réalisée par... un partenaire Microsoft.

L'appel d'offres porte sur l'acquisition de 600 licences de la suite bureautique Office Pro Plus 2010, ainsi que sur une option pour l'achat de 600 licences supplémentaires dans les 60 jours suivant la date d'ouverture des soumissions, le 28 février, soit une valeur totale approximative de 200 000$.

La Fédération québécoise des communautés et industries du libre a dénoncé mardi, dans un communiqué de presse, la décision d'attribuer le marché à Microsoft «sans mise en concurrence, sans comparaison avec les solutions en logiciels libres, et ce, malgré la volonté unanime de la représentation politique québécoise, exprimée lors de l'étude de la loi 133, de voir les logiciels libres pris en compte dans les marchés publics».

Selon le président de la Fédération, Cyrille Béraud, les suites OpenOffice.org ou LibreOffice répondent parfaitement aux besoins de l'Assemblée nationale.

Pour répondre à cette critique, l'Assemblée nationale affirmait mercredi, par communiqué elle aussi, que la procédure d'achat était conforme aux objectifs de la loi 133. «L'Assemblée a commandé une étude sérieuse et documentée, réalisée par la firme externe indépendante Fujitsu Conseil (Canada) inc. L'enjeu de la compatibilité aux systèmes et aux logiciels informatiques déjà en place à l'Assemblée nationale est important; le produit Microsoft s'est avéré grandement avantageux.»

Le problème, c'est que la firme «indépendante» est une «Microsoft Gold Certified Partner». «Nos conseillers collaborent directement avec Microsoft pour résoudre tous les problèmes...» peut-on lire dans la publicité de Fujitsu.

Cyrille Béraud rappelle le jugement rendu en faveur de son entreprise, Savoir-faire Linux, contre la Régie des rentes en 2010. «Le jugement est très clair, dit-il. On ne procède à ce genre d'étude que pour les cas où il n'existe aucun autre fournisseur. En dehors de ça, c'est par soumission publique que l'acheteur doit prendre sa décision.»

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