La décision a été communiquée mercredi au personnel de la CSST, sans annonce publique. Le président de l'organisme, l'ex-député libéral Michel Després, et la vice-présidente responsable des communications, également une ancienne élue du Parti libéral du Québec, Carole Théberge, se sont abstenus de tout commentaire.
Il n'a pas été possible d'apprendre si M. Houle continue d'appartenir à la fonction publique. L'ex-directeur a décliné la demande d'entrevue qui lui a été adressée par Le Soleil. «C'est à la CSST de répondre», a-t-il indiqué dans un courriel lui demandant des commentaires sur son départ. «Il s'agit d'une question [...] relative à ma vie privée.»
Selon les informations glanées, M. Houle s'est retrouvé sur la corde raide lors du Grand Rendez-vous des partenaires, la grand-messe annuelle que tient la CSST. Il aurait alors «échappé» des propos inappropriés pendant la rencontre publique alors qu'il croyait son micro fermé.
Des sources dans l'organisation rapportent que Mme Théberge, qui l'a recruté chez la firme National, où il était conseiller, l'aurait relevé de ses fonctions. Le motif du renvoi n'a pas été révélé.
Le Soleil a appris qu'une vérification interne des notes de frais de M. Houle est en cours. Deux sources ont indiqué qu'une quinzaine d'employés ont été interrogés.
Les contrôles porteraient sur des allégations de dépenses ne correspondant pas aux normes de la fonction publique et des allégations de falsification de relevés.
L'enquête viserait notamment à savoir si les cadres et des employés, dont les noms apparaissent sur des comptes de remboursement pour justifier des notes de frais, ont assisté à des repas. Il n'a pas été possible d'en obtenir la confirmation.
Par ailleurs, Le Soleil a demandé, par la Loi sur l'accès à l'information, les comptes de frais de M. Houle et de sa supérieure hiérarchique, Mme Théberge. De 2008 à 2011, les réclamations du directeur totalisent 57 226 $; celles de la vice-présidente, 61 159 $.
Pour les deux années complètes qu'il a passées à son poste, en 2009 et en 2010, le cumul des dépenses (voyages, repas, réunions et colloques) a atteint respectivement 19 519 $ et 19 877 $. Pour les mêmes périodes, Carole Théberge a réclamé 14 382 $ et 16 382 $.
Les avis des hauts fonctionnaires consultés par Le Soleil sont partagés sur les montants en jeu. Compte tenu de l'envergure de l'organisation, des représentations à faire et des déplacements, certains ont fait valoir que cela ne semble pas scandaleux. «Des sous-ministres ne dépensent pas cela», s'est, par contre, opposé l'un d'eux.
Les documents transmis contiennent peu de détails sur le montant remboursé et la nature exacte des dépenses. Une partie des copies des comptes de frais sont rédigées en caractères illisibles, avec des informations qui ont été... caviardées.
Un «personnage»
M. Houle est un «personnage», a fait valoir un de ses ex-collègues. Il a provoqué des remous à la CSST, comme dans d'autres organisations. Il a travaillé dans le secteur privé, mais aussi dans les milieux politiques, conseillant notamment trois hommes qui deviendront premier ministre du Québec : le péquiste Bernard Landry, à Québec, le conservateur Jean Charest, devenu chef des libéraux du Québec en 1998, et Lucien Bouchard, alors qu'il était à Ottawa, et qui dirigera le gouvernement comme chef du Parti québécois.
François Houle a notamment été président du Festival d'été de Québec. En 2004, il a été blanchi des accusations portées dans une célèbre cause sur la prostitution juvénile, l'opération Scorpion.