Le communiqué est tombé en milieu d'après-midi, dimanche. Dans la foulée d'un article de La Presse, samedi, sur la rémunération d'un employé du Bloc québécois à même le budget parlementaire du parti, M. Duceppe écarte maintenant toute velléité de détrôner Pauline Marois.
«La gestion des budgets de la Chambre des communes alloués au Bloc québécois s'est toujours faite de façon transparente et honnête, jure l'ex-chef bloquiste. Dorénavant, j'entends me concentrer entièrement à défendre mon intégrité et à rétablir ma réputation. Il m'est donc impossible d'envisager un retour en politique active.»
Au cours de la dernière semaine, M. Duceppe a créé un énième branle-bas de combat au PQ en affichant sa disponibilité à en prendre les rênes. Il a consulté des députés démissionnaires du PQ pour jauger leur intérêt à revenir au bercail s'il devenait chef. Les figures du SPQ-Libre Marc Laviolette et Pierre Dubuc n'ont pas tardé à claironner qu'il était l'homme de la situation. Plus qu'il en fallait pour replonger le leadership de Mme Marois dans la tourmente.
La chef péquiste n'a pas voulu, dimanche, commenter l'abandon des visées de M. Duceppe. En point de presse, à Montréal, Mme Marois a néanmoins décrit le ténor souverainiste comme «un homme intègre et qui agit de bonne foi». Son offre à M. Duceppe de se joindre à elle au PQ tient toujours, dit-elle.
Quoi qu'il en soit, ce retournement de situation devrait permettre à Mme Marois d'affronter avec plus de confiance le caucus présessionnel des députés, cette semaine, à Joliette, et le conseil général de la fin du mois. L'absence de prétendant sérieux rend incertaine la contestation ouverte de son leadership par des associations de circonscription.
Ombres au tableau
Il reste néanmoins quelques ombres au tableau pour Mme Marois. L'ex-premier ministre péquiste Bernard Landry entend toujours publier une lettre, mardi, dans laquelle il livrera «l'intervention d'un patriote qui pense à l'avenir du Québec».
Joint dimanche par Le Soleil, M. Landry a assuré que les événements concernant M. Duceppe ne «changeaient pas une virgule» à son texte.
Il est également fort probable qu'un autre sondage surgisse au cours de la semaine, ce qui pourrait entretenir des inquiétudes sur le leadership de la chef.
La question des alliances avec les autres partis souverainistes reviendra aussi sur le plancher.
Au caucus des députés, Yves-François Blanchet estime que le retrait de M. Duceppe aura un effet «majeur» sur la stabilité de l'aile parlementaire. Il s'agit selon lui d'une «importante victoire» pour la chef.
«Depuis plusieurs années, il y avait toujours cette espèce d'hypothèque bien entretenue par les sondages au-dessus de Mme Marois, dit M. Blanchet. Là, elle est passablement seule en piste contre le PLQ et la CAQ. Ça élimine une distraction majeure et ça oblige les gens qui se tâtaient à se rallier dans une organisation beaucoup plus cohérente.»
Le leader parlementaire et député de Chicoutimi, Stéphane Bédard, soutient pour sa part qu'il n'a jamais senti une «réelle fronde» au cours des derniers jours.
«On a senti qu'il y avait des gens qui ont exprimé une opinion très marginale, dit-il. On sentait que des gens prenaient panique ou perdaient le sens de l'équipe.»
Il montre du doigt Marc Laviolette, du SPQ-Libre, qui devrait selon lui faire une réflexion. «Le PQ est un lieu où les gens ont droit de parole, poursuit-il. C'est bien. Malheureusement, il y en a qui l'utilisent mal.»
«Malhabile tout le long»
Sous le couvert de l'anonymat, une source péquiste s'étonne du peu de préparation de l'ex-bloquiste dans sa campagne avortée pour conquérir le PQ.
«Il a été malhabile tout le long, affirme-t-on. Une course larvée de l'extérieur comme ça, c'est une partie d'échec. Ils ont joué ça gros comme un éléphant dans un magasin de porcelaine.»
En 2007, M. Duceppe s'était aussi incliné devant Mme Marois dans la succession d'André Boisclair, faute d'appuis.
Au Parti libéral du Québec, dimanche, le président, Marc Tanguay, constatait une «crise permanente» au PQ, qui offre «chaque jour un nouveau rebondissement». «On va continuer à suivre le feuilleton», dit-il.