Dans une entrevue accordée au site Web de L'Aut'Journal vendredi, le président de la Centrale des syndicats de l'enseignement du Québec, Réjean Parent, malmenait la chef du Parti québécois, Pauline Marois. Une série de décisions de la chef péquiste auraient irrité les militants syndicaux, soutenait M. Parent. De plus, le quotidien Le Devoir avançait hier qu'une fronde syndicale contre Mme Marois se dessinait à l'horizon.
Or, une source bien au fait du milieu syndical québécois a affirmé au Soleil qu'une telle salve anti-Marois n'aura pas lieu à court terme. Réjean Parent aurait bel et bien ainsi agi en tant qu'émissaire, exprimant haut et fort le mécontentement profond des leaders syndicalistes de la province. Mais ces derniers ne sortiront toutefois pas publiquement dans les prochains jours. Le Parti québécois affrontera un caucus houleux cette semaine, en plus d'un conseil national durant la fin de semaine.
Même si des sorties fracassantes ne sont pas à prévoir, le fait demeure qu'il y a une grogne dans le mouvement syndical contre Pauline Marois. «Ce qu'a dit Réjean Parent, tout le monde le pense en ce moment dans le milieu syndical», a soutenu ce syndicaliste préférant conserver l'anonymat. Réjean Parent dénonçait cette semaine qu'au «cours de l'histoire, nous avons eu nos différends, voire d'importants affrontements avec le Parti québécois. Mais un tel déni du mouvement syndical, du monde du travail, c'est du jamais-vu!»
«Abasourdi»
M. Parent se montrait également «abasourdi» de voir que le programme péquiste de 2011 ne contient aucune section sur le monde du travail et rechigne à utiliser les mots travailleurs et syndicats. Mme Marois se serait montrée trop timide devant le projet de loi 399 sur les briseurs de grève, qui vise à moderniser la loi anti-briseurs de grève afin de rééquilibrer le rapport de force entre travailleurs et employeurs. Quebecor avait notamment profité de certaines définitions jugées vétustes de cette loi pour embaucher de nombreux travailleurs extérieurs lors des lock-out du Journal de Montréal et du Journal de Québec, au grand dam des syndicats.
Ce soulèvement du milieu syndical survient alors que la chef Pauline Marois est de nouveau contestée dans son leadership. La chef de l'opposition officielle a été sur la défensive cette semaine alors que l'ancien chef bloquiste Gilles Duceppe s'est montré disponible pour mener la formation souverainiste.
Gilles Duceppe, qui a fait ses premières armes en tant que négociateur au sein de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), est très proche des milieux syndicaux et aurait ainsi l'appui de plusieurs associations de défense des travailleurs.
Jusqu'au bout
En dépit de l'intérêt de Gilles Duceppe pour la tête du Parti québécois, Pauline Marois a réitéré vendredi qu'elle allait se battre jusqu'au bout et représenter sa formation politique aux prochaines élections générales. Quant à M. Duceppe, il répète depuis quelques jours qu'il fait «confiance aux militants et à Pauline Marois pour prendre les bonnes décisions».
Par ailleurs, l'ancien premier ministre Bernard Landry mettra son grain de sel dans cette saga de déchirements au Parti québécois. Celui-ci prépare en effet un texte «très important», qu'il compte diffuser en début de semaine dans les médias québécois.