Des personnes avec qui l'ancien chef du Bloc québécois a discuté sont formelles : «Gilles est déterminé à poser sa candidature au PQ si la place se libère. Et, en attendant, à ne pas accepter les propositions de Pauline pour devenir son lieutenant», a confié l'une d'elles au Soleil, mercredi.
Gilles Duceppe n'entend toutefois plus rester les bras croisés jusqu'à ce que la «place se libère»... Il ne veut pas porter le coup fatal. Mais il veut qu'on sache qu'il est très intéressé. Il ne combat donc pas au sabre, mais au fleuret.
Voilà pourquoi il a distillé de petites phrases, mercredi - des mots feutrés qui en disent tout de même long sur ses intentions.
«J'ai confiance que les militants et Pauline Marois sauront prendre les décisions qu'il faut pour le parti et l'avenir, à leur conseil national», a-t-il, par exemple, déclaré à Radio-Canada. L'instance militante doit se réunir du 27 au 29 janvier à Montréal.
Dans le contexte actuel de crise, Gilles Duceppe sait que ce genre de sortie fragilise Pauline Marois.
«Il est prêt à y aller. Son monde fait des téléphones», confirme un péquiste au centre du jeu.
Inquiets ou réjouis, des députés estiment que «les choses pourraient aller très vite» à partir de maintenant. L'un d'eux se demande même si Pauline Marois sera encore là au conseil national.
La chef a passé la journée de mercredi en réunion de crise à Montréal.
Drainville et Cloutier
En coulisses, d'autres élus supputent déjà sur les éventuels candidats qui se lanceraient dans une course à la direction pour succéder à Mme Marois! Des noms circulent.
Gilles Duceppe serait évidemment sur la ligne de départ, mais ce serait aussi le cas des députés Bernard Drainville et Alexandre Cloutier, dit-on. Ce dernier voudrait se faire connaître de la population.
De l'avis général, l'ex-chef bloquiste, défait aux élections fédérales du 2 mai, l'emporterait dans une course à la direction - même si tous les députés ne voient pas son arrivée au PQ d'un bon oeil.
Quelques-uns y sont même farouchement opposés.
«Pour moi, il est hors de question d'avoir Gilles Duceppe comme chef», a confié le député Sylvain Gaudreault, catégorique. Il n'est pas le seul à penser ainsi. Yves-François Blanchet refuse de se «priver des 30 ans d'expérience de Pauline Marois en politique québécoise».
Le caucus des députés est divisé. Et les militants le sont aussi. Marc Laviolette et Pierre Dubuc, membres du groupe Les Syndicalistes et les progressistes pour un Québec libre, pressent, eux, Pauline Marois de retourner chez elle. «Je pense que M. Duceppe est l'homme de la situation», a insisté M. Laviolette tout au long de la journée.
Des députés péquistes démissionnaires comme Louise Beaudoin, Pierre Curzi et Lisette Lapointe seraient susceptibles de revenir au bercail si Gilles Duceppe prenait la tête du PQ.
Médusés
Les proches de Pauline Marois sont médusés. Les opposants vont trop vite en affaires, disent-ils. Ils vendent trop vite la peau de l'ours.
Un autre chef vivrait les mêmes problèmes que Mme Marois et que ses prédécesseurs, assure l'un d'eux. Il ajoute que «si Duceppe est déterminé à venir, Mme Marois est déterminée à rester».
Il juge Gilles Duceppe «hypocrite», incapable d'avancer à «visière levée».
À la Coalition avenir Québec, on croit que le Parti québécois s'enfonce encore davantage avec cette énième péripétie.
On pense que l'arrivée de Gilles Duceppe, susceptible de hisser plus haut le drapeau de la souveraineté, ainsi qu'une éventuelle alliance électorale avec Québec solidaire, campé à gauche, sont deux éléments qui pourraient faire perdre plus de voix au PQ qu'ils pourraient lui en faire gagner.
Le PQ «est en train d'aller dans toutes les directions», a pour sa part opiné le ministre de la Justice, Jean-Marc Fournier. Le libéral dénonce les souverainistes «perdus» dans les «trappes à homards qu'ils présentent aux Québécois. Ils se sont un peu autotrappés».