«Tout le monde pense que c'est moi ou Line Beauchamp qui avons poussé sur ça. En fait, on a été étonnées et complètement abasourdies quand il nous est arrivé avec ça. C'est vraiment lui qui a décidé ça, et il en a été fatigant quand arrivaient les nominations. Si on n'avait pas les niveaux requis, il nous retournait les recommandations. Je me suis déjà fait retourner une nomination dans un dossier de régime de pension qui n'intéressait personne. Il m'a dit : "Non, Monique, retourne et tu vas trouver une femme."»
Jean Charest estime que Mme Jérôme-Forget est trop modeste lorsqu'elle fait l'histoire de ce dossier. «Elle a été au coeur de l'action», déclare-t-il. Mais il admet qu'il n'avait pas consulté.
«Je n'avais pas consulté parce que j'étais choqué en voyant les chiffres tomber. J'étais choqué au sens de frustré, alors je leur ai dit : "Écoutez, comme il n'y en a pas de femmes, on va régler ça. On va faire une loi et on va les nommer." Puis tout à coup, les femmes qui apparemment n'existaient pas sont apparues.
«La leçon là-dedans, c'est que si tu ne fais pas un effort pour sortir des réseaux traditionnels, tu ne les trouveras pas. Elles sont là, elles existent, mais il faut sortir des réseaux habituels.»
Instinct
Monique Jérôme-Forget partage cet avis. «C'est pas méchant ce que les gars font : ils nomment les hommes qu'ils connaissent, c'est la nature humaine ça. Moi, je dis qu'il faut créer une pression pour contrer cet instinct que nous avons de nommer seulement des gens qu'on connaît.»
«Un jour, conclut Jean Charest, quand j'écrirai mes mémoires dans plusieurs années d'ici... je raconterai ce que c'est la différence entre travailler avec des femmes et des hommes. Il y a une grande différence, et ça influence la façon de travailler du gouvernement.»