Jean Charest a mis la barre haut pour tout le monde en établissant la parité hommes-femmes au sein de son Conseil des ministres en 2007. Un objectif qu'il lui a été impossible de maintenir parfaitement depuis, mais qui a envoyé un message fort dans tout l'appareil gouvernemental.
Quatre ans plus tard, le premier ministre raconte que l'augmentation de la représentation des femmes aux paliers décisionnels s'est souvent heurtée à des réalités variées et difficiles à contrer.
Cela a été le cas dans les conseils d'administration des universités. «Dans leur cas, quand on nomme au conseil d'administration, ça nous arrive sur ce qu'on appelle des pilotes automatiques», a expliqué le premier ministre en entrevue au Soleil.
«Le syndicat nomme quelqu'un, les étudiants nomment quelqu'un, le personnel de soutien nomme quelqu'un. Et là, ça part pour le Conseil des ministres qui approuve. On voyait bien qu'il y avait un déséquilibre hommes-femmes. On leur écrivait pour leur dire qu'il fallait faire mieux, mais elles nous répondaient qu'elles n'avaient pas de contrôle là-dessus. Ça s'est replacé, mais il a fallu faire des rappels à l'ordre fréquents.»
Même chose du côté des syndicats, qui ont des représentants aux conseils d'administration de certains organismes gouvernementaux. «Dans bien des cas, les syndicats nommaient des hommes, et on a fait des rappels. Pour être juste à leur endroit, ils ont réagi positivement, mais ç'a été long. Il a fallu insister.»
Cinq ans après l'adoption de la Loi sur la gouvernance des sociétés d'État, les chiffres montrent des progrès significatifs.
Le 30 novembre, Jean Charest a annoncé que le gouvernement avait atteint la parité entre hommes et femmes aux conseils d'administration de ces organismes. Une augmentation de 27,5 % à 52,4 % depuis 2007. Il s'agit d'une moyenne pour l'ensemble des sociétés d'État et non de résultats individuels : 9 de ces organismes sur un total de 22 n'ont pas encore atteint le chiffre magique, même si elles s'en rapprochent.
«Ce n'est pas une oeuvre achevée, reconnaît Jean Charest. Il y a encore du travail à faire dans d'autres domaines. Il faut pousser là-dessus et on va continuer de le faire.»
La place des femmes a également fait une progression importante à la Cour du Québec. Rien que cette année et l'an dernier, 21 femmes et 15 hommes ont été nommés juges, comparativement à 2 femmes sur 12 pendant la première année du régime libéral en 2003. La parité n'est pas encore atteinte, mais en neuf ans de pouvoir, le gouvernement Charest a nommé 51 femmes et 76 hommes à ce tribunal, ce qui est de loin supérieur aux nominations à la Cour supérieure au Québec par le gouvernement Harper.
Bien que moins importante, on remarque également une progression dans la haute fonction publique où la proportion des femmes sous-ministres est passée de 25 à 38,5 %, et de 24,6 à 35,5 % chez les sous-ministres adjoints ou associés.
Le seul domaine où les femmes ont subi un recul est celui des présidences de sociétés d'État. Elles n'y sont plus que 26 %, comparativement à 34 % en 2003.
Livre en préparation
Monique Jérôme-Forget, qui a signé l'équité salariale et qui a été au coeur de l'effort du gouvernement pour accroître la présence des femmes dans nos institutions, travaille actuellement à la préparation d'un livre sur le sujet. L'ancienne ministre compte aborder le même sujet pour le secteur privé.
Même si la Loi sur la gouvernance des sociétés d'État demandait la parité dans les conseils d'administration, Mme Jérôme-Forget ne fixe pas ses exigences au même niveau : «Moi, je suis contre le 50 %, parce que ça veut dire que si une personne quitte, vous êtes tenus de la remplacer par un homme si c'est un homme, ou par une femme si c'est l'inverse. Moi, je trouve que le bon chiffre, c'est 40 %, de sorte qu'à un moment donné, il peut y avoir 60 % de femmes. Il ne faut pas, lorsqu'une femme quitte, être obligé de la remplacer par une femme. Il faut laisser une flexibilité à la gouvernance.»
Mme Jérôme-Forget confie que, dans certains organismes comme la Financière agricole, «ça va être un problème» en raison de la prédominance des hommes dans ce domaine. «Il y a toujours du monde qui ne voudra pas. Est-ce qu'il faut faire la police? Peut-être, mais je pense que ce n'est pas nécessaire d'aller aussi loin. Ce qui est important, c'est de créer une pression morale sur tout le monde pour les amener à identifier des femmes, alors qu'ils ne le feraient pas normalement.»