La scène se déroulait le jeudi 6 octobre, vers 14h10, l'orateur se nommait Josée Verner, et cette «toute première fois» se révélera aussi la toute dernière sur le plancher du Sénat, en 38 jours de session depuis son assermentation le 14 juin dernier.
L'ancienne ministre responsable de la région de Québec occupe maintenant le siège de Montarville, à la chambre haute. Ce «comté» couvre la Rive-Sud de Montréal, entre La Prairie et Verchères, mais il s'agit là d'une pure fiction historique.
En laissant savoir au moment de sa nomination qu'il ne fallait plus compter sur elle pour faire bouger les dossiers régionaux à Ottawa, Mme Verner avait bien compris les limites de son mandat.
Comme elle l'a elle-même confirmé dans ce discours inaugural sans suite, elle est maintenant une sénatrice «du Québec» dans son ensemble.
Pour le commun des mortels, son intervention de quelque trois minutes en hommage aux militaires de Valcartier de retour de Kandahar constitue la somme de son travail depuis sa nomination en mai dernier. Depuis, elle se montre fort discrète et a refusé de donner une entrevue au Soleil pour cet article.
Mais selon son porte-parole, elle a participé à toutes les séances du Sénat depuis le jour même de son assermentation, sauf une absence pour des raisons familiales.
Si certains comme Pierre-Hugues Boisvenu et Jacques Demers se montrent intarissables durant les réunions de comité qu'ils partagent avec elle ou sur les tribunes publiques, Mme Verner, elle, joue la carte de la discrétion.
Le moulin à paroles ne lui appartient pas et lorsqu'elle s'exprime, elle le fait exclusivement en français, une exception remarquable dans cette enceinte.
Le ministre québécois Sam Hamad notait il y a quelques semaines qu'il n'avait aucun contact avec son ancienne interlocutrice. Situation identique à la Ville de Québec, indique le porte-parole du maire Régis Labeaume.
Toujours des responsabilités régionales?
Josée Verner a-t-elle donc abdiqué ses responsabilités régionales le soir de sa défaite, le 2 mai dernier? Non, elle a tout simplement compris son nouveau rôle en tant que sénatrice, confirme un expert en droit constitutionnel, Pierre Thibault, de l'Université d'Ottawa.
Le Sénat a été créé pour représenter les intérêts des régions, région voulant dire province, dans l'esprit de 1867, explique-t-il en entrevue. Ses membres n'ont aucun mandat de représentation locale, dit-il, il leur revient plutôt de «réviser sereinement les projets de loi gouvernementaux».
La vie derrière les rideaux
Comme les députés, les sénateurs consacrent plus de temps aux tâches dites «connexes», comme leur participation aux comités, qu'à leurs fonctions visibles sur le plancher du Sénat ou des Communes.
Mme Verner siège ainsi à trois comités :
- aux affaires sociales, Mme Verner, peut-être sensibilisée au débat sur la santé en tant qu'ancienne ministre des Affaires intergouvernementales, s'est intéressée particulièrement au concept de reddition de comptes de la part des provinces. Mais cet automne, pendant les pourparlers officieux sur le renouvellement de l'entente de 2004, elle n'était visiblement plus dans les secrets des dieux.
La sénatrice demandait ainsi à la ministre Leona Aglukkaq, le 24 novembre, comment elle entendait renforcer ces mesures, une question qu'elle a répétée plus tard à l'intention de la sous-ministre Abby Hoffman.
Si sa première intervention était plutôt bénigne, sa seconde éclatait de clarté : Mme Verner demandait que le Québec, malgré son entente particulière avec le fédéral, soit «davantage imputable» dans la nouvelle entente.
Le diktat du ministre Jim Flaherty, la semaine dernière, a coupé court aux discussions. Ottawa prolonge l'accord sur la santé de 10 ans sans aucune condition.
- aux transports et communications, Mme Verner a participé activement à cinq des neuf rencontres et là, trois de ses questions portaient précisément sur le transport aérien à Québec et dans l'est de la province.
Elle s'inquiétait entre autres du coût élevé des déplacements dans la région et du manque de liens directs entre Québec et Ottawa. Se définissant comme une «lève-tôt», elle a demandé aux patrons de WestJet de lancer un vol matinal entre les deux capitales.
- au comité mixte sur l'examen de la réglementation, un groupe de députés et de sénateurs chargés d'approuver les innombrables changements aux règlements fédéraux.
Là, elle a pratiqué la vertu du silence absolu. Mais à sa décharge, la coprésidente du comité, la néo-démocrate Françoise Boivin, elle-même néophyte dans ce groupe, reconnaît que «pour les nouveaux membres, c'est vrai que c'est hallucinant» comme travail. La lecture des transcriptions suffira à convaincre les plus incrédules de la validité de son observation.
Mme Verner est également membre des groupes parlementaires Canada-Francophonie et Canada-Europe, et devrait donc participer à des missions internationales notamment à ce dernier titre, au cours de 2012.
* En bref
Nom: Josée Verner
Profession: sénatrice
Salaire: 132 300 $
Nomination: 18 mai 2011
Retraite: 30 décembre 2034
Revenus totaux: 2 994 558 $ (d'ici sa retraite, au salaire actuel)
Régime de retraite: 66 % de son salaire basé sur les six meilleures années