Qui est le chouchou du monde arabe? Le joueur de football Lionel Messi, du FC Barcelone? La chanteuse Lady Gaga? Vous n'y êtes pas du tout. Le favori est nul autre que Recep Erdogan, le premier ministre turc. Très loin devant le chef du Hezbollah libanais, Hassan Nasrallah. Et à des années-lumière du Français Nicolas Sarkozy ou de l'Américain Barack Obama.
À la mi-septembre, le premier ministre turc a été accueilli comme une véritable rock star en Égypte, en Libye et en Tunisie. Un peu partout, sa version modérée de l'islam est présentée comme un modèle. À la question : «quel pays a joué le rôle le plus constructif, au cours des derniers mois, dans le monde arabe?» la moitié des gens interrogés optent pour la Turquie.
Apparemment, plus personne ne se soucie de l'époque où Erdogan disait : «La démocratie, c'est comme le bus, on en descend une fois arrivé à destination». Encore moins de la répression exercée à l'endroit de la minorité kurde.
En chute libre
Notons au passage que la popularité du président vénézuélien Hugo Chavez apparaît en chute libre. En 2009, Chavez dominait le palmarès des chefs d'État du monde. Deux ans plus tard, il est presque disparu de l'écran radar. Peut-être à cause de son appui indéfectible au dictateur libyen Mouammar Kadhafi? Il faut savoir que le Libyen n'était pas un favori de l'opinion publique dans les pays arabes, même si l'intervention de l'OTAN en Libye s'est révélée impopulaire (46 % la désapprouvent).
Un an plus tard, l'esprit de la révolte qui a enflammé le monde arabe ne semble guère s'émousser. Plus de la moitié des répondants décrivent les soulèvements comme «le combat des gens ordinaires pour la dignité et pour une meilleure vie». La grande majorité se déclare plus optimistes qu'il y a un an. À peine 16 % voient l'avenir de manière plus sombre...
Partout ou presque, les manifestants gardent la cote d'amour. Interrogés sur les manifestations en Syrie, 86 % des répondants se rangent spontanément du côté de l'opposition. À peine 9 % soutiennent le président Bashar el-Assad... Même dans les pays où la dictature a été renversée, la méfiance envers l'autorité reste palpable. Par exemple, pour chaque Égyptien qui fait confiance aux militaires chargés d'assurer la transition démocratique, il s'en trouve deux qui les soupçonnent de vouloir rogner sur les acquis de la révolution.
On se souviendra que le printemps arabe avait soulevé de vives inquiétudes en Israël. On craignait que cela entraîne une remise en cause des accords de paix signés avec l'Égypte, en 1979. Pour l'instant, c'est tout le contraire. L'animosité à l'égard d'Israël semble à la baisse. En Égypte, 41 % de la population veut maintenir le traité avec Israël, contre 31 % qui voudrait l'abroger. Entre 2009 et 2011, dans l'ensemble, la proportion de gens qui veulent continuer à combattre Israël coûte que coûte, aurait diminué de 28 % à 19 %.
Apparemment, les révolutions dans le monde arabe n'ont pas seulement soulevé les foules; elles ont aussi adouci les moeurs.