L'énergique membre de la garde rapprochée du chef conservateur l'a annoncé sur son compte Twitter, vers midi. «Tout a commencé le 5 septembre 2002» et se terminera le 5 septembre 2011, a lancé ce fidèle de Stephen Harper. «Je commencerai un nouveau chapitre de ma vie», a dit le politique qui vient d'avoir tout juste 32 ans.
En matinée, M. Soudas a fait part de sa décision au caucus de la députation conservatrice, réunie à Ottawa. S'il y a une liste d'emplois qui peuvent vous «brûler» en politique, le poste de «directeur des communications du premier ministre du Canada est probablement près du sommet», leur a-t-il confié.
Depuis quelques semaines, il n'en faisait pas un secret : pendant la campagne électorale, il a indiqué au Soleil, entre autres, que c'était sa dernière. À la rencontre des conservateurs, mercredi, il a suggéré que quatre scrutins en sept ans, c'est assez. Le lendemain de son départ d'Ottawa, leur a-t-il dit, «je pourrai amener ma fille à sa première journée d'école».
Un bourreau de travail
Dimitri Soudas est le cinquième directeur des communications du meneur du Parti conservateur du Canada (PCC). Mais il fait partie de ses proches depuis que M. Harper a accédé à la tête de l'Alliance canadienne, en 2002, qui deviendra le Parti conservateur du Canada.
Alors au début de la vingtaine, ce maniaque de politique s'est fait remarquer aussitôt par les vétérans conservateurs. «Je le revois dans son bureau, à lire les quotidiens et à découper les articles» sur lesquels il attirera l'attention de son patron, a commenté un organisateur de haut niveau du PCC.
Selon ses collaborateurs, il est un bourreau de travail. L'attaché de presse adjoint Carl Vallée signale qu'il lui expédiait des courriels en pleine nuit. Le samedi précédant le scrutin du 2 mai, Dimitri Soudas a convoqué une conférence téléphonique pour minuit, conférence qui a duré une heure et demie. «Il va nous manquer, ça, c'est certain», laisse tomber M. Vallée.
Mais pas à tout le monde, même chez les conservateurs. En avril, un ex-candidat s'est souvenu s'être fait sonner les cloches par M. Soudas pour avoir abordé en entrevue, sans permission, un sujet considéré tabou par le cabinet Harper.
Mercredi, sur Twitter, les journalistes ont tenu à saluer un porte-parole «qui faisait sa job». Ils ne devraient eux non plus pas s'en ennuyer. Son mandat a consisté à exercer le contrôle le plus strict de l'information gouvernementale, retient le chroniqueur du Soleil à Ottawa, Raymond Giroux.
M. Soudas a notamment mis en application une procédure obligeant les membres de la tribune de la presse à inscrire leur nom pour poser des questions. «C'est l'inventeur de la "liste" et l'inventeur de celui qui ne respectait pas la liste», commente narquoisement M. Giroux.
Dimitri Soudas a aussi réinventé le métier de porte-parole, le déclinant à l'américaine. À cet égard, le monde des communications est loin d'être unanime devant un attaché de presse qui accordait des entrevues à la place des élus, à commencer par Stephen Harper. Au dernier Sommet du G8, c'est lui, et non son chef, qui a rapporté la teneur des propos entre M. Harper et le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou.
Il sera intéressant de constater le degré de confiance de M. Harper envers le successeur de M. Soudas. Dans son cas, le lien était quasi fusionnel, même lorsque ce dernier a fait des faux pas, comme lorsqu'il a faussement accusé l'écologiste Steven Guilbeault d'être à l'origine d'un canular ou fait dire des choses à Michael Ignatieff que n'a jamais dites l'ex-chef du Parti libéral du Canada.