Alexandrine Latendresse a un «petit faible» pour la bière de La Barberie et les jeux vidéo. Elle lit Tolstoï et la science-fiction de Dan Simmons. Elle tripe sur la mer et a trimballé son baluchon aux quatre coins du Québec et de l'Europe. Une jeune femme de 27 ans comme bien d'autres? Peut-être. Si ce n'était que cette semaine, elle a mis le cap sur Ottawa pour commencer sa nouvelle vie : députée fédérale néo-démocrate de Louis-Saint-Laurent.
Mercredi, 21h, le téléphone sonne. Au bout du fil, le ton est rieur, amical. Alexandrine Latendresse nous parle depuis Ottawa, où elle a mis pour la première fois les pieds le jour même en tant qu'élue. La journée a été longue : transport, séances de formation. «C'est un blitz incroyable!»
Il y a les médias à gérer, l'équipe à dénicher, la vie parlementaire à apprendre, des tailleurs à acheter. «Sur ce point-là, je demande un peu d'aide. Disons que je ne suis pas la plus stylée de la gang!» lance-t-elle dans un franc éclat de rire.
Le soir du 2 mai, la vie a changé pour celle qui a terminé un baccalauréat en linguistique à l'Université Laval une semaine avant son élection. Alexandrine Latendresse s'enlignait vers la maîtrise en linguistique informatique. Elle a plutôt été catapultée députée de Louis-Saint-Laurent en battant la ministre vedette Josée Verner. La jeune femme en était à sa seconde campagne pour le Nouveau Parti démocratique (NPD). En 2008, 5252 citoyens avaient voté pour elle. Le 2 mai, ils étaient 22 629.
«J'ai été flabergastée», admet la néo-démocrate qui a d'ailleurs conservé la photo parue dans Le Soleil le lendemain de son élection. On la voit, émue et surprise, enlacer ses parents Germain Latendresse et Françoise Boulanger.
Une photo «d'intimité intense», qui, dit-elle, traduit bien le soutien de son père, psychoéducateur, et de sa mère, éducatrice spécialisée. Des gens qui lui ont donné le goût de la politique. «Je viens d'une famille politisée. Mes parents partageaient leurs convictions, on commentait les nouvelles», dit-elle de la maisonnée complétée par François-Xavier, 21 ans, et Sarah-Jeanne, 30 ans, mère du petit Henri, son neveu de deux ans et demi.
Sa famille, la nouvelle députée espère bien avoir le temps de la voir malgré son nouveau boulot. Mais d'ici là, la vie à Ottawa ne fait pas peur à celle qui, par ses voyages et ses déménagements, a cultivé une faculté d'adaptation. Un travail de monitrice dans un camp, un boulot pour une compagnie de bateaux en Gaspésie lui ont appris la sociabilité et le dépaysement.
Née dans Lanaudière, dans la circonscription de Rousseau, où, dit-elle, elle a admiré le travail d'un certain François Legault, Alexandrine Latendresse a fait ses études collégiales au Cégep de Rimouski de 2001 à 2004. «Je voulais étudier en biologie marine. Je ne me suis finalement pas dirigée vers ça, mais j'ai adoré Rimouski.»
C'est dans cette ville qu'elle s'est intéressée pour la première fois au NPD, grâce à Guy Caron, élu député orange de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques le 2 mai. «J'aimais la façon positive de faire de la politique, de vouloir faire une différence et arrêter de chialer.»
La même motivation l'incitera aussi à travailler pour la campagne de Thomas Mulcair lors de l'élection partielle dans Outremont en 2007. Alexandrine Latendresse habite alors Montréal et se réjouit de la victoire de celui qu'elle qualifie aujourd'hui de «pilier important et rassurant» pour la jeune députation néo-démocrate.
Mais entre Rimouski et Outremont, Alexandrine Latendresse ira voir ailleurs. En 2004, elle termine une visite des pays scandinaves en passant par la Russie. Le coup de foudre. De retour au Québec, c'est décidé : si elle veut saisir l'âme russe, elle apprendra la langue. Elle décroche un certificat en études russes à l'Université Laval et passe un an à l'Université d'État des sciences sociales de Moscou.
Aujourd'hui, elle continue à fréquenter la Russie par sa musique et sa littérature. Tolstoï et, surtout, L'archipel du Goulag d'Alexandre Soljenitsyne. Un livre qui, dit-elle, montre toute l'absurdité d'être opprimé parce qu'on s'oppose aux idées d'un régime. «Après ça, je ne comprends pas qu'on vienne dire que je suis communiste!» lance-t-elle en faisant allusion aux sobriquets que lui ont valu sa russophilie. Des animateurs de radio ont tôt fait de la surnommer la «tsarine» et «léniniste hardcore». Un brin découragée devant de tels raccourcis, Alexandrine Latendresse préfère en rire. «Je savais bien qu'en devenant députée, des gens allaient me détester», philosophe-t-elle.
Fromage et cinéma
Il faut dire que la vie publique d'Alexandrine Latendresse a commencé jeune. La petite fille de cinq ans qui disait «Du fromage, svp!» dans une publicité des producteurs laitiers, c'était elle. «Je parlais dès l'âge d'un an, relate-t-elle. Des amis de mes parents leur ont suggéré de m'inscrire dans une agence. Mais ils se sont toujours fait un point d'ordre de ne pas me pousser.»
De fil en aiguille, la blondinette douée pour la jasette participe à des émissions et joue, au début des années 90, dans les films Aline, Le jardin d'Anna, Soho et La fête des rois aux côtés de Marc-André Grondin. «Sa mère était mon agente. On se voyait beaucoup.» Aujourd'hui, elle a perdu le beau Brummel de vue, mais elle s'est réjouie de le voir dans C.R.A.Z.Y., un film qu'elle adore.
À l'âge de 12 ans, elle est aussi de la distribution d'un Molière au Théâtre du Rideau Vert.
Publicités, télé, cinéma, théâtre. Pourquoi avoir tout arrêté? «Ça concordait avec mon entrée au secondaire au Collège de l'Assomption. J'avais un choix à faire. J'ai pris mes distances parce que ma priorité, c'était l'école.»
Parler beaucoup et avoir des talents de comédienne, voilà qui peut s'avérer utile en politique. Pour toute réponse, Alexandrine Latendresse laisse échapper un éclat de rire. Un autre. Décidément, la bonne humeur s'amène au Parlement.