Élaine Michaud: profession politicienne

À 25 ans, la nouvelle députée néo-démocrate de Portneuf-Jacques-Cartier, Élaine... (Le Soleil, Laetitia Deconinck)

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Le Soleil, Laetitia Deconinck

(Québec) À 25 ans, la nouvelle députée néo-démocrate de Portneuf-Jacques-Cartier, Élaine Michaud, est déjà une «politicienne de carrière». Dès son 18e anniversaire, à l'âge où de nombreux cégépiens célèbrent leur admission légale dans les bars, elle s'est jetée dans la marmite politique.

Inconnue de l'électorat il y a quelques semaines, la jeune femme a terrassé André Arthur en décrochant près de 43 % des votes dans la circonscription de l'ouest de la capitale... Durant la campagne électorale, l'ex-animateur vedette avait dardé sa rivale en soutenant que le Nouveau Parti démocratique (NPD) «n'existe pas». Surprise de l'avoir emporté, Madame la députée? «J'aurais cru que ça aurait été plus serré.»

Élaine Michaud n'en est pas à ses premières armes en politique. En 2004, tout juste majeure - elle est née le 17 octobre 1985 -, la militante bénévole distribuait des dépliants pour convaincre les électeurs de Jonquière-Alma de voter pour le NPD. «Son» candidat de l'époque avait aussi 18, 19 ans, s'est-elle remémorée au cours d'un long entretien en face-à-face qu'elle a offert au Soleil mardi dernier, moins de 48 heures avant son grand départ pour Ottawa, pour la Chambre des communes.

Pourquoi donc militer à 18 ans? Étiez-vous inspirée par un politicien célèbre? «Il n'y en a pas un en particulier. C'est plus pour le monde de la politique et l'impact qu'on peut avoir sur la vie des gens [que j'y suis allée].»

Deux élections fédérales plus tard, son nom est apparu sur les bulletins de vote dans la région de la Capitale-Nationale. Que s'est-il passé entre les deux? Des études?: un baccalauréat en psychologie (2007), un baccalauréat en science politique (2009) et le début d'un diplôme à l'École nationale d'administration publique (ENAP). Beaucoup de militantisme aussi, (presque) toujours au NPD : «Je suis une néo-démocrate convaincue depuis que j'ai 18?ans. [...] J'ai pas mal fait toutes les instances locales et nationales [du parti].» Au cours de l'entrevue, elle affiche d'ailleurs une certaine dose de l'assurance toute caractéristique des politiciens qui connaissent la musique.

L'élue a vite négocié le premier virage à la suite de son élection le 2 mai. Élaine Michaud a abandonné son projet de maîtrise à l'ENAP. Et a quitté sur-le-champ le poste occasionnel de préposée aux renseignements qu'elle occupait à la Régie de l'assurance maladie du Québec depuis un an. «Je ne peux pas garder deux emplois en même temps! Je voulais vraiment m'impliquer à temps plein dans ma vie de députée. J'ai toujours adoré la politique.»

Elle a donc tout son temps pour apprivoiser son nouveau boulot. «Ça s'est calmé depuis la première semaine. La première semaine, c'était presque infernal. [Sans équipe], on fait tout nous-mêmes au départ.»

Question de crédibilité

Tranquillement, Élaine Michaud entre aussi dans la peau de politicienne. Sans ambages, elle avoue la transformation : «Oui! j'ai changé mon habillement. Je fais les changements en conséquence.» Une question de crédibilité, plaide-t-elle.

Mme la députée goûte aussi aux aléas de la vie publique. Tout en étant mitraillée par la photographe du Soleil, les pieds dans la rocaille d'un chemin de fer, les cheveux fraîchement coiffés au grand vent, elle assure s'adapter «relativement bien» à la notoriété. «Ce n'est pas si mal. On ne me reconnaît pas encore dans la rue. Je suis encore assez incognito.»

C'est d'ailleurs un de ses principaux défis : se faire connaître des électeurs qui l'ont portée au pouvoir. Élaine Michaud est con­sciente qu'ils ne l'ont pas conduite à Ottawa nécessairement pour ses idées. «Les gens voulaient du changement dans la manière de fonctionner à la Chambre des communes.»

Aidée des nombreuses jeunes recrues du NPD, l'élue espère être en mesure de faire souffler un vent de positivisme sur les débats. Elle souhaite que la partisanerie à tous crins, les chicanes cessent. La parlementaire évalue qu'elle sera ainsi en mesure de défendre adéquatement les dossiers de sa circonscription.

Une circonscription qui couvre grand. Elle va de Sainte-Brigitte-de-Laval ainsi que Stoneham-et-Tewkesbury à l'est, jusqu'à Saint-Ubalde et Saint-Casimir à l'autre extrémité. Au centre : ­Saint-Augustin, Saint-Raymond, Saint-Basile... Au nord, la frontière salue la Mauricie. «C'est très grand!»

Il lui faudra donc une voiture afin de sillonner ce vaste territoire. Car, pour l'instant, elle n'utilise que l'autobus. Un bénévole, nouvellement devenu son adjoint parlementaire, a d'ailleurs dû fournir le transport pour notre rencontre. Tenant à nous traîner dans sa circonscription, Élaine Michaud nous avait donné rendez-vous au Caprice, un café de Saint-Augustin. Un peu compliqué de s'y rendre sans véhicule.

Pas d'auto par conviction? La députée est en faveur du transport en commun. Mais c'est plutôt parce que les budgets n'ont pas encore été débloqués par les Communes qu'elle n'a pas encore son bolide, convient-elle.

Deux solitudes?

La jeune politicienne habite toujours Québec et n'a pas de bureau dans sa circonscription. Sa priorité sera d'y remédier, probablement dans le coin de Pont-Rouge, qui semble sa préférée pour prendre racine.

Il lui faudra aussi dénicher un pied-à-terre dans la capitale fédérale... En fait, elle préfère s'installer sur la rive québécoise de l'Outaouais, à Gatineau. L'expression d'un nationalisme, voire d'un penchant souverainiste? «Je crois à la place du Québec au sein du Canada. [...] Mais il faut que la "nation québécoise", ce soit vrai, que ça se reflète dans les lois du fédéral.»

Élaine Michaud perçoit une bonne différence identitaire entre le Québec et le reste du pays. «Mon père, c'était plus un "Québécois de souche". Chez ma mère, [anglophone du Nouveau-Brunswick], c'était plus "canadien" comme famille. Ce n'est pas tout à fait la même culture.»

Au fait, vous êtes originaire d'où exactement? «C'est un peu difficile de dire d'où je viens.» Jusqu'à quatre ans, le père militaire était posté à Longueuil. De 4 à 11 ans, le clan s'est installé à Gatineau; puis à Jonquière jusqu'à ses 18?ans. Elle a ensuite déployé ses ailes pour étudier à Québec.

La suite

Élaine Michaud sera assermentée le 26 mai. Elle ne posera toutefois pas la main sur un livre religieux : «Je vais faire une affirmation solennelle. Je me considère agnostique.» Elle garde néanmoins la foi dans le pouvoir de changer les choses à Ottawa. Devant le gouvernement majoritaire de Stephen Harper, elle en aura probablement bien besoin.

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