Michael Ignatieff ne fait pas le poids, et les Québécois, par conséquent, ne voient pas vraiment de différence entre un éventuel gouvernement libéral et la réélection de Stephen Harper comme premier ministre.
Un sondage CROP-Le Soleil-La Presse réalisé entre le 16 et le 21 février permet de constater une répartition absolument égale de 50 % dans chaque camp, si une élection avait eu lieu à ce moment.
«La marque de commerce du Parti libéral s'est effilochée» au Québec, constate le vice-président de CROP, Youri Rivest.
La performance de M. Ignatieff plombe les résultats de son parti : il obtient un maigre 6 % d'appuis en tant que meilleur premier ministre du Canada, contre 17 % à Stephen Harper et 19 % à Jack Layton. Gilles Duceppe reçoit lui aussi 19 % d'appuis même s'il ne sera jamais premier ministre du pays, de son propre aveu.
Cet échec du chef libéral survient alors que 67 % des Québécois se disent inquiets de l'éventualité d'un retour au pouvoir des conservateurs, et que 63 % se montrent insatisfaits de l'action du gouvernement fédéral actuel.
Ce contexte profite avant tout au parti de Gilles Duceppe. Ce coup de sonde confirme en effet l'avance confortable du Bloc québécois (42 %) sur le Parti conservateur (20 %), le NPD et le Parti libéral (16 % chacun), tandis que le Parti vert ferme la marche à 6 % des intentions de vote.
Notons que 70 % des électeurs jugent de manière générale justifiées les demandes de plus de 5 milliards $ du Bloc québécois dans l'attente du prochain budget prévu pour le 22 mars, et dont la défaite au Parlement provoquerait la tenue d'élections générales.
Ce résultat évite à M. Duceppe le fardeau de porter le chapeau si le gouvernement devait tomber.
Harper premier ministre
Même s'ils n'aiment pas les conservateurs, 55 % des électeurs s'attendent à retrouver M. Harper comme premier ministre au lendemain d'éventuelles élections, dont 41 % comme minoritaire. Mais 61 % des Québécois, et 79 % des bloquistes, se montrent favorables à un gouvernement de coalition formé par le PLC et le NPD avec l'appui du Bloc. Seuls les conservateurs s'y opposent à la hauteur de 76 %.
Pour M. Rivest, «M. Ignatieff n'arrive pas à s'illustrer et se marginalise chez les francophones. Il n'est plus en compétition pour être le meilleur premier ministre», dit-il, ce qui augure mal pour le proche avenir.
Dans la région de Québec, les conservateurs maintiennent leur position malgré le débat sur le financement d'un futur amphithéâtre et devancent le Bloc par 37 contre 34 % des intentions de vote.
Le Bloc a repris quelques points au NPD depuis l'automne dernier, mais avec 8 % des intentions de vote seulement, le Parti libéral ne va nulle part.
«Je serais inquiet pour eux», résume le sondeur, d'autant plus qu'il juge illisible la position du PLC sur le dossier du Colisée.
Le PC, lui, profite en quelque sorte de l'annonce du maire Labeaume d'aller de l'avant sans attendre l'aide du fédéral, ce qui a fait baisser la pression d'un cran.
Nouvelle ère
Ce sondage Internet consacre l'arrivée d'une nouvelle ère dans le monde des sondages, car «compte tenu du caractère non probabiliste de l'échantillon, le calcul de la marge d'erreur ne s'applique pas», souligne Youri Rivest.
Un panel représentatif de 1000 personnes a été pondéré en fonction de leur âge, de leur sexe, de leur région de résidence, de leur langue d'usage, de leur niveau de scolarité ainsi que de leurs valeurs socioculturelles.
Pour M. Rivest, les sondés se montrent à la fois plus francs et plus sévères que les personnes jointes par téléphone parce qu'ils n'essaient pas de faire plaisir à leur interlocuteur.