Après avoir allégué pendant des mois que les libéraux se servent de prête-noms pour le financement de leur parti, voilà que c'est sa famille proche qui a fait l'objet d'allégations de même nature pour le financement de sa campagne à la direction du parti en 2005.
Marc Bellemare a subi le même sort après avoir dénoncé les méthodes de financement des libéraux. Son ancien adjoint au sein de Vision Québec a révélé avoir servi de prête-nom pour un prêt de 10 000 $ au parti. Le Directeur général des élections a ouvert une enquête.
Le cas de Mme Marois est particulier. En tout, c'est 17 membres de sa famille ou de celle de son mari qui ont participé au financement de sa campagne, à raison de 3000 $ chacun dans la plupart des cas. Les contributions étaient légales, mais certaines ont soulevé des doutes parce qu'elles ont été effectuées par des jeunes aux études ou des parents proches qui ne semblaient pas avoir les moyens de faire de tels dons. D'où vient l'argent? A-t-on utilisé des prête-noms? Dans le monde de la politique, où les apparences sont plus importantes que la réalité, le simple fait de poser cette question crée de la suspicion.
L'embarras de Mme Marois est double : La Presse a révélé cette semaine que des gens associés à des firmes de génie-conseil ont versé les deux tiers des 123 000 $ que la chef du PQ a recueillis au cours de sa campagne de financement de 2007. Une portion de 25 000 $ provenait des employés de la compagnie Axor, l'une des firmes montrées du doigt par Amir Khadir, le 18 mars dernier, pour sa générosité envers les libéraux. Le député de Québec solidaire avait laissé entendre que les employés de cette firme avaient servi de prête-noms, ce qui a provoqué une enquête du DGE.
Khadir, qui s'est joint mardi à la coalition de Mme Marois pour obtenir une enquête publique, a changé de discours lorsqu'il a été interrogé sur les contributions à la chef du PQ.
Au lieu de s'en étonner, il les a défendues, ce qui l'a mis en contradiction avec son raisonnement du 18 mars. Il avait alors douté de la capacité de la réceptionniste d'Axor de verser 3000 $ aux libéraux, laissant entendre qu'elle avait servi de prête-nom. «Ce qui pourrait être illégal, c'est qu'une secrétaire, une réceptionniste - je ne sais pas à quelle échelle on les paie dans les firmes de génie-conseil, mais je ne pense pas que ce soit des salaires élevés - donne 3000 $ au Parti libéral. On peut se poser des questions.»
Or, jeudi, il a dit trouver tout à fait crédible que des étudiants de 18, 19 et 21 ans aient eu les moyens de donner 3000 $ chacun à la campagne de Mme Marois. Si c'est normal pour eux, pourquoi était-ce suspect pour la réceptionniste de la compagnie Axor? Le député de Québec solidaire s'est enfargé dans ses contradictions.
Une enquête sur tout le Québec?
Pauline Marois avait pourtant un beau cheval de bataille l'automne dernier : sa demande d'enquête sur l'industrie de la construction recevait des appuis de tous les côtés. Pourquoi a-t-il fallu qu'elle en élargisse le mandat de jour en jour, au point d'en faire une entreprise monstrueuse et irréalisable?
La motion débattue mercredi demandait «que l'Assemblée nationale du Québec exige la tenue d'une enquête publique et indépendante sur l'ensemble des allégations liées à l'industrie de la construction, à l'octroi de contrats gouvernementaux, de permis ou de subventions ainsi que sur le financement des partis politiques».
Dans son point de presse du matin, Mme Marois avait même acquiescé à la suggestion d'Amir Khadir d'inclure les partis politiques municipaux dans cette enquête. Par où commence-t-on? Laval, Montréal, Longueuil, Gatineau?
La construction
Revenons à l'essentiel des choses : une enquête sur la construction est nécessaire parce qu'il est devenu évident, au cours de la dernière année, que le crime organisé s'y est installé à différents niveaux. Le travail en cours des policiers permettra d'ailleurs de recueillir le matériel et les témoignages nécessaires à la tenue d'une telle enquête publique.
Mais a-t-on véritablement besoin d'enquête publique sur le financement des partis ou sur le processus de nomination des juges dont on connaît déjà les failles?
Tous les politiciens savent que la Loi sur le financement des partis est contournée depuis des décennies par des entreprises. Et tout le monde sait que les libéraux, plus près des milieux d'affaires fédéralistes, en ont profité plus que le PQ. Les contributions de 171 795 $ par 64 dirigeants et employés de CIMA à la caisse du PLQ en 2008, dévoilées jeudi par Québec solidaire, en sont un autre exemple. Les employés de la même firme ont donné 65 500 $ au PQ la même année. En principe, les entreprises n'ont pas le droit de contribuer au financement des partis politiques. En pratique, elles le font par l'entremise de leurs dirigeants et employés.
Que veut-on savoir de plus? Dans quelle proportion le PLQ a profité de cette situation par rapport au PQ? Ça ne changerait rien à la réalité : une entorse à la loi est une entorse à la loi, peu importe le montant et la fréquence.
Les élus n'ont pas besoin d'une commission d'enquête pour savoir quelles corrections apporter à la loi pour mettre fin à ces abus. Faut-il limiter les dons à 500 $ comme le suggère le PQ ou laisser le maximum à 3000 $ comme le désirent les libéraux? Peu importe! Ce qu'il faut, c'est dissuader les entreprises et les partis qui contournent la loi en utilisant des prête-noms. Or, le projet de loi actuellement à l'étude aura cet effet. Il donnerait plus de pouvoirs au DGE, et priverait une entreprise coupable d'une infraction de tout contrat public pendant cinq ans. Voilà une mesure efficace qui fera réfléchir les firmes de génie-conseil ou de construction qui vivent au crochet des différents paliers de gouvernement.