«Plotte à terre»: les dessous d'une gaffe

Le député français Pierre Lasbordes voulait faire de... (AFP)

Agrandir

Le député français Pierre Lasbordes voulait faire de l'humour pour souhaiter la bienvenue au premier ministre Jean Charest. Son attachée parlementaire et sa femme ont alors eu l'idée qu'il lui demande «en québécois», s'il n'était pas trop fatigué.

AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Julie Lemieux
Le Soleil

(Québec) Laure Bonvalot ne cache pas son malaise. Mettez-vous à sa place : c'est elle qui a suggéré au député français Pierre Lasbordes d'utiliser l'expression «la plotte à ter­re» pour accueillir le premier ministre Jean Charest à Paris. Une suggestion qu'elle avait prise dans le site Internet de Couleurs Québec et qu'elle aurait préféré ne jamais remarquer...

L'attachée parlementaire de ce député français est dans ses petits souliers depuis la semaine dernière. Jamais elle n'aurait cru qu'un mot d'accueil tout simple pourrait faire couler autant d'encre et faire autant jaser au Québec. Jamais elle n'aurait cru non plus que son patron partirait une nouvelle mode linguistique dans les foyers québécois.«Mon député, vous ne le connaissez pas plus que ça. Mais c'est quelqu'un de jovial, de très humain. Il voulait vraiment dire : j'espère que vous n'êtes pas trop fatigué. Ça m'embête tout le débat qu'il y a eu derrière cette histoire», confie-t-elle au Soleil, de son bureau de Paris.

La jeune femme a accepté de remonter le fil de l'histoire. Elle explique que M. Lasbordes voulait faire de l'humour pour souhaiter la bienvenue au premier ministre dans la salle du Sénat, un peu à l'image du sénateur Jean-Pierre Raffarin. Comme M. Charest avait beaucoup voyagé avant son arrivée, Laure Bonvalot et la femme du député, Mario-Jo Lasbordes, ont pensé qu'il serait gentil de lui demander «en québécois» s'il n'était pas trop fatigué.

Une visite dans Internet et le tour était joué. «On voulait simplement lui dire un petit mot de bienvenue en québécois, un truc vraiment très amical. Et parmi tout un lexique dans le site de Couleurs Québec, il y avait notamment l'expression «avoir la plotte à terre» pour dire «être très fatigué». Du coup, on s'est dit que ça devait se dire comme ça : la plotte à terre, la tête à l'envers...», explique-t-elle.

Laure Bonvalot a poussé la recherche un peu plus loin et s'est rendue sur un site participatif où un internaute de la «province» de Rimouski lui a confirmé que cette expression venait de son coin de pays. Mystérieux personnage... Le Réseau international des correspondants francophones faisait aussi référence à cette traduction pour le moins imagée, ce qui a donné bonne conscience à l'attachée parlementaire.

«Ce n'est pas très adroit de ne pas avoir vérifié plus amplement. On est vraiment désolés de cette polémique. La prochaine fois, je vais appeler des Québécois pour leur demander leur aide! Vous, ça vous fait rire cette expression. Mais quand je la prononce, c'est très neutre pour moi...», lance-t-elle, visiblement embarrassée.

La femme de M. Lasbordes tente de son côté de prendre cette histoire en riant, mais espère que les Québécois ne se sont pas sentis blessés par cet écart de langage. Marie-Jo Lasbordes prend aussi la peine de préciser deux fois plutôt qu'une que son mari n'a rien d'un effronté. «Il est quand même un peu ennuyé. Je le connais très bien. Je suis mariée avec lui depuis 32 ans. Ce n'est pas quel­qu'un de vulgaire du tout. On ne voudrait quand même pas qu'il passe pour un mal élevé! On est sur notre réserve parce qu'on ne sait plus si ç'a été mal pris au Québec», explique-t-elle au Soleil, en l'absence de son mari, qui s'est envolé hier pour Kourou.

Pour sa part, le directeur de Couleurs Québec, Yann Guillou, n'était pas du tout au courant de cette tempête médiatique lorsque Le Soleil l'a joint dans ses bureaux basés en Bretagne. Pourtant, c'est dans le site Internet de cette entreprise que Laure Bonvalot avait trouvé la référence à l'expression «la plotte à terre». M. Guillou préside cette société d'importation et de distribution de produits québécois depuis trois ans. Mais il admet qu'il n'a pas eu le temps de faire le ménage du lexique en ligne, qui vise à donner un coup de pouce à ses clients qui veulent découvrir le Québec.

Selon lui, la plupart des expressions québécoises qu'on y retrouve ont été pigées dans le livre Le québécois pour mieux voyager, publié par Ulysse. Mais à la maison d'édition, on jure que l'expression «la plotte à terre» n'a jamais été inscrite dans ce petit guide. L'édition de 2004 n'en fait d'ailleurs pas mention, comme a pu le constater Le Soleil.

Yann Guillou se promet de se pencher sur la question et de faire sa petite enquête. Ce Breton a lui-même été victime de quelques mésententes linguistiques lors de ses voyages au Québec. Dans son cas, il avait utilisé l'expression «tirer la pelote» pour parler de la démarche pour trouver une solution à un problème. «En France, ça veut dire tirer la pelote de laine, tirer le fil. Mais j'ai eu droit à différentes réactions autour de la table... Je passe mon temps dans mon travail à vérifier si ce que l'on se dit entre Français et Québécois est bien compris par les deux parties», soutient-il.

Chose certaine, Laure Bonvalot, elle, a eu sa leçon et affirme qu'elle n'a plus du tout envie d'utiliser des expressions locales pour sympathiser avec les Québécois. D'autant moins que son équipe a reçu des courriels malicieux à la suite de cette polémique, qui est survenue après les propos de Nicolas Sarkozy sur la souveraineté du Québec. Selon elle, certains Québécois lui ont fait comprendre qu'il s'agissait de la goutte d'eau qui faisait déborder le vase.

«Je crois qu'en bout de ligne, on ne voudra plus faire du "québécois", avance-t-elle. J'ai lu certains chroniqueurs qui disaient : "c'est quoi cette histoire de vouloir dire un mot dans la langue de celui qu'on accueille?" Je trouve ça "sectariste". Pourquoi ne pas faire honneur à la langue québécoise, à ses expressions? Là, malheureusement, on s'est trompés, mais il n'y avait vraiment pas de mauvaise intention.»

Quelques expressions québécoises tirées du site breton Couleurs Québec

Une bite : temps qu'un prisonnier doit faire en prison

Un bividi : sous-vêtement masculin

Donner un bec sur la suce : donner un baiser sur la bouche

Le potte : ventre bien rond qu'ont des hommes à un certain âge

Quessé? : qu'est-ce que tu fais?

Rase-trou : mini-jupe très courte

Une vieille sacoche : une vieille femme

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer