Le «nettoyage ethnique» des Rohingyas dénoncé

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Face à l'exode de près de 389 000 Rohingyas qui ont fui au Bangladesh, l'ONU n'hésite plus à parler d'«épuration ethnique».

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Sam Jahan, Shafiqul Alam
Agence France-Presse
Cox's Bazar

La pression internationale s'est accrue jeudi sur la Birmanie face à la dégradation de la situation humanitaire au Bangladesh, étranglé par l'afflux de Rohingyas fuyant les violences de l'armée birmane, assimilées par Amnesty International à des «crimes contre l'humanité».

«Plus de 80 sites [ont été] incendiés depuis le 25 août dans le cadre d'une campagne planifiée», ce qui «favorise le nettoyage ethnique»à travers une «politique de la terre brûlée», dénonce l'ONG dans un rapport publié vendredi. «Des témoignages attestent du caractère planifié, délibéré et systématique des attaques».

La «persécution» contre cette minorité musulmane est «inacceptable», a tancé le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, depuis Londres. «Cette persécution doit cesser, ce qui a été qualifié par beaucoup de nettoyage ethnique doit cesser.»

Même tonalité du côté du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker: «Ce qui se passe en Birmanie est une catastrophe choquante [...] puisqu'une fois de plus, on essaie d'éradiquer des ethnies entières.»

Le Parlement européen a adopté une résolution demandant à l'armée de «cesser immédiatement» ses exactions, alors que les récits des réfugiés se font l'écho de massacres, incendies de villages, tortures et viols collectifs.

Qualifiant «les tentatives du gouvernement [birman] de rejeter la responsabilité sur les Rohingyas» de «mensonges éhontés», Amnesty a appelé la communauté internationale à «intensifier les pressions sur Aung San Suu Kyi et les hauts dirigeants de l'armée».

M. Tillerson s'est voulu plus compréhensif, assurant comprendre «la situation complexe dans laquelle se trouve» le prix Nobel de la paix face à la très puissante armée birmane. Au pouvoir depuis avril 2016 après les premières élections libres depuis plus de 20 ans, Aung San Suu Kyi a promis de sortir de son silence mardi prochain lors d'un grand discours.

«Pénurie de tout»

Face à l'exode de près de 389 000 Rohingyas qui ont fui au Bangladesh, l'ONU n'hésite plus à parler d'«épuration ethnique» et Amnesty de «crimes contre l'humanité [attaques systématiques et expulsion forcée de civils]». Mercredi, le Conseil de sécurité a réclamé à la Birmanie des mesures «immédiates» pour faire cesser la «violence excessive».

«Les preuves sont irréfutables - les forces de sécurité mettent le nord de l'État Rakhine à feu et à sang dans le cadre d'une campagne ciblée visant à faire partir les Rohingyas. Ne vous méprenez pas: il s'agit bien de nettoyage ethnique», a estimé Tirana Hassan, directrice du programme Réaction aux crises à Amnesty International.

Sur place, dans le sud du Bangladesh, autorités locales et organisations étrangères sont débordées par la marée de réfugiés fuyant la répression de l'armée consécutive à des attaques de rebelles rohingyas.

La communauté internationale doit se préparer au «scénario du pire», a averti jeudi un responsable onusien, à savoir le déplacement de tous les Rohingyas vers le Bangladesh.

Alors que les Rohingyas sont estimés à environ un million, entre 10 et 20 000 franchissent chaque jour la frontière.

Au Bangladesh, nation parmi les plus pauvres de la planète, les collines déboisées à la hâte se constellent de bâches tendues sur des bambous servant d'abris précaires aux familles contre les pluies de mousson.

«Il y a une pénurie aiguë de tout, d'abri, de nourriture et d'eau potable», décrit Edouard Beigbeder, représentant pour l'Unicef au Bangladesh, qui évoque la «tâche monumentale» pour protéger notamment les enfants, qui représentent 60 % des réfugiés.

Les violences et discriminations contre les Rohingyas se sont intensifiées ces dernières années: traités comme des étrangers en Birmanie, un pays à plus de 90 % bouddhiste, ils représentent la plus grande communauté apatride du monde.

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Alors que les Rohingyas sont estimés à environ un million, entre 10 et 20 000 franchissent chaque jour la frontière.

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Colonnes de fumée

Depuis que la nationalité birmane leur a été retirée en 1982, ils sont soumis à de nombreuses restrictions: ils ne peuvent pas voyager ou se marier sans autorisation, ils n'ont accès ni au marché du travail ni aux services publics (écoles et hôpitaux).

Depuis la rive du fleuve Naf, frontière naturelle entre Birmanie et Bangladesh, les colonnes de fumée de villages en feu sont visibles.

Pour traverser le fleuve, les bateliers réclament aux réfugiés jusqu'à 100 $ pour un trajet qui coûtait auparavant un demi-dollar.

«Les propriétaires de bateaux nous ont menacés de nous jeter à l'eau si nous refusions de leur donner nos biens», raconte Nadera Banu. Cette veuve de 19 ans a dû céder le dernier souvenir qui lui restait de son mari, un médaillon en or reçu à son mariage.

Des «tribunaux mobiles» de magistrats bangladais ont condamné ces derniers jours des dizaines de propriétaires de bateaux et de villageois locaux accusés de profiter de la détresse des réfugiés.

Et le fleuve continue de déposer chaque jour sur la rive des cadavres de réfugiés dont le bateau surchargé s'est renversé: deux nouveaux corps ont été repêchés jeudi, portant le total à 103 depuis le 30 août.




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