Macron débarque dans les îles françaises dévastées par Irma

Blâmé d'avoir tardé à envoyer secours et renforts... (AFP, Christophe Ena)

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Blâmé d'avoir tardé à envoyer secours et renforts policiers à la suite du passage d'Irma, Emmanuel Macron est arrivé mardi matin à Pointe-à-Pître, sur l'île française de la Guadeloupe.

AFP, Christophe Ena

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Agence France-Presse
Marigot

Emmanuel Macron est arrivé mardi matin dans les Antilles françaises, où il devra répondre aux critiques sur la gestion par les autorités de l'ouragan Irma, qui a dévasté les îles franco-néerlandaise de Saint-Martin et française de Saint-Barthélemy.

Sur place depuis la veille au soir pour observer le déploiement de l'aide humanitaire, le roi des Pays-Bas, Willem-Alexander, s'est dit choqué par la dévastation de Sint Maarten, la partie néerlandaise de Saint-Martin.

«J'ai vu la guerre et des catastrophes naturelles, mais jamais rien de tel. Tout est dévasté», a-t-il déclaré à la chaîne publique NOS.

Le président Macron s'est posé vers 6h à Pointe-à-Pître, sur l'île française de la Guadeloupe, où il devait assister à un premier point de situation.

Il effectuera ensuite une reconnaissance aérienne au-dessus de Saint-Martin, où il doit rencontrer des sinistrés de l'ouragan avant de se rendre à Saint-Barthélemy.

«Il est venu apporter un message de solidarité, il sait que les gens ont beaucoup souffert et ne s'attend pas à un accueil très chaleureux. Mais il va faire oeuvre de pédagogie», a expliqué son entourage.

Le président français pourrait prolonger sa visite mercredi.

«L'investissement est complet, et la reconstruction le sera, rassurez-vous», avait affirmé avant son départ Emmanuel Macron, qui est accompagné des ministres de l'Éducation et de la Santé.

Le gouvernement français a été accusé d'avoir tardé à envoyer secours et renforts policiers sur l'île, plongée dans le chaos après le passage de l'ouragan, et des membres de l'opposition ont réclamé une commission d'enquête parlementaire.

«On est restés quatre, cinq jours sans aide, à se défendre tout seuls contre des gens armés», a raconté Fabrice, propriétaire de restaurant vivant à Saint-Martin depuis 15 ans et rapatrié en métropole lundi. «La gestion de l'État français? Je suis vraiment désolé, mais zéro. On n'a pas du tout été soutenus», a-t-il ajouté.

«Pas une heure n'a été perdue [...]. L'État a fait tout ce qu'il pouvait faire», a de son côté assuré le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, dans le quotidien Le Parisien.

Des ponts aériens et maritimes ont été mis en place pour évacuer les plus vulnérables dans un sens, et acheminer du fret et des vivres dans l'autre. Environ 85 tonnes de nourriture, un million de litres d'eau et 2,2 tonnes de médicaments ont déjà été transportés.

Également en butte aux critiques sur le manque de moyens mis en oeuvre par son gouvernement, le ministre britannique des Affaires étrangères, Boris Johnson, devait aussi arriver mardi dans les Caraïbes.

Le gouvernement britannique a annoncé avoir débloqué 32 millions de livres d'aide d'urgence (51,5 millions $) pour les 88 000 Britanniques de la région, et envoyé 10 avions transportant des kits de secours, des vivres et de l'eau potable. À cela s'ajoute le déploiement de 700 militaires et de plus de 50 policiers.

L'ouragan Irma, désormais rétrogradé en tempête tropicale, a fait au moins 10 morts et 7 disparus dans les îles françaises, 4 dans la partie néerlandaise et 6 dans les îles britanniques (Îles Vierges et Anguilla).

Dilemme «kafkaïen» à Saint-Martin

«C'est kafkaïen, c'est ubuesque». Sa petite maison de Friar's Bay, un hameau paisible de Saint-Martin, est quasiment intacte, mais Valérie Bouricand s'apprête tout de même à quitter l'île franco-néerlandaise dévastée par l'ouragan Irma, sans savoir si elle y reviendra.

Cette professeure de français et de philosophie part dans un avion mercredi pour la Guadeloupe. Elle emmène avec elle sa fille Mila et son fils Lou, 16 et 12 ans. Ils seront logés chez des amis, le temps de réévaluer leur situation et celle de Saint-Martin.

Après 29 ans de vie insulaire, «c'est difficile de partir», murmure la maman, émue, en contemplant son porche grillagé. «J'aurais préféré que l'eau noie tout et emporte tout. Là, je ne peux pas dire que j'ai tout perdu.»

Irma n'a même pas laissé une égratignure sur son 4x4. Mais d'autres raisons la poussent à l'exode. Enseignante dans le privé, elle se voit difficilement retrouver du travail.

«Maintenant, qui va être capable de mettre 350 euros pour que ses gamins aillent à l'école?» s'interroge cette quadragénaire, les traits tirés.

L'éducation de ses propres enfants est également un souci majeur. Son aînée, Mila, doit passer le baccalauréat cette année. Elle ne souhaite pas rater plusieurs semaines de cours, voire plusieurs mois.

Les pillages et violences subis à Saint-Martin, dès la fin du passage d'Irma, n'arrangent rien. Ces dernières nuits, la maman à la chevelure auburn a dormi dans le même lit que ses enfants, la porte d'entrée verrouillée à double tour.

«Mila sursaute à chaque bruit. Si je mets mes mômes en danger, je ne me le pardonnerai pas», confie-t-elle.

Malgré les promesses de reconstruction de l'île du gouvernement, elle redoute un «scénario catastrophe». «Si tous les gens avec un peu de revenus partent, il n'y aura plus qu'une population extrêmement pauvre, comme à Haïti», avance-t-elle.

Sans école, sans travail, elle craint que les jeunes désoeuvrés sombrent dans la délinquance. Et que les clivages culturels de la «Friendly Island» - l'autre nom de Saint-Martin, où cohabite une centaine de nationalités différentes - ne servent d'exutoire.

«Si tout le monde manque de tout, il va falloir chercher un bouc émissaire», pense-t-elle.

«Chômage» et «insécurité»

Partir temporairement ou pour de bon? Valérie se laisse «plusieurs semaines», voire quelques mois, pour «prendre une décision définitive».

Son ex-compagnon, Igor Rambote, la pousse également à prendre le large.

«Le poumon de l'économie locale, c'était le tourisme», observe-t-il. Avec autant de restaurants et d'hôtels dévastés, «le chômage risque d'exploser et avec lui l'insécurité».

Directeur d'un journal quotidien, le gaillard de 46 ans passe tous les jours donner un coup de main au conseil territorial, pour aider à remettre l'île debout. Mais la situation de son entreprise le laisse songeur.

«Les rotatives sont encore dans la flotte et on fonctionnait grâce aux pubs. À qui va-t-on en vendre maintenant ?» lâche le barbu.

Sur le port de Marigot, le chef-lieu de l'île, une femme est assise, en pleurs, sur les rochers qui bordent la mer. Agente immobilière, elle prévoyait de revendre son affaire, mais se retrouve face à un marché local ruiné.

«Je vais devoir tout quitter, l'agence ne vaut plus rien», sanglote-t-elle. Elle compte rentrer à Paris.

Plus loin sur le quai, Philippe Léger, architecte, témoigne: «Mes voisins repartent en métropole dans le Jura, dans la famille. Lui était serveur dans un restaurant, mais il n'y a plus que du sable. Elle travaillait chez un cabinet de comptable et il est complètement hors d'usage.»

«Ils ne se voient plus d'avenir à Saint-Martin. Pourtant, leur maison est peu touchée et ils ont encore leur voiture», explique-t-il. «Ils reviendront peut-être un jour en vacances, mais sinon, ils ont fait une croix sur l'île.»

Pour lui, qui vit à Saint-Martin depuis 30 ans, partir reste hors de question. «Le creux psychologique après un ouragan, c'est assez courant», estime-t-il. Mais lors du dernier cyclone de grande ampleur, Luis, en 1995, «beaucoup d'habitants sont partis avant de se réinstaller plusieurs années plus tard».




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