Course contre la montre dans les Caraïbes avant le passage de Jose

L'ouragan Jose, qui s'est renforcé en catégorie 4,devrait passer samedi... (AFP, Martin Bureau)

Agrandir

L'ouragan Jose, qui s'est renforcé en catégorie 4,devrait passer samedi à 100 km au nord de Saint-Martin et provoquer de «fortes pluies orageuses» et des rafales allant jusqu'à 150 km/h, selon les autorités françaises.

AFP, Martin Bureau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Cécile Remusat
Agence France-Presse
Pointe-à-Pitre

Les efforts pour acheminer des secours et lutter contre les pillages, sur les îles des Caraïbes dévastées par le passage de l'ouragan Irma, étaient compliqués vendredi par l'arrivée imminente d'un nouveau cyclone.

L'ouragan Jose, qui s'est renforcé en catégorie 4,devrait passer samedi à 100 km au nord de l'île franco-néerlandaise de Saint-Martin et provoquer de «fortes pluies orageuses» et des rafales allant jusqu'à 150 km/h, selon les autorités françaises.

En conséquence, les liaisons maritimes entre l'île française de Guadeloupe et les îles de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin ont été suspendues.

«Les conditions climatiques se détériorent et les Îles du Nord sont passées en vigilance orange cyclonique. Cela signifie qu'aucun bateau ne partira de Pointe-à-Pitre», a annoncé la préfecture de Guadeloupe dans un communiqué.

Les rotations aériennes, pour l'instant maintenues, «sont en priorité affectées à l'envoi des secours, des forces de l'ordre ainsi que des vivres», a-t-elle précisé.

Les secours sont lancés dans une course contre la montre, contraints de faire le maximum vendredi, avant l'arrivée de l'ouragan Jose, qui devrait paralyser samedi à partir de 6h heure locale les liaisons maritimes et aériennes pendant 36 heures.

Le passage dévastateur d'Irma, resté trois jours en catégorie 5 avec des rafales à plus de 300 km/h, a laissé derrière lui au moins 22 morts sur les différentes îles frappées et un paysage de désolation, avant de poursuivre sa route vers Cuba et les États-Unis.

Magasins dévalisés

Une «électricité d'urgence» a été rétablie vendredi à Saint-Martin et Saint-Barthélemy, alimentant notamment les hôpitaux, a annoncé le groupe énergétique français EDF.

Mais à Saint-Martin, l'eau potable était toujours absente, l'essence indisponible, et une partie des routes inondées ou jonchées de débris, d'arbres balayés par les vents ou de toitures arrachées.

Un chaos qui profite aux pilleurs, qui se sont rués dans les magasins pour emporter frigos ou téléviseurs.

La ministre française des Outre-mer Annick Girardin a rapporté «des pillages réalisés juste devant [s]es yeux» lors d'une mission de reconnaissance à Saint-Martin.

Deux hommes, dont un adjoint de sécurité de la Police aux frontières, ont notamment été arrêtés «en train de piller du matériel nautique», selon la police française.

Le premier ministre néerlandais Mark Rutte a de son côté évoqué un «problème grave».

Côté néerlandais, un témoin, cité par le quotidien Algemeen Dagblad, a évoqué «des gens armés de revolvers et de machettes dans la rue». «La situation est très grave. Personne n'est en charge», a-t-il ajouté.

«Dans la partie hollandaise, hier il y avait un embouteillage», raconte Philippe, un habitant. «C'étaient des pilleurs qui viennent avec des camions se fournir en appareils en tous genres.»

Des troupes supplémentaires et des policiers devaient arriver en renfort pour aider à rétablir l'ordre, ont indiqué des responsables néerlandais.

«La plus grande urgence, c'est la question de la santé, de l'arrivée de l'eau et de nos capacités alimentaires qui vont arriver. Et puis la deuxième, c'est l'ordre public», a déclaré de son côté Mme Girardin.

Au total, 455 membres des forces de sécurité françaises sont en cours d'acheminement sur l'île de Saint-Martin, a précisé le ministre français de l'Intérieur Gérard Collomb, «et un nouveau contingent de 187 personnes va arriver dans les heures qui viennent».

En attendant, les habitants se sentaient «un peu livrés» à eux-mêmes, comme l'a expliqué Olivier Toussaint qui vit sur l'île voisine de Saint-Barthélemy, elle aussi ravagée par l'ouragan.

«Les maisons sont éventrées, l'aérodrome est hors d'usage, les poteaux électriques et téléphoniques sont par terre. Dans les cimetières, on a des voitures retournées. Les bateaux ont coulé dans le port, les boutiques de luxe sont éventrées», a-t-il raconté.

Le roi des Pays-Bas Willem-Alexander doit se rendre dimanche en compagnie du ministre de l'Intérieur Ronald Plasterk sur l'île de Curaçao pour s'informer sur les opérations de secours, puis ensuite «si possible», à Saint-Martin, a annoncé la Palais royal.

***

À Haïti, les sinistrés blâment les mauvaises infrastructures

Haïti se réjouit de ne pas avoir été autant affectée que prévu par l'ouragan Irma mais, le long de la route qui relie Cap-Haïtien à la frontière dominicaine, les sinistrés des inondations enragent contre cette voie qu'ils considèrent responsable de leur situation.

«Jamais on n'avait de tels dégâts à cause des cyclones avant la construction de la route», témoigne Luckner Manigat, 52 ans, qui est né et a passé toute sa vie dans la zone de Malfety, aujourd'hui partiellement sous les eaux.

D'un côté de la voie asphaltée, les maisons sont intactes et rien ne laisse suggérer que des pluies torrentielles se sont abattues pendant la nuit. De l'autre, les habitants vont et viennent dans leurs habitations envahies pour certaines par un mètre d'eau, avec l'espoir de sauver ce qui pourrait encore l'être.

«L'eau de pluie n'a plus de voies d'évacuation : les petits ponts qu'ils ont prévus sont totalement insuffisants», explique Luckner, avant d'enlever son pantalon pour refaire un nouvel aller-retour dans sa maison inondée.

À Haïti, de nombreux habitants sont victimes d'inondations... (AFP, HECTOR RETAMAL) - image 3.0

Agrandir

À Haïti, de nombreux habitants sont victimes d'inondations résultant du passage d'Irma.

AFP, HECTOR RETAMAL

L'asphaltage des 70 kilomètres reliant la deuxième ville haïtienne à la frontière dominicaine a été réalisé entre 2006 et 2008 par l'entreprise italiano-domincaine, Ghella. Le chantier avait été financé à hauteur de 40,8 millions d'euros par l'Union européenne, comme part du soutien de l'UE à l'État haïtien dans l'amélioration de son réseau routier.

«C'est la quatrième fois que l'eau m'envahit comme ça depuis que la route existe», dénonce Ketlie Mesidor. «Est-ce-que c'est l'ingénieur qui a été chargé de faire cette route qui est un crétin ou qui ne connaît pas exactement son métier mais, si c'était moi, j'aurais pensé à une bonne façon d'évacuer l'eau pour qu'il n'y ait pas des inondations partout comme ça», accuse l'institutrice dont le logement et l'école sont inondés.

Peur du choléra

Solidaires avec leurs voisins, ceux vivant de l'autre côté de la route nationale tentent d'aider au mieux en partageant le peu de nourriture qu'ils ont.

«Aucune organisation ne nous a rien apporté, pas même de l'eau potable. Nous sommes des êtres humains quand même. Et pour l'hygiène, il faut qu'ils apportent du savon, du chlore parce que l'eau dans laquelle on est depuis hier soir est chargée de matières fécales. Le choléra est toujours là : après Irma, il faut encore qu'on sauve nos vies», s'inquiète Ketlie Mesidor, encore trempée jusqu'à la taille.

Interrogée sur l'infrastructure routière, la délégation de l'UE en Haïti a expliqué que «l'entretien des routes relève de l'État haïtien au travers du Fonds d'entretien routier, que l'UE appuie financièrement et techniquement mais dont les actions sont activées sur initiative du ministre haïtien.»

Revenu sur la route nationale trempé jusqu'au nombril, Luckner Manigat ne croit pas que les autorités de son pays vont se pencher sur l'amélioration de la zone où il vit.

«Après la deuxième inondation, on avait fait une assemblée, un ministre était venu pour entendre nos problèmes mais, vous savez, ces messieurs ont mis les rapports dans les tiroirs. Quand le malheur arrive, là on les voit mais sinon non : ils ne font jamais de prévention, par négligence», conclut-il avec résignation.

OURAGAN IRMA: La trajectoire prévue



À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer