Des militaires mobilisés contre la «menace américaine» au Venezuela

Le coup d'envoi de ces manoeuvres baptisées Souveraineté... (AP, Ricardo Mazalan)

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Le coup d'envoi de ces manoeuvres baptisées Souveraineté bolivarienne 2017 a été donné samedi par le chef de l'État vénézuélien Nicolas Maduro et son ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez.

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Esteban Rojas
Agence France-Presse
Caracas

Chars débarquant sur la plage, hélicoptères survolant un barrage, tireurs d'élite en tenue de camouflage: l'armée vénézuélienne est mobilisée jusqu'à dimanche soir pour de grandes manoeuvres militaires, en réponse à la «menace» du président américain Donald Trump.

À Caracas, où forces de l'ordre et miliciens ont défilé samedi, des partisans du gouvernement vêtus de rouge se sont eux essayé au maniement du fusil ou aux techniques de combat, dans le cadre d'«une marche anti-impérialiste».

«Yankees, hors d'ici!» : en frappant deux mannequins à l'aide d'un long fusil trop lourd pour elle, Erica Avendaño, 60 ans, crie son opposition aux États-Unis.

Un peu plus loin, Alicia Rosales, 63 ans, est assise aux commandes d'un canon antiaérien, qu'elle fait tourner dans un sens puis dans l'autre, le canon vers le ciel. «C'est comme conduire une auto-tamponneuse», sourit-elle.

Le coup d'envoi de ces manoeuvres baptisées Souveraineté bolivarienne 2017 a été donné samedi par le chef de l'État vénézuélien Nicolas Maduro et son ministre de la Défense Vladimir Padrino Lopez. Au cours de la fin de semaine, 200 000 soldats et 700 000 miliciens, réservistes et civils armés devraient montrer leur force.

«Au peuple et à la FANB [armée vénézuélienne], prenez en charge la défense du territoire et de la souveraineté», a écrit M. Maduro sur Twitter.

Après des exercices de tir samedi, des manoeuvres de combat sont prévues dimanche. «Ce sera un exercice très bénéfique pour la défense intégrale du pays» face à l'«agression de l'empire», selon le ministre de la Défense.

Menace sur le pétrole

Dans un incident officiellement non lié à ces manoeuvres, six membres d'un gang criminel colombien, Los Rastrojos, ont été abattus à la frontière avec la Colombie, après être tombés sur une patrouille de l'armée vénézuélienne.

Devenus l'un des gangs criminels les plus puissants en Colombie, Los Rastrojos avaient officiellement été démantelés en septembre 2016, selon Bogota.

Ces grandes manoeuvres militaires avaient été ordonnées dès la mi-août par le chef de l'État socialiste, en réponse à la déclaration de Donald Trump évoquant «une possible option militaire si nécessaire» au Venezuela. Nombre de pays d'Amérique latine avaient pourtant rejeté la perspective d'un recours à la force.

Vendredi, la Maison-Blanche a certes écarté toute action militaire à court terme. En revanche, déterminé à démontrer que les États-Unis ne resteraient pas immobiles face à la crise dans ce pays, le président Trump a signé un décret interdisant d'acheter de nouvelles obligations émises par le gouvernement du Venezuela ou par la compagnie pétrolière nationale PDVSA.

Riche en ressources pétrolières mais pauvre en liquidités, le pays, dont la dette est estimée à plus de 100 milliards de dollars, redoute le spectre d'un défaut de paiement. «Ces mesures ont été soigneusement calibrées pour priver la dictature Maduro d'une source cruciale de financement», a souligné la Maison Blanche.

M. Maduro a convoqué vendredi pour une réunion urgente les entreprises américaines qui achètent du pétrole au Venezuela afin d'analyser les sanctions imposées à Caracas. Le pays sud-américain vend en effet aux États-Unis 800 000 des 1,9 million de barils de sa production quotidienne.

Propagande interne et externe

Les exercices militaires de la fin de semaine relèvent d'une «propagande» dont «Maduro a besoin», estime Rocio San Miguel, experte en questions militaires.

Le président en a besoin en interne, «pour élever le coût d'une quelconque trahison au sein de l'armée, une perspective qui inquiète les services de renseignements», et en externe, «pour réaffirmer le discours anti-impérialiste qui trouve un certain écho en Amérique latine», déclare-t-elle à l'AFP.

L'armée est le principal soutien du gouvernement vénézuélien, lequel lui a conféré un grand poids politique et économique.

Ces derniers mois, l'opposition vénézuélienne a appelé à plusieurs reprises l'armée à rejoindre sa cause. Mais à l'exception de quelques actions isolées, celle-ci est est jusqu'ici restée loyale à M. Maduro.

Si l'armée est étroitement surveillée, les medias eux sont soumis à une censure de plus en plus stricte. 49 médias ont été fermés par le gouvernement vénézuélien en 2017, a dénoncé samedi le principal syndicat de journalistes du pays, trois jours après la coupure du signal de deux grandes chaînes de télévision vénézuéliennes privées, RCN et Caracol.

Très critiqué, Nicolas Maduro est confronté depuis début avril à une violente vague de contestation qui a fait au moins 125 morts et des milliers d'arrestations.

L'opposition considère le président vénézuélien comme responsable de la grave crise économique que traverse le pays. Elle lui reproche également d'avoir fait élire une assemblée constituante «fantoche», fin juillet. Cet organisme s'est emparé des pouvoirs législatifs de l'assemblée nationale, la seule institution du pays contrôlée par l'opposition depuis la fin 2015.




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