Afrique du Sud: deux Blancs coupables d'avoir tenté d'enterrer vivant un Noir

Willem Oosthuizen et Theo Martins Jackson avaient tourné... (AFP, Phil Magakoe)

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Willem Oosthuizen et Theo Martins Jackson avaient tourné la séquence au cours de laquelle ils ont tenté d'enfermer vivant Victor Mlotshwa dans un cercueil, crime qui rappelle les tensions raciales toujours présentes en Afrique du Sud.

AFP, Phil Magakoe

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Agence France-Presse
Middelburg

Deux fermiers blancs ont été reconnus coupables vendredi en Afrique du Sud d'avoir tenté d'enfermer vivant un Noir dans un cercueil lors d'un supplice qu'ils avaient filmé, une affaire qui illustre la persistance des tensions raciales 23 ans après la fin du régime raciste de l'apartheid.

«Je prononce les deux accusés coupables de tentative de meurtre», a déclaré la juge Segopotje Mphahlele, qui a aussi reconnu Willem Oosthuizen et Theo Martins Jackson coupables d'enlèvement, agression et intimidation.

Les deux hommes âgés d'une vingtaine d'années avaient menacé de jeter de l'essence et un serpent dans le cercueil dans lequel se débattait leur victime noire paniquée, Victor Mlotshwa.

L'énoncé du jugement a été salué avec des chants dans la salle d'audience bondée du tribunal de Middelburg, dans la province sud-africaine agricole du Mpumalanga, dans le nord-est du pays.

Les deux fermiers - qui comparaissaient en costume cravate, une tenue qui tranchait avec leurs jeans terreux lors de leur première comparution - seront fixés sur leur peine le 23 octobre.

Willem Oosthuizen et Theo Martins Jackson avaient plaidé non coupables et comparaissaient libres après avoir versé une caution en juillet. Vendredi, la juge a prolongé leur liberté conditionnelle jusqu'au prononcé de leur peine.

Les faits pour lesquels ils ont été reconnus coupables remontent à l'an dernier. Mais l'affaire n'avait éclaté au grand jour que plusieurs mois après, à la suite de la diffusion sur Internet d'une première vidéo montrant le calvaire infligé à Victor Mlotshwa.

Sur ce clip de 20 secondes, le jeune Noir de 27 ans est allongé dans un cercueil flambant neuf, posé sur un sol rocailleux et poussiéreux. L'un des fermiers tente de fermer le cercueil, tandis que la victime gémit et essaie coûte que coûte de l'en empêcher.

Une deuxième vidéo toute aussi accablante a été révélée pendant le procès.

«Sil vous plaît, ne me tuez pas», supplie le jeune homme. «Pourquoi pas, quand vous tuez nos fermes», lui rétorque l'un de ses agresseurs.

«Pas de place pour les racistes»

Victor Mlotshwa assure qu'il se rendait simplement à Middelburg en coupant à travers champs pour aller faire des courses pour sa mère lorsqu'il a été agressé.

Les deux fermiers affirment avoir seulement voulu effrayer la victime qu'ils avaient, selon eux, attrapée en train de voler des câbles de cuivre.

«La justice a prévalu. Il n'y a pas de place pour les racistes en Afrique du Sud», a réagi vendredi le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA).

Les familles des fermiers ont quant à elles confié à la presse locale être choquées par le jugement.

Devant le tribunal de Middelburg, des jeunes du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir, ont défilé vendredi avec des cercueils de fortune surmontés d'une croix.

«La vie des Noirs compte», pouvait-on aussi lire sur des panneaux brandis par des manifestants venus soutenir Victor Mlotshwa, présent au tribunal.

«Cette affaire odieuse met en évidence les discriminations encore profondément ancrées dans la société sud-africaine», a réagi Amnistie internationale. «Le fait que cet épisode monstrueux ait été filmé et que la vidéo ait été postée sur les réseaux sociaux laisse penser que les agresseurs croyaient pouvoir échapper à la justice», a ajouté l'organisation de défense des droits de l'homme.

Tensions et inégalités

Près d'un quart de siècle après la fin officielle du régime ségrégationniste en Afrique du Sud, les attaques racistes continuent d'empoisonner les relations entre la majorité noire et les Blancs, en particulier dans les zones rurales.

En avril-mai, de violentes échauffourées avaient éclaté dans la bourgade de Coligny après la libération sous caution de deux Blancs soupçonnés d'avoir joué un rôle dans la mort d'un adolescent noir.

Début 2016, deux commis de ferme noirs avaient été battus à mort par des fermiers blancs, à Parys, dans le centre du pays.

La persistance des inégalités économiques entre Noirs et Blancs rend la liberté amère dans la toute jeune démocratie sud-africaine.

Selon les statistiques officielles, 30,1 % de la majorité noire est au chômage, contre seulement 6,6 % des Blancs. Et le salaire mensuel médian des Noirs est de 2800 rands (270 $CAN), contre 10 000 rands (960 $CAN) pour les Blancs.




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