Barcelone pleure ses morts

Près de 2000 personnes ont assisté à la... (AFP, Javier Soriano)

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Près de 2000 personnes ont assisté à la «messe pour la paix et la concorde» organisée dans la basilique de la Sagrada Familia aux tours hérissées.

AFP, Javier Soriano

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Alfons Luna, Adrien Vicente
Agence France-Presse
Barcelone

Barcelone a rendu hommage dimanche, dans sa célèbre cathédrale de la Sagrada Familia, aux victimes des attentats en Catalogne, pendant que la police révélait des détails glaçants sur les assaillants, qui disposaient de 120 bonbonnes de butane.

Les auteurs des attentats de jeudi et de vendredi en Espagne s'apprêtaient à commettre «un ou plusieurs attentats» de «manière imminente», quand un raté a entraîné la déflagration qui a détruit la maison où ils préparaient les attaques, a déclaré le chef de la police catalane Josep Lluis Trapero.

Dans cette maison d'Alcanar (à 200 km au sud-ouest de Barcelone), qu'ils occupaient depuis environ six mois, les djihadistes avaient entreposé au moins 120 bonbonnes de gaz, a-t-il révélé, expliquant que la police avait fait cette découverte en inspectant les décombres.

Martine Groby, une retraitée française de 61 ans voisine de la villa, a raconté à l'AFP avoir vu depuis avril quatre hommes «qui parlaient tous français», aller et venir en déchargeant avec méfiance des marchandises.

Selon cette femme qui regrette de ne pas avoir signalé leurs activités, ils faisaient des allers-retours à deux, pendant que les deux autres restaient, soit à pied avec des sacs à dos, soit dans une camionnette blanche ou sur deux motos «puissantes» et «s'arrangeaient toujours pour que je ne voie pas ce qu'ils déchargeaient».

Selon le responsable de la police, l'inspection de leur repaire désormais détruit est lente, parfois interrompue par l'intervention de démineurs, car les enquêteurs ont aussi découvert des substances explosives, y compris des traces de TATP.

Cet explosif est prisé des djihadistes du groupe État islamique (EI) qui a revendiqué les attentats, car il se fabrique avec des ingrédients facilement disponibles dans le commerce.

Moins de 24 heures après la déflagration qui s'est produite mercredi soir, la cellule a perpétré un double attentat avec des véhicules-bélier à Barcelone et à Cambrils.

Un imam sorti de prison? 

Parmi les suspects, dont douze ont été identifiés, un seul était encore en fuite dimanche, mais la police ignorait s'il se trouvait encore en Espagne. «Nous ne savons pas où il est», a admis Josep Lluis Trapero.

Mais la cellule en tant que telle est «neutralisée», a souligné le responsable des affaires intérieures de la région Joaquim Forn, au cours de la même conférence de presse.

Le groupe comprenait 12 personnes, dont un imam, a ajouté Josep Lluis Trapero, sans donner son nom.

La police a perquisitionné dans la petite ville de Ripoll au domicile de l'imam Abdelbaki As Satty, selon son colocataire de 45 ans Nordeen El Haji.

Âgé d'une quarantaine d'années, il aurait pu radicaliser la douzaine de jeunes qui auraient intégré la cellule avec lui.

«Il était très solitaire, se joignait plus à des jeunes qu'à des personnes de son âge», a déclaré à l'AFP à Ripoll un Marocain de 43 ans ayant souhaité rester anonyme.

D'après des médias espagnols, Abdelbaki As Satty avait déjà été incarcéré pour des délits mineurs.

Selon El Pais et El Mundo, citant des sources de la lutte antiterroriste, il a fréquenté en prison, dont il est sorti en janvier 2012, des détenus ayant eu un lien avec les attentats islamistes de mars 2004 qui avaient causé la mort de 191 personnes dans des trains de banlieue à Madrid.

Recueillement à la Sagrada Familia

Pendant que l'enquête avançait, Barcelone a rendu dimanche hommage aux victimes.

Près de 2000 personnes ont ainsi assisté à la «messe pour la paix et la concorde» organisée dans l'emblématique basilique de la Sagrada Familia aux tours hérissées.

Le chef du gouvernement conservateur Mariano Rajoy, était assis, protocole oblige, à côté du président de la Catalogne Carles Puigdemont avec lequel les différends se multiplient depuis des mois autour de ses projets indépendantistes.

À l'extérieur s'étaient massées plusieurs centaines de personnes, sous le regard de tireurs d'élite postés sur les toits environnants.

«Ça aurait pu m'arriver à moi, à mes enfants, à n'importe qui», a confié à l'AFP TV, en sanglots, Teresa Rodriguez, Barcelonaise depuis près de 50 ans.

Douze des 14 personnes tuées dans les attentats ont été formellement identifiées par les services régionaux. Parmi elles, un petit garçon de sept ans australo-britannique dont la famille avait diffusé un avis de recherche déchirant, et un autre enfant, espagnol, de trois ans.

Et dimanche à 16h10 heure locale, 51 personnes étaient toujours hospitalisées, dont dix encore entre la vie et la mort.

L'imam marocain qui aurait «mangé le cerveau» des jeunes

Dans la petite ville des Pyrénées catalanes où il vivait depuis deux ans, un imam marocain est soupçonné d'avoir «mangé le cerveau» de jeunes compatriotes pour les amener à former la cellule jihadiste derrière les attentats de Barcelone et Cambrils.

Du deux-pièces décrépi où résidait Abdelbaki Es Satty - loué «150 euros» par mois, selon son colocataire - on a vue sur la montagne boisée des Pyrénées et les toits de tuiles de la jolie petite ville catalane de Ripoll, à 90 km au nord de Barcelone.

«Mardi matin, il était parti en disant qu'il s'en allait en vacances au Maroc», raconte le vendeur de fruits sur les marchés Nordeen El Haji, 45 ans, venu vivre il y a quatre mois dans l'appartement.

Mais depuis mardi, il a disparu. La police a évoqué la possibilité qu'il ait péri dans l'explosion mercredi soir dans une maison à Alcanar, où la cellule à l'origine des attaques de Barcelone et de Cambrils préparait «un ou plusieurs attentats» à la bombe.

«Il parlait peu, passait du temps avec son ordinateur dans la chambre, avait un vieux téléphone portable sans internet, peu de livres», dit Nordeen El Haji.

Sur un meuble se trouve encore l'ordre officiel de perquisition des lieux, daté de vendredi, quelques heures après les deux attentats aux voitures-béliers qui ont fait 14 morts et plus de 120 blessés en Catalogne.

Sorti de prison 

Le journal El Mundo a cité des sources antiterroristes selon lesquelles Abdelbaki Es Satty était sorti en janvier 2012 de prison, «où il avait noué une amitié particulière avec Rachid Aglif, dit El conejo (le lapin), condamné à 18 ans» pour participation aux attentats jihadistes dans des trains de banlieue du 11 mars 2004, qui avaient fait 191 morts à Madrid.

«L'imam avait eu un problème judiciaire, mais pas lié au terrorisme», a déclaré dimanche le chef de la police catalane, Josep Lluis Trapero.

Selon El Mundo, Abdelbaki Es Satty avait été incarcéré en lien avec un «trafic de drogue», du haschich, entre Ceuta et Algesiras (sud).

Alors que la presse se perd en conjectures sur l'influence déterminante qu'il aurait pu avoir sur les jeunes - parfois mineurs - impliqués dans les attentats, son colocataire assure en tous cas qu'«en quatre mois, il n'a reçu aucun jeune» chez lui.

«Cet imam était normal et ordinaire quand il était en public», affirme à l'AFP Mohamed Akhayad, un électromécanicien marocain de 26 ans, qui fréquentait la nouvelle salle de prières ouverte en 2016 où il prêchait.

«S'il a mangé le cerveau de ces jeunes, c'est en cachette, dans un endroit secret», dit-il, à la cafétéria marocaine Esperanza.

Passé par la Belgique 

«Il était très solitaire, fréquentait plus des jeunes que des personnes de son âge», souligne - anonymement - un Marocain de 43 ans, disant avoir organisé les matchs de football en salle auxquels participaient des jeunes impliqués dans les attentats, tel Moussa Oukabir, 17 ans - tué pendant l'attaque de Cambrils - décrit comme «un des meilleurs joueurs, des plus joyeux».

Dans la rue où vivait le religieux, un Catalan de 64 ans, Francesc Gimeno, un peintre décorateur, affirme qu'il «avait la réputation d'être très islamiste, voulait que tous les Marocains pensent comme lui, mettait la religion au-dessus de tout».

Il l'accuse aussi d'avoir voulu «obliger les femmes marocaines de la ville à se couvrir».

«C'est un mensonge», réagit Hammou Minhaj, 30 ans, secrétaire marocain de la communauté musulmane de Ripoll «Annour». «Ici à la mosquée, il ne disait pas ça. En dehors, je ne sais pas».

Selon lui, Abdelbaki Es Satty était arrivé en 2015 à Ripoll, puis «était allé en Belgique en tant qu'imam - c'est ce qu'il disait - avant de revenir à Ripoll : «il avait commencé en avril 2016 comme imam dans notre nouvelle mosquée».

Cependant, «fin juin (2017), il avait demandé trois mois de vacances pour partir en vacances au Maroc».

L'imam Abdelbaki Es Satty a bien séjourné en Belgique en 2016, dans la commune de Machelen, dans la grande banlieue de Bruxelles «entre janvier et mars 2016», a affirmé à l'AFP le maire de la commune limitrophe de Vilvorde, Hans Bonte, qui supervise la police municipale des deux communes.

Dans la salle de prières, les noms de deux des 12 suspects des attentats apparaissent dans la liste des donateurs de fonds à la mosquée, dont celui de Younes Abou Yacoub, un Marocain de 22 ans recherché depuis les attentats.

À M'rirt, petite ville de 35 000 habitants du centre du Maroc, ses proches accusent justement «un imam de Ripoll» d'être le «cerveau» des attentats d'Espagne.

«Cela fait deux ans que Younès et Houssein (son frère) ont commencé à se radicaliser, sous l'influence de cet Imam djebli (originaire du Pays Djbala, région du nord du Maroc)», a ainsi déclaré à l'AFP leur grand-père.




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