Sud des États-Unis: une milice prête à prendre les armes

Des miliciens de la Georgia Security Force s'entraînent... (AFP, Brendan Smialowski)

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Des miliciens de la Georgia Security Force s'entraînent dans une forêt près de Jackson, en Géorgie.

AFP, Brendan Smialowski

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Agence France-Presse
Jackson

Comme chaque mois, Chris Hill retrouve ses amis le temps d'un week-end dans cette forêt de Géorgie, dans le vieux Sud des États-Unis.

L'assistant juridique troque alors son costume pour un treillis militaire et prend le nom de «Bloodagent» : le chef de cette milice qu'il a créée en 2008.

Au programme : camping, barbecue et séances de tir au fusil semi-automatique. La vingtaine de miliciens de la Georgia Security Force s'entraîne en cas de conflit. Malgré la chaleur, ils s'exercent à patrouiller en équipe dans la forêt ou à tirer à balles réelles lors d'une intervention dans une fausse maison.

«Je suis prêt pour la guerre civile, des conflits civils, une attaque nucléaire de la Corée du Nord, de la Russie, une invasion étrangère ou de notre propre gouvernement s'il tournait ses armes contre le peuple dans le but de le désarmer», raconte Chris.

La milice, une famille

Pour se joindre à la bande, le couple DiMaria est venu de l'État voisin de Caroline du Sud. Rooster et Yvette, équipés d'une caravane dernier cri, de treillis militaires et lourdement armés, ont trouvé dans cette milice une «famille».

«Être avec mes semblables, qui croient en la même chose que moi, la Constitution, ils croient au christianisme, faire les bonnes choses, avoir une bonne morale, c'est ce qui rassemble ce groupe. Nous sommes sur la même longueur d'onde», explique Rooster.

Sa femme, Yvette, est la seule femme milicienne du week-end, parfaitement manucurée même pour tirer avec son fusil d'assaut. Il y a un peu plus d'un an, alors que les États-Unis vivent une campagne électorale extrêmement tendue, elle décide de rejoindre une milice.

«Plutôt que de rester chez moi et de me plaindre, sans rien faire, j'ai décidé de rejoindre un mouvement où j'assume qui je suis», déclare-t-elle. «Je peux donner mon opinion. Je suis avec des gens qui veulent l'entendre. Je suis avec des gens qui peuvent s'identifier à moi. Je suis une épouse, une mère, une patriote américaine, une chrétienne, une femme d'affaires.»

Séduits par trump

Des valeurs conservatrices, dans le vieux Sud qui tient à son héritage confédéré et qui a trouvé en Donald Trump son champion.

Ses miliciens, qui «assurent la sécurité» régulièrement à des manifestations, se sont notamment rendus à des rencontres du candidat républicain, armés, pour contrer d'éventuels débordements face aux «antifascistes».

«Le mouvement des milices n'est pas de la classe moyenne supérieure. En général, la personne type dans une milice est de la classe des travailleurs blancs, ils ne sont pas pauvres, mais ils ont des emplois qui paient peu et ils sont séduits par Trump», explique Carol Gallagher, professeur à l'American University.

Ceux qu'on appelle aussi les «patriotes» américains ne sont pas un mouvement homogène et leurs préoccupations varient d'une région à l'autre, mais ils partagent une même méfiance envers le gouvernement fédéral.

Leur idéologie est un mélange de survivalisme, de promotion du droit de porter une arme, de la liberté individuelle et d'autodéfense. «Si vous regardez l'histoire des États-Unis, ces milices armées existent depuis le début. Et la raison, c'est que quand les gens sont arrivés, il n'y avait pas de forces de police ou d'armée, donc les gens ont créé leurs propres milices pour se protéger», explique Carol Gallagher.

Mais aujourd'hui, dans un État de droit avec des forces de l'ordre établies, les milices sont considérées comme des mouvements extrémistes par le FBI et par des associations.

165 milices

Le Southern Poverty Law Center (SPLC), une organisation de lutte contre les extrémismes, a recensé 623 groupes anti-gouvernementaux aux États-Unis, dont 165 milices en 2016.

Les événements tragiques de Charlottesville - un mort et des blessés lors d'un rassemblement d'extrême droite le 12 août - ont remis en lumière cette nébuleuse très diverse de groupes parfois armés et à l'idéologie ultraconservatrice, souvent xénophobe et raciste. Chris Hill a refusé de dire si un des membres de sa milice était présent à cette manifestation.

Par le passé, des milices anti-gouvernementales ont servi de terreau à des actes de terrorisme intérieur. En 1995, Timothy McVeigh, ancien combattant membre d'une milice, a fait exploser un bâtiment fédéral à Oklahoma City, tuant 168 personnes. Son but : inspirer une révolte antigouvernementale.

Chris Hill l'affirme : il sélectionne soigneusement ses recrues pour éviter tout élément radical. «S'ils donnent des signes de radicalité, ils dégagent».

Pourtant, au sein de sa milice, les idées extrêmes sont ouvertement formulées et les musulmans sont les premiers visés. Du haut de ses 22 ans, Chandler Wolf, ancien militaire, pense que l'islam veut dominer les États-Unis et qu'il «manipule la pensée entière des gens».

Ces idées ont valu à la Georgia Security Force d'être taxée d'organisation extrémiste islamophobe par le SPLC. Aux États-Unis, il est légal d'avoir ces opinions, comme de porter des armes.




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