Cuba, acteur crucial de la crise vénézuélienne

La visite à Cuba, mardi, du président du... (AFP)

Agrandir

La visite à Cuba, mardi, du président du Venezuela Nicolas Maduro (deuxième à partir de la gauche) est venu rappeler les liens importants qui existent entre les deux pays.

AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Alexandre Grosbois
Agence France-Presse
La Havane

Au moment où le Venezuela s'enfonce dans la crise, de nombreux regards se tournent vers La Havane, accusée par l'opposition vénézuélienne de tirer les ficelles du gouvernement de son poulain et allié politique Nicolas Maduro.

L'image illustre la vigueur de la relation. Confronté depuis quatre mois à une vague de contestation, le président vénézuélien a effectué mardi une visite-surprise à Cuba afin de se recueillir sur la tombe de Fidel Castro, au côté de son frère Raul, pour le 91e anniversaire de la naissance du père de la révolution cubaine.

Et, récemment, dans un courrier à son homologue vénézuélien, Raul Castro lui promettait qu'il ne serait «pas seul», tout en lui prédisant «des jours de lutte acharnée, de harcèlement international, de blocus et de privations à venir».

Nicolas Maduro est un familier de Cuba, où il a étudié les sciences politiques à la fin des années 1980. À la mort de son mentor Hugo Chavez en 2013, il a été adoubé par le régime castriste pour lui succéder et perpétuer l'attelage cubano-vénézuélien.

«Les liens entre Cuba et le Venezuela découlent de la relation étroite nouée entre Fidel Castro et Hugo Chavez» dans les années 1990, lorsque Cuba s'est retrouvée privée du soutien du bloc soviétique, rappelle Michael Shifter, président du groupe de réflexion Dialogue interaméricain, à Washington.

Au début de la décennie 2000, Hugo Chavez, fortement contesté pour ses nationalisations, se tourne une première fois vers son homologue cubain, qui lui suggère de redorer son blason en lançant des programmes sociaux pour les plus défavorisés.

Cuba a activement participé à ces programmes appelés «missions» en envoyant des dizaines de milliers de médecins et coopérants au Venezuela. Ils y seraient encore 20 000.

Empreinte identifiable

En 2002, Chavez est proche d'être renversé par un coup d'État. L'événement précipite l'incursion des Cubains dans les affaires militaires du pays pour cimenter le pouvoir du Comandante vénézuélien.

«Cuba est entrée au Venezuela avec les missions, et après le coup d'État s'est impliquée dans les secteurs de la sécurité et de la défense nationale», rappelle à l'AFP l'experte en questions militaires Rocio San Miguel. Selon elle, les émissaires de La Havane ont orchestré la réorganisation de l'armée, de la police et du renseignement.

La coopération cubaine coiffe actuellement l'«organisation et le déploiement» de l'armée vénézuélienne, l'achat d'armes, la construction d'infrastructures et de matériel militaires, la modernisation d'armes et la formation, affirme l'ONG Contrôle citoyen présidée par Mme San Miguel.

Jusque dans les casernes, «l'empreinte cubaine est clairement identifiable dans les communiqués, [...] la doctrine ainsi que dans les règlements internes», étaye l'experte.

Exilé en Floride, le général vénézuélien à la retraite Antonio Rivero confirme que des pans stratégiques entiers de l'armée sont contrôlés par des Cubains. Il affirme même que Cuba y maintient 20 000 combattants, chiffre impossible à corroborer et jugé excessif par de nombreux experts.

En revanche, tous les observateurs conviennent de l'influence incontestable des Cubains sur les arcanes du renseignement et de la sécurité du Venezuela. La gestion de la succession entre MM. Chavez et Maduro en 2013, marquée par l'exaltation de la révolution bolivarienne, serait ainsi la parfaite illustration de leur savoir-faire idéologique.

M. Shifter reste prudent face aux affirmations d'une mainmise totale de Cuba sur les décisions du gouvernement vénézuélien: «Il existe très peu de véritables preuves», dit-il.

Question de survie

Depuis le début des manifestations hostiles à M. Maduro, Cuba ne ménage pas son soutien, se posant invariablement en avocat du dirigeant à l'international. L'opposition accuse le régime castriste d'être directement responsable des violences qui ont fait 125 morts.

«Depuis des années Cuba intervient politiquement et militairement au Venezuela», ce qui «non seulement affecte notre souveraineté et notre indépendance, mais constitue aussi une des principales causes de la violence et de la répression de la part du gouvernement», affirme la principale coalition d'opposition, la Table pour l'unité démocratique (MUD).

Nul doute que, pour Cuba, le départ du président socialiste serait un coup dur, l'économie de l'île restant sous perfusion du pétrole vénézuélien.

«Les Cubains ont l'intention de faire leur possible pour que l'un de leurs plus solides alliés et soutien financier reste au pouvoir. Ils visent la survie politique et la projection géopolitique», explique M. Shifter.

Pour Paul Webster Hare, professeur de relations internationales à l'Université de Boston et ancien ambassadeur britannique à Cuba, un départ de Maduro «serait vu comme l'échec cuisant de la stratégie politique cubaine».




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer