Sous pression, Trump dénonce les violences de Charlottesville

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Des manifestants se sont rassemblés lundi devant la Trump Tower, à New York, choqués que leur président n'ait pas condamné les violences racistes plus rapidement.

AFP, Eduardo Munoz Alvarez

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Jérôme Cartillier, Sébastien Blanc
Agence France-Presse
Washington

Vivement critiqué pour ses atermoiements et ses silences après les violences qui ont secoué la petite bourgade de Charlottesville samedi, Donald Trump a changé de ton lundi, dénonçant des «violences racistes» et pointant du doigt les suprémacistes blancs.

«Le racisme, c'est le mal», a lancé le président américain lors d'une brève allocution depuis la Maison-Blanche.

«Ceux qui ont recours à la violence en son nom sont des criminels et des voyous, y compris le KKK [Ku Klux Klan], les néo-nazis et les suprémacistes blancs [...] qui sont à l'opposé de tout ce qui nous est cher en tant qu'Américains», a-t-il encore dit.

Ces propos tranchaient singulièrement avec ses premières déclarations, il y a deux jours, lorsqu'il avait refusé de condamner les groupuscules dont est issu le militant néofasciste qui a projeté sa voiture contre des manifestants antiracistes en Virginie. Cette ambiguïté avait provoqué une vague d'indignation, y compris au sein de son propre camp républicain.

«Ceux qui ont agi de manière criminelle lors des violences racistes de cette fin de semaine devront répondre de leurs actes devant la loi, justice sera rendue», a assuré M. Trump, après avoir rencontré son ministre de la Justice Jeff Sessions et son nouveau chef du FBI Christopher Wray.

Manifestations à New York

Mais ses propos n'ont pas apaisé les critiques de ses détracteurs. Plusieurs élus ont estimé qu'ils étaient bienvenus mais regretté qu'ils interviennent si tard.

À New York, où M. Trump était attendu dans la soirée, plusieurs centaines de manifestants s'étaient rassemblés devant la Trump Tower.

«Trump le raciste doit partir», scandaient certains d'entre eux. «Pas de Trump, pas de KKK, pas d'USA fasciste», chantait également avec d'autres manifestants Ryan Egan, musicien de 28 ans. «L'amour, pas la haine. C'est ce qui fait la grandeur de l'Amérique.»

Venant d'un dirigeant que l'on sait prompt à réagir sur Twitter et qui se targue d'appeler un chat un chat, sa réticence initiale à désapprouver nommément ces militants xénophobes avait suscité un véritable malaise à travers les États-Unis.

Une femme de 32 ans a été tuée à Charlottesville quand un sympathisant néo-nazi, James Fields, a intentionnellement percuté avec son véhicule des contre-manifestants.

Les médias «jamais contents»

Une partie de la droite alternative, ou «Alt Right», a soutenu Donald Trump dans sa course à la Maison-Blanche et celui-ci a plusieurs fois refusé de prendre clairement ses distances avec certains de ses groupes ou de ses leaders.

Nombre d'observateurs rappellent aussi que le magnat de l'immobilier a pendant des années soutenu une théorie du complot sur le lieu de naissance de Barack Obama, avant de virer de bord vers la fin de la campagne.

En dépit de ce changement de pied soudain, cet épisode de Charlottesville pourrait marquer durablement la présidence de Donald Trump.

Kenneth Frazier, le président du géant américain de la pharmacie Merck, a annoncé lundi qu'il démissionnait de ses fonctions de conseiller économique de la Maison-Blanche.

«Les dirigeants américains doivent honorer nos valeurs fondamentales en rejetant clairement les manifestations de haine, de sectarisme et toute revendication de suprématie qui nient l'idéal américain voulant que tous les hommes ont été créés égaux», a indiqué M. Frazier, qui est noir.

Là, M. Trump n'a pas gardé le silence longtemps. M. Frazier «aura plus de temps pour se consacrer à réduire les prix totalement abusifs des médicaments», a immédiatement réagi le président américain dans un message sur le réseau Twitter.

De son côté, la grande organisation de défense des Noirs NAACP a affirmé que l'extrême droite américaine «applaudi [ssait] les déclarations» de Trump après les violences en Virginie.

De façon probablement opportuniste, les autorités judiciaires ont annoncé lundi avoir bouclé une vaste enquête sur des gangs racistes actifs dans les prisons du Texas.

Par le biais de Twitter, le milliardaire républicain s'en est une nouvelle fois pris, en fin de journée, aux médias : «J'ai fait de nouvelles déclarations sur Charlottesville et je réalise une nouvelle fois que les médias fake news ne seront jamais contents... Vraiment des gens pas bien!»

L'accusé serait un «passionné d'Hitler»

James Alex Field, 20 ans, retournera en cour... (AFP, fournie par la prison du comté de Albemarle) - image 3.0

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James Alex Field, 20 ans, retournera en cour le 25 août.

AFP, fournie par la prison du comté de Albemarle

L'homme accusé d'avoir foncé dans une foule de contre-manifestants à un rassemblement suprémaciste en Virginie s'est vu refuser la libération sous caution, lundi, après que le bureau du défenseur public eut annoncé qu'il ne pouvait le représenter, forçant le juge à trouver un avocat de la région pour le suspect.

James Alex Fields fils n'était pas présent dans la salle de cour, mais il a comparu par visioconférence, vêtu d'un uniforme rayé noir et blanc.

Le jeune homme de 20 ans était assis et disait des phrases courtes au juge. Il a notamment répondu : «Non, monsieur» lorsque le magistrat lui a demandé s'il avait des liens avec la communauté de Charlottesville, où a eu lieu le rassemblement.

James Alex Fields, qui est notamment accusé de meurtre non prémédité, retournera en cour le 25 août. 

Le bureau du défenseur public a informé le juge Robert Downer qu'il ne pouvait représenter l'accusé parce qu'un proche de l'un de ses employés avait été blessé lors de la manifestation de samedi. Le juge a nommé l'avocat Charles Weber pour représenter l'individu.

James Alex Fields fils est accusé relativement au décès de Heather Heyer, âgée de 32 ans, qui a perdu la vie après qu'une voiture eut percuté à pleine vitesse des contre-manifestants qui protestaient contre le rassemblement suprémaciste. James Alex Fields a été arrêté peu après.

Idées «très radicales»

Fields était un jeune homme réservé aux accès de violence, qui cultivait une grande passion pour Adolf Hitler et l'armée, selon des témoignages de proches.

Poursuivi pour meurtre, violences volontaires et délit de fuite, James Fields, âgé de 20 ans, «s'intéressait beaucoup au nazisme. Il avait vraiment une passion pour Adolf Hitler», a déclaré un de ses anciens professeurs de lycée, Derek Weimer.

Le jeune homme se passionnait pour les tactiques militaires et particulièrement l'armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale, a ajouté l'enseignant sur CNN, affirmant que d'autres professeurs de son lycée Randall K. Cooper, dans le Kentucky, s'étaient à l'époque également inquiétés des «idées très radicales» de leur discret élève.

James Alex Fields avait tenté de rejoindre l'armée américaine en août 2015, mais avait été très vite jugé inapte au service, a expliqué l'armée dans un communiqué, après son échappée sanglante qui a coûté la vie d'une femme de 32 ans et fait une vingtaine de blessés.

Apprenant par des journalistes locaux que son fils venait de renverser des manifestants, Samantha Bloom s'était dans un premier temps montrée incrédule samedi soir.

«Foncer avec sa voiture dans la foule? Il a fait mal à quelqu'un?» s'interrogeait devant les caméras de médias locaux cette femme de 49 ans, se déplaçant en chaise roulante.

Elle a alors confié au journal local Toledo Blade que son fils lui avait simplement dit qu'il partait assister à un rassemblement de l'«Alt-Right» - terme employé pour désigner l'extrême-droite, dont elle semble ignorer la signification - en Virginie. «J'essaye de ne pas me mêler de ses idées politiques», a-t-elle expliqué.

S'appuyant sur des rapports de police, le site people américain TMZ révélait lundi que Samantha Bloom avait au moins à trois reprises appelé la police, car son fils la menaçait et se montrait violent alors qu'il n'avait alors que 13 et 14 ans.

Keegan McGrath, âgé de 18 ans, dit avoir été le colocataire de l'homme lors d'un voyage scolaire en Europe en 2015 et se souvient que James Alex Fields parlait de l'Allemagne comme de la «mère patrie» et n'avait aucun intérêt pour la France.

«Il expliquait que les Français étaient inférieurs à nous», a-t-il confié à l'Associated Press.

Selon M. McGrath, Fields était un «gars normal» la plupart du temps, mais il lui arrivait de faire de l'humour noir, notamment sur l'Holocauste.

«Il avait des amis, il y avait des gens qui lui parlaient, ce n'était pas comme s'il était un paria», a-t-il indiqué.  AP

La réaction d'Obama devient virale

Une citation de Nelson Mandela sur la tolérance et le respect, gazouillée par Barack Obama, a connu un énorme succès sur le réseau social Twitter après les violences qui ont causé la mort d'une personne lors d'une manifestation de suprémacistes blancs samedi à Charlottesville. «Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau, ou de ses origines, ou de sa religion», a écrit dimanche Barack Obama sur son compte, en citant l'ancien président sud-africain Nelson Mandela.

Le «tweet» a récolté 2,2 millions de «J'aime», devenant ainsi le troisième message le plus aimé du réseau social, selon le site spécialisé Favstar. Il a également été partagé près d'un million de fois.

M. Obama a aussi publié le reste de la citation de Nelson Mandela dans deux autres publications : «Les gens doivent apprendre à haïr, et s'ils peuvent apprendre à haïr, ils peuvent apprendre à aimer, car l'amour jaillit plus naturellement du coeur humain que son opposé.»  AFP




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