Le président brésilien justifie le déploiement de l'armée

Le déploiement de militaires à Rio de Janeiro... (AP, Leo Correa)

Agrandir

Le déploiement de militaires à Rio de Janeiro a été applaudi par nombre de ses habitants, mais certains touristes étaient un peu refroidis de voir des soldats avec treillis et armes lourdes sur la carte postale azur de Copacabana.

AP, Leo Correa

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Agence France-Presse
Rio de Janeiro

Le président brésilien Michel Temer est venu dimanche à Rio de Janeiro assurer le service après-vente du déploiement de l'armée dans la ville en proie à la violence, une mesure qui a soulagé la population, mais laissé sceptiques les commentateurs.

Vendredi, le chef de l'État avait signé un décret autorisant «l'emploi des forces armées dans l'État» de Rio de Janeiro pour lutter contre le crime organisé. Immédiatement, une force de 10 000 hommes, dont 8500 militaires, avait commencé à prendre position dans la métropole.

«C'est une première phase. Il y en aura d'autres», a déclaré le président, venu avec ses ministres de la Défense Raul Jungmann et de l'Économie Henrique Meirelles dans la «Ville merveilleuse» de plus en plus mal nommée avec une flambée de la criminalité liée à la drogue et au marasme économique.

«Dans mon décret, j'ai fixé la fin des opérations au 31 décembre 2017. Mais rien n'empêche» que cette mesure soit prolongée «jusqu'à la fin 2018», a dit M. Temer après avoir rencontré le commandement militaire, lors d'une conférence de presse avec le gouverneur de Rio Luis Fernando Pezao et son maire Marcelo Crivella.

«Bien sûr, l'action conjointe de ces forces pourrait être étendue et prolongée les années suivantes», a dit le président brésilien, laissant déjà entrevoir les limites de l'opération «Sécurité et paix».

Il a ensuite survolé en hélicoptère les zones où sont positionnés les militaires. Des journalistes de l'AFP ont constaté dimanche la présence de militaires sur la route menant à l'aéroport Santos Dumont et un blindé devant son accès.

De même, des fusiliers marins assez nombreux et un transport de troupes avaient pris position aux carrefours du quartier d'affaires de Centro, totalement désert par ailleurs.

Mais aucune présence de l'armée n'était visible dimanche dans la zone sud de Rio où les plages d'Ipanema et Copacabana étaient bondées.

Le déploiement massif des forces de sécurité pendant les Jeux olympiques, soit 85 000 hommes, avait permis d'assurer la sécurité à Rio. Mais après leur retrait, la criminalité est repartie en flèche.

Les militaires ont donc pour tâche de «couper la tête» des gangs de narcotrafiquants qui sèment la mort dans les favelas de Rio où une personne est tuée tous les trois jours par des hommes de plus en plus lourdement armés, ou dans des échanges de tirs avec la police.

«Sparadrap sur une hémorragie»

La mesure a été applaudie par nombre des 6,5 millions de Cariocas effrayés par cette violence incontrôlable. Samedi, certains se prenaient en selfie avec des militaires, pour la plupart très jeunes, devant la plage d'Ipanema.

Quant aux touristes, ils étaient un peu refroidis de voir des militaires avec treillis et armes lourdes sur la carte postale azur de Copacabana ou Ipanema.

De leur côté, les experts interrogés par la presse sur le décret Temer ont eu tendance à dénoncer, comme cet économiste cité par le journal O Globo, «un sparadrap sur une hémorragie», une mesure ne s'attaquant pas aux problèmes de fond.

«On amène des militaires dans une ville sans gouvernement, sans se pencher sur les raisons qui font qu'elle est sans gouvernement», avait déploré vendredi soir auprès de l'AFP Para Anderson França, un chroniqueur reconnu de la violence à Rio, «l'arrivée des militaires ne résout rien».

Le recours à l'armée signe la faillite d'une police de plus en plus discréditée. L'armée reste une institution respectée des Brésiliens, et son intervention ne peut pas faire de mal à un président Temer, dont le taux d'opinions favorables est tombé à un pathétique 5 %.

L'annonce du recours à l'armée à Rio intervient à quelques jours d'un vote crucial pour l'avenir du président Temer à la Chambre des députés. Les députés doivent donner ou non leur feu vert mercredi à un procès du président devant la Cour suprême, pour corruption passive. Un tel procès le chasserait du pouvoir.

Un «cirque» décidera du sort de Temer

Le sort du président brésilien Michel Temer sera mercredi entre les mains de la Chambre des députés, qui avec ses luttes de pouvoir, renversements d'alliances, extravagances et séances surréalistes a gagné le nom de «Cirque des horreurs».

Après deux semaines de vacances parlementaires, la nouvelle session sera ouverte mardi dans la chambre basse dominée par d'influents groupes conservateurs, avec dès le lendemain un vote crucial pour l'avenir du président du Brésil.

Si deux tiers des députés (342 sur 513) approuvent sa mise en accusation pour corruption, il pourra être inculpé par la Cour suprême et écarté du pouvoir pour six mois.

Un cas de figure similaire s'était déjà présenté en mai 2016, quand cette même chambre avait décidé, avec la même majorité des deux tiers, de donner suite à la procédure de destitution de la présidente de gauche Dilma Rousseff.

Insultes

Une séance parlementaire de trois jours, haute en couleurs et riche en insultes avait valu à la chambre basse le nom de «cirque des horreurs» - qui avait fait florès parmi les Brésiliens. Chaque député avait été appelé à exprimer son vote. Ce curieux rituel avait donné lieu aux discours les plus extravagants, avec toutes sortes de références incongrues, des parlementaires s'exprimant «au nom de Dieu», d'autres de leur famille, d'autres encore évoquant de sombres épisodes de la dictature militaire.

Le «cirque des horreurs» n'en avait pas moins déclenché une crise politique et institutionnelle majeure, mettant fin à 13 années de règne de la gauche avec la destitution de la présidente Rousseff pour maquillage des comptes publics et son remplacement par son vice-président, le conservateur Michel Temer.

Une procédure conduite par le président de la Chambre, l'économiste évangélique Eduardo Cunha, qui purge actuellement une peine 15 ans de prison pour corruption.

Bible, boeufs et balles

La Chambre des députés est un monde à part et décrédibilisé : pas moins de 190 députés, soit 37 % du total, qui vont trancher le sort du président Temer sont visés par des enquêtes sur le gigantesque scandale de corruption qui secoue le Brésil autour du groupe Petrobras.

Quatre ont déjà été condamnés et l'un d'eux dort même en prison, sortant uniquement pour participer aux débats parlementaires.




À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer