Climat de guerre au Venezuela

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Maria Isabel Sanchez
Agence France-Presse
Caracas

Dix morts, des affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, des attaques contre des bureaux de vote : de violents incidents ont marqué l'élection de la Constituante voulue par le président Nicolas Maduro, une assemblée qui, selon l'opposition, met en péril la démocratie.

«Je ne sais pas d'où vient leur haine, des Vénézuéliens contre des Vénézuéliens... C'est une guerre!» a déclaré Conchita Ramirez, habitante d'un quartier de Caracas, après l'intervention musclée des forces de l'ordre équipées de véhicules anti-émeute.

Sous une pluie de gaz lacrymogènes et de balles en caoutchouc, des manifestants bloquant une autoroute de Caracas ont par ailleurs été délogés sans ménagement.

Un peu plus loin, au passage d'un groupe de motards de la police, une puissante détonation retentit, montre une vidéo de l'AFP. Sept policiers sont blessés dans l'explosion. L'un d'eux a la jambe en flammes, alors que plusieurs des motos brûlent à terre. Des scènes similaires ont eu lieu à Maracaibo (ouest), deuxième ville du pays.

Le scrutin pour désigner les 545 membres de l'Assemblée constituante, qui vont réécrire la Constitution promulguée sous le défunt président Hugo Chavez en 1999, était sur le point de clore dimanche soir, alors qu'au total 10 personnes sont décédées en 48 heures, a indiqué la police.

Parmi eux, un candidat à la Constituante a été abattu chez lui et un dirigeant de l'opposition a été tué par balle. Deux adolescents de 13 et 17 ans et un militaire sont morts durant des manifestations.

Incident technique

Ce vote se déroule alors que le pays est au bord de l'effondrement économique. Depuis début avril, les manifestations antigouvernementales ont fait plus de 120 morts et des milliers de blessés.

«Nous sommes sûrs que nombre de ces actes violents - nous avons comptabilisé plus de 100 machines [électorales] détruites [...] - ont des motivations politiques», a déclaré le ministre de Défense, le général Vladimir Padrino Lopez.

Un incident technique survenu lors du vote de M. Maduro a retenu l'attention. Au moment de faire valider en direct à la télévision son «carnet de la Patrie», carte dotée d'un code qui permet à la fois de voter et de bénéficier des programmes sociaux, un message s'est affiché : «la personne n'existe pas ou son carnet a été annulé».

«Un pas vers la dictature»

L'ambassadrice américaine à l'ONU, Nikki Haley, a averti dimanche que le Venezuela avait fait un «pas vers la dictature» avec cette élection très contestée. Les États-Unis ont infligé des sanctions financières à 13 anciens et actuels responsables gouvernementaux vénézuéliens.

«Maduro est très affaibli et contre les cordes. S'il respectait la Constitution et convoquait des élections [générales], le chavisme en sortirait perdant. Avec ce pari, rejeté massivement à l'intérieur et à l'extérieur du pays, il essaie de gagner du temps et de rester au pouvoir», a déclaré Michael Shifter, président du cercle de réflexion Dialogue inter-américain, basé à Washington.

L'opposition, qui boycotte tout le processus et n'a donc présenté aucun candidat, a appelé à dresser des barricades dans tout le pays, bien que le gouvernement ait menacé de 5 à 10 ans de prison ceux qui feraient obstacle au scrutin.

«Rupture définitive»

Les antichavistes détiennent la majorité au Parlement et voient dans cette Constituante un moyen pour le président Maduro de se cramponner au pouvoir, contourner le Parlement, dominé par l'opposition, et éviter la présidentielle prévue fin 2018. Ils dénoncent une dérive vers un «régime à la cubaine».

Le gouvernement assure de son côté que cette future assemblée, dont la durée du mandat n'est pas définie, sera un «super pouvoir», qui aura la capacité de dissoudre le Parlement, qu'elle apportera la paix et permettra au pays de se redresser économiquement.

L'opposant Leopoldo Lopez, assigné à résidence après plus de trois ans d'incarcération, a appelé les «démocrates du monde entier» à ne pas reconnaître l'Assemblée constituante. L'Argentine, la Colombie, le Panama et le Pérou l'ont déjà fait. Des manifestants vénézuéliens à Madrid ont demandé que l'Espagne elle aussi ne reconnaisse pas la Constituante.

«C'est une rupture définitive avec ce qui reste de la démocratie représentative au Venezuela. Cela va accélérer l'effondrement économique, social et politique», juge Phil Gunson, analyste d'International Crisis Group.

Nicolas Maduro a le soutien des pouvoirs judiciaire et militaire. Mais plus de 80 % des Vénézuéliens désapprouvent sa gestion du pays et 72 % son projet de Constituante, selon l'institut de sondages Datanalisis.

La participation à l'élection de dimanche sera une donnée-clef. Selon l'analyste Benigno Alarcon, le gouvernement cherche à éviter une forte abstention, sachant que 7,6 millions de personnes ont voté lors d'un référendum symbolique contre ce projet organisé par l'opposition il y a deux semaines, selon la MUD.

Mais, grâce au mode de scrutin, combinant vote territorial et par secteurs socio-professionnels, 62 % des 19,8 millions d'électeurs pourront se prononcer deux fois, ce qui soulève des interrogations sur la validité du résultat en l'absence en outre d'observateurs étrangers, souligne un analyste, Eugenio Martinez.

Ce que l'on sait de la Constituante

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a réussi à imposer l'élection d'une Assemblée constituante dimanche, en dépit du rejet de l'opposition et de la réprobation de la communauté internationale. Que sait-on de cette initiative controversée?

  • La Constituante sera un «super pouvoir», au dessus de tous les pouvoirs constitués, y compris le Parlement dominé par l'opposition. «Elle peut tout régénérer, tout créer, c'est le pouvoir des pouvoirs», a affirmé Nicolas Maduro, promettant que cette assemblée apportera «la paix» face aux manifestations qui réclament son départ, et ont fait quelque 120 morts en quatre mois. Le «manque de limites» de la Constituante met en échec la démocratie, mais «la résistance de la société, le coût de la répression pour le gouvernement et la pression internationale» pourraient les imposer, a déclaré l'analyste Colette Capriles, de l'université Simon Bolivar.
  • La nouvelle Constitution sera rédigée par 545 constituants, dont 364 élus en fonction de règles territoriales et 181 par secteurs sociaux. L'opposition, qui a refusé de participer, critique ce «vote corporatiste» défini par M. Maduro. Face aux accusations de «fraude» pour installer une «dictature», le régime chaviste rétorque qu'elle ouvre la voie à une «démocratie directe».
  • La Constituante sera installée mercredi prochain au Palais législatif, où elle siègera parallèlement au Parlement.
  • La nouvelle Constitution remplacera celle promulguée en 1999 par le défunt président Hugo Chavez et devrait être soumise à un référendum.
  • L'opposition craint que la présidentielle de 2018 soit suspendue.  




À lire aussi

  • Washington sanctionne le «dictateur» Maduro

    Monde

    Washington sanctionne le «dictateur» Maduro

    Le Venezuela était lundi plus divisé et isolé que jamais, au lendemain de l'élection dans le sang d'une toute puissante Assemblée constituante à la... »

  • La principale adversaire de Maduro évincée

    Monde

    La principale adversaire de Maduro évincée

    Le président socialiste vénézuélien Nicolas Maduro a porté samedi un grand coup à ses opposants : à peine installée, la Constituante qu'il a voulue... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer