Scrutin crucial au Venezuela

Le 28 juillet, au deuxième jour d'une grève... (AFP, Juan Barreto)

Agrandir

Le 28 juillet, au deuxième jour d'une grève générale, l'opposition a appellé à bloquer les rues jusqu'au vote de dimanche.

AFP, Juan Barreto

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Alex VASQUEZ
Agence France-Presse
Caracas

L'opposition vénézuélienne a appelé ses partisans à se mobiliser dimanche dans tout le pays contre l'élection d'une Assemblée constituante voulue par le président Nicolas Maduro, défiant ainsi l'interdiction de manifester décrétée par le gouvernement.

L'appel à manifester samedi jusqu'à la mi-journée a été faiblement suivi, mais la coalition de l'opposition Table de l'unité démocratique (MUD) a appelé ses partisans à intensifier les manifestations dimanche pendant l'élection de cette assemblée chargée de rédiger une nouvelle Constitution.

Ce scrutin est jugé «illégitime» par les opposants, qui accusent le président socialiste de vouloir étendre ses pouvoirs et prolonger son mandat.

«En province nous organiserons un blocage national contre la dictature dès 4h. Et à Caracas, parce que c'est la capitale, nous manifesterons tous pour démontrer que nous ne les laisseront pas nous marcher dessus», a annoncé Freddy Guevara lors d'une réunion de la MUD.

Le vice-président de l'Assemblée nationale - contrôlée par l'opposition - a encouragé ses partisans à ignorer l'interdiction de manifester, pourtant désormais assortie de la menace de cinq à 10 ans de prison.

«Ils ne seront pas tranquilles tant que le peuple n'aura pas la paix. Les moments les plus difficiles, où la répression est plus forte, sont ceux où le dictateur est sur le point d'être bouté hors du pays», a-t-il martelé.

M. Guevara a toutefois demandé qu'il n'y ait «pas d'affrontements» entre les opposants, qui boycottent cette élection, et les citoyens qui iront voter.

Samedi matin, la mobilisation s'est concentrée dans les quartiers est et ouest de Caracas, bastions de l'opposition, où des barricades étaient tenues par quelques irréductibles.

Carte maîtresse

Pour la MUD, l'élection de dimanche est une «fraude» visant à permettre au président Maduro - dont le mandat doit s'achever en 2019 - de se cramponner au pouvoir, en contournant le Parlement et l'élection présidentielle prévue fin 2018.

Le chef de l'Etat a répété vendredi qu'il ne céderait pas sur la Constituante. «Il nous reste une carte à jouer, la carte qui va gagner à ce jeu et cette carte, c'est l'Assemblée nationale constituante», a-t-il déclaré, assurant qu'elle apportera la paix et la stabilité économique au pays.

«Demain [dimanche] on va faire passer un message implacable: notre peuple veut la démocratie, la paix et le dialogue», a déclaré samedi à la presse Hector Rodriguez, chef du comité de campagne du clan Maduro, précisant que 99 % des bureaux de vote étaient prêts.

Le Conseil national électoral (CNE) a assoupli les conditions de scrutin, permettant aux électeurs de se présenter dans n'importe quel bureau de leur commune.

Selon des analystes, le gouvernement mobilise ses bases contre l'abstention, alors que, lors du référendum symbolique qu'elle avait organisé le 16 juillet, l'opposition avait affiché 7,6 millions de votants contre le projet.

Quelque 70 % des Vénézuéliens sont opposés à cette Constituante, selon l'institut de sondage Datanalisis.

La future Assemblée, dont la durée du mandat n'est pas définie, doit compter 545 membres élus selon un système combinant vote territorial et par catégories socio-professionnelles.

Ce système pourrait permettre à 62% des 19,8 millions d'électeurs de voter au moins deux fois, soulevant des interrogations sur la validité du résultat et des chiffres de participation alors qu'aucun observateur étranger ne sera présent, selon l'analyste Eugenio Martinez.

Zapatero appelle au dialogue

Très impliqué dans la crise vénézuélienne, l'ancien Premier ministre espagnol Jose Luis Rodriguez Zapatero a appelé au dialogue dans un communiqué envoyé samedi à l'AFP. Mais les parties restent figées sur leurs positions.

À la veille de ce scrutin sous haute tension et dans l'incertitude des jours à venir, beaucoup de Vénézuéliens faisaient des provisions. «Mieux vaut se préparer», a expliqué à l'AFP Maximiliano, 34 ans.

Dans la foulée d'une grève générale de 48 heures, qui s'est soldée par huit morts mercredi et jeudi, les craintes d'un conflit ouvert ont aussi poussé des milliers de personnes à partir en Colombie.

Dans le même temps, la pression internationale s'accentuait sur Caracas, après les sanctions américaines de mercredi contre 13 anciens et actuels responsables gouvernementaux.

Le vice-président américain Mike Pence a parlé vendredi au téléphone avec Leopoldo Lopez, opposant emblématique assigné à résidence à Caracas depuis sa sortie de prison début juillet.

Marquant implicitement son soutien à l'opposition, M. Pence a appelé à «la libération sans condition de tous les prisonniers politiques au Venezuela, à des élections libres et équitables, à la restauration de l'Assemblée nationale et au respect des droits humains», selon un communiqué.

Samedi, les compagnies aériennes espagnole Iberia et française Air France ont annoncé suspendre leur desserte de Caracas du 30 juillet au 1er août inclus, «en raison de la situation», après la décision de la compagnie colombienne Avianca de cesser ses opérations au Venezuela.

Une murale représentant l'ancien président vénézuélien Hugo Chavez.... (AFP, Ronaldo Schemidt) - image 2.0

Agrandir

Une murale représentant l'ancien président vénézuélien Hugo Chavez.

AFP, Ronaldo Schemidt

La procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega, une chaviste entrée en rébellion contre Maduro, dépose le 1er juin un recours contre le processus d'Assemblée constituante. Elle appelle le peuple à venir signer son recours à la Cour suprême dont elle conteste toutefois la légitimité.

La Cour réplique le 20 juin en autorisant l'ouverture de poursuites à son encontre.

Attaques

Le 27 juin, alors que les protestations secouent toujours Caracas, un hélicoptère de la police lance des grenades contre le siège de la Cour suprême. Le gouvernement dénonce une tentative de coup d'État. L'opposition et des analystes sont dubitatifs.

Le 5 juillet, des partisans du président Maduro retiennent pendant neuf heures des députés et journalistes, après avoir violemment pénétré dans l'enceinte du parlement et fait sept blessés parmi les élus.

Dès le lendemain, les manifestations reprennent de plus belle, avec affrontements entre forces de sécurité et opposants.

Mobilisation tous azimuts

L'Église catholique du Venezuela accuse le gouvernement Maduro d'être une «dictature». Leopoldo Lopez, figure emblématique de l'opposition, est libéré et assigné à résidence le 8 juillet, après plus de trois ans d'incarcération.

Le 16 juillet, l'opposition organise un référendum contre le projet de Constituante. Il recueille, selon elle, plus de 7,6 millions de voix. Le 21, elle nomme une Cour suprême parallèle, constituée de 33 magistrats. Trois seront arrêtés.

L'UE appelle à la suspension de la Constituante, les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay) demandent le rétablissement de l'État de droit, la Maison-Blanche menace Caracas de «mesures économiques fortes». Le 26, Washington imposera des sanctions ciblées contre 13 hauts responsables, avant d'ordonner aux familles de diplomates de quitter le pays.

Le 28 juillet, au deuxième jour d'une grève générale, l'opposition appelle à bloquer les rues jusqu'au vote de dimanche.




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer