Le conflit bosnien, aussi l'affaire des femmes

Elles sont une dizaine comme Azra Basic, inculpées... (AFP)

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Elles sont une dizaine comme Azra Basic, inculpées ou condamnées pour des crimes lors du conflit intercommunautaire bosnien qui a tué environ 100 000 personnes entre 1992 et 1995.

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Rusmir Smajilhodzic
Agence France-Presse
Sarajevo

Azra Basic fut surnommée «la maîtresse de la vie et de la mort». Dans un tribunal de Sarajevo qui la juge pour crimes de guerre, elle n'est qu'une petite femme de 58 ans au regard perdu.

Elles sont une dizaine comme Azra Basic, inculpées ou condamnées pour des crimes lors du conflit intercommunautaire bosnien qui a tué environ 100 000 personnes entre 1992 et 1995. Plusieurs centaines d'hommes ont été condamnés.

Ouvrier dans une usine de chaussures, Dusan Nedic a raconté vendredi au tribunal «la lueur d'espoir» ressentie le 26 avril 1992 quand il voit entrer une femme d'à-peu-près son âge, Azra, dans le centre de détention de Derventa.

«Je me suis dit : "Une femme ne devrait pas être aussi agressive que les hommes''. Mais elle s'est mise à frapper les détenus, elle sautait sur eux par terre», dit-il.

«Les femmes sont tout aussi capables de commettre des crimes», soutient l'écrivaine Slavenka Drakulic, qui a écrit Ils n'auraient pas fait de mal à une mouche, essai sur les criminels des guerres de l'ex-Yougoslavie.

Difficile d'associer avec les violences qui lui sont reprochées cette petite femme silencieuse portant lunettes, devenue infirmière aux États-Unis avant d'être rattrapée par son passé.

«Meilleure que des hommes»

Durant les audiences, son regard s'enfuit vers une fenêtre ou reste fixé sur sa table. Pour Slobodan Jovic, 72 ans, un paysan serbe de Bosnie, c'est bien elle qu'il a vue accompagner plusieurs hommes, «vêtue d'un treillis militaire» : «Elle avait un pistolet», «avec un objet en main, elle s'est mise à nous frapper, l'un après l'autre, alignés contre le mur». Selon l'accusation, elle a aussi égorgé un détenu.

Vendredi, pour la première fois, la cour a entendu le son de sa voix tremblante quand elle s'est adressée au fils de cet homme : «Je n'étais pas cette personne. Je vous le jure devant Dieu et c'est tout.»

La plus célèbre des femmes criminelles de guerre reste l'ex-vice-présidente des Serbes de Bosnie, Biljana Plavsic, aujourd'hui âgée de 86 ans. Seule femme jugée devant le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), elle a été condamnée en 2003 de 11 ans prison, après avoir plaidé coupable.

«Une femme à une telle position doit être meilleure que des hommes. Dans ces circonstances, cela signifiait avoir des prises de positions plus radicales», avance Slavenka Drakulic, dans un essai sur Biljana Plavsic. Elle y rapporte la rhétorique scientifico-raciste de cette professeure de biologie qui expliquait que les musulmans de Bosnie étaient «une erreur génétique sur le corps serbe».

Faire le travail

Boris Grubesic, du parquet bosnien pour les crimes de guerre, évoque «un certain nombre de dossiers, en phase préparatoire ou en phase d'enquête» concernant des femmes.

Visnja Acimovic, 45 ans, vit en Serbie, pays qui n'extrade pas ses ressortissants. Inculpée pour avoir participé en 1992 à l'exécution de 37 Bosniaques à Vlasenica, la plupart âgés de 15 à 20 ans, cette Serbe de Bosnie a rejeté en janvier ces accusations devant un tribunal à Belgrade. «Elle n'a pas confiance en justice bosnienne», a déclaré son avocat Krsto Bobot.

Toutes n'ont pas cette protection. En mars, la Suisse a extradé une ancienne des forces bosniaques musulmanes, Elfeta Veseli, pour l'assassinat en 1992 d'un Serbe de 12 ans en Bosnie orientale. Alors que sa famille s'était enfuie, le garçon était revenu rechercher un chien oublié. Il l'a payé de sa vie.

Comme Azra Basic, Rasema Handanovic, 44 ans, avait émigré aux États-Unis. Ayant menti sur son passé, cette ancienne d'une unité spéciale bosniaque musulmane a été extradée en 2011. L'année suivante, après avoir plaidé coupable de l'exécution de six Croates à Trusina, elle a été condamnée à cinq ans et demi de prison. Une peine clémente en échange de son témoignage glaçant : «L'ordre était de faire le travail à Trusina, de sorte qu'aucune poule ne reste en vie.»

Pour le psychologue Ismet Dizdarevic, «chacune de ces femmes a une raison personnelle pouvant expliquer son déchaînement sadique qui visait des hommes». Peu de criminelles, donc, mais une cruauté notable, «pour prouver leur puissance au milieu des hommes», dit le praticien. La plupart des crimes de ces femmes ont été commis dans un contexte de détention.




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