Mort du dissident chinois Liu Xiaobo

Un homme réclame la libération du dissident chinois... (AP, Ng Han Guan)

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Un homme réclame la libération du dissident chinois Liu Xiaobo lors d'une manifestation tenue à Hong Kong, le 29 juin 2017.

AP, Ng Han Guan

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Christopher Bodeen, Han Guan Ng
Associated Press
Pékin

Le plus connu des prisonniers politiques chinois, Liu Xiaobo, s'est éteint jeudi dans un hôpital du nord-est du pays, au terme d'un combat contre le cancer du foie. Le lauréat du prix Nobel de la paix était âgé de 61 ans.

Il était hospitalisé depuis qu'on lui avait diagnostiqué un cancer du foie en phase terminale en mai. Le bureau judiciaire de la ville de Shenyang a annoncé sur internet que M. Liu avait succombé à une défaillance d'organes multiples.

Au moment de sa mort, M. Liu purgeait une peine de 11 ans de prison pour subversion. Ses amis et ses partisans ont salué le courage et la détermination d'un homme pacifique, qui avait déjà déclaré ne pas avoir d'ennemis.

«Il y a seulement deux mots pour décrire comment nous nous sentons : colère et tristesse», a dit par téléphone un ami de la famille, le militant Wu Yangwei, mieux connu sous son nom de plume, Ye Du. «La seule façon de faire le deuil et d'apporter un peu de réconfort à son âme est de travailler encore plus fort pour tenter de maintenir vivante son influence.»

Les partisans de M. Liu et plusieurs gouvernements étrangers avaient fait pression sur Pékin pour que le dissident puisse être soigné à l'étranger. Pékin avait répliqué qu'il était trop malade pour voyager et qu'il recevait déjà les meilleurs soins possible.

Des groupes internationaux de défense des droits de la personne se demandent si M. Liu a été soigné correctement pendant son incarcération, puisque les prisons chinoises sont connues pour leurs conditions de détention impitoyables.

M. Liu s'est tout d'abord fait connaître lors des manifestations de la place Tiananmen, en 1989. Il était alors entré en Chine en provenance des États-Unis, où il enseignait, pour se joindre aux manifestants. Lorsque le régime chinois a envoyé des chars et des soldats pour écraser le mouvement, M. Liu a convaincu plusieurs manifestants étudiants de quitter la place au lieu d'affronter l'armée. La répression militaire du mouvement a ensuite fait des centaines, voire des milliers de morts.

Il a alors compté parmi les centaines de Chinois incarcérés pour des crimes liés à cette manifestation. Il effectuera deux autres séjours en prison avant d'écoper de sa dernière peine, en 2009, pour avoir endossé un document qui réclamait la liberté d'expression, les droits de la personne et un appareil judiciaire indépendant en Chine.

Lauréat du prix Nobel

Le prix Nobel de la paix lui a été décerné l'année suivante, en 2010, alors qu'il se trouvait derrière les barreaux d'une petite prison du nord-est de la Chine. Le comité Nobel avait alors salué «son long combat pacifique en faveur des droits de la personne fondamentaux en Chine».

Le prix avait suscité la colère du régime chinois, qui l'avait qualifié de farce politique. Quelques jours plus tard, sa femme, la poète Liu Xia, a été assignée à résidence même si elle n'avait jamais été reconnue coupable d'un crime. Pékin a interdit à des dizaines de partisans de M. Liu de quitter le pays pour aller accepter le prix en son nom.

Son absence à Oslo, lors de la cérémonie de remise des prix, avait été soulignée par une chaise vide.

Jeudi, le comité Nobel a affirmé que Pékin portait une lourde responsabilité dans la mort de Liu Xiaobo. Toutefois, l'organisation a aussi formulé des critiques incisives à l'endroit du «monde libre» pour ses «réactions hésitantes et tardives» à l'égard de l'emprisonnement et de l'état de santé du dissident.

«C'est un fait triste et troublant que les représentants du monde libre, qui eux-mêmes accordent un grand respect à la démocratie et aux droits de la personne, soient moins enclins à se tenir debout pour ces droits quand il s'agit de ceux des autres», a fait valoir la présidente de l'organisation, Berit Reiss-Andersen.

La chancelière allemande Angela Merkel a affirmé que Liu Xiaobo était un «combattant courageux pour les droits civils et la liberté d'opinion». L'ancien président américain, George W. Bush, a salué le dissident chinois comme un homme «ayant osé rêver à une Chine qui respecte les droits de la personne».

Le secrétaire d'État américain, Rex Tillerson, a exhorté Pékin à libérer la femme de Liu Xiaobo de son assignation à résidence et à lui permettre de quitter le pays si elle le désire. Un appel similaire auprès de la Chine a été lancé par le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel.

***

Un réfugié fustige Pékin

Le célèbre dissident chinois réfugié aux États-Unis, Chen Guangcheng, a accusé jeudi le parti communiste chinois d'avoir tué Liu Xiaobo, et appelé la communauté internationale à accentuer la pression sur Pékin, notamment pour obtenir la libération de sa veuve.

«Il ne faut pas voir cette mort comme une mort naturelle, normale», a déclaré le dissident, alors que Liu Xiaobo est décédé d'un cancer dans un hôpital du nord-est de la Chine.

«Il a été tué par le Parti communiste chinois, délibérément tué par eux. Il y a quelques jours encore, le Parti communiste faisait circuler la nouvelle que Liu Xiaobo pouvait marcher, s'alimenter, et tout d'un coup, il meurt : cela crée une énorme suspicion», a déclaré à l'AFP Chen Guancheng, dans une entrevue téléphonique depuis Washington, où il habite depuis qu'il a fui la Chine en 2012.

M. Chen, qui s'exprimait via une interprète, a estimé que Pékin avait refusé de laisser Liu Xiaobo sortir de Chine pour se faire soigner en partie, car, «s'il avait été vu par des docteurs hors de Chine, ils auraient fait toute une batterie d'examens [...] qui auraient probablement révélé qu'ils lui avaient nui avec un traitement médicamenteux ou d'autres choses du même genre.»

«En tant que lauréat du prix Nobel de la paix s'exprimant franchement, il aurait sans doute dit ouvertement ce qui lui arrivait, et cela aussi le Parti communiste chinois voulait l'éviter», a affirmé M. Chen.

Occasion ratée

Alors que de nombreux responsables mondiaux ont rendu hommage au prix Nobel de la paix, certains n'hésitant pas à critiquer Pékin pour avoir refusé de le laisser partir à l'étranger, M. Chen a estimé que «la communauté internationale pourrait et devrait en faire beaucoup plus».

Le récent sommet du G20 à Hambourg, auquel participait le président chinois Xi Jinping, aurait pu être «une formidable occasion de parler ouvertement de la situation de Liu Xiaobo», de «faire pression sur le Parti communiste chinois pour qu'il agisse, puisque ce qu'il redoute le plus, c'est la gêne», a-t-il fait valoir.

«Mais beaucoup de dirigeants et de pays ont choisi la voie de l'apaisement. Je crois que ce n'est pas de ça que nous avons besoin, je crois que ce n'est pas efficace, il faut parler ouvertement et fortement.»

Pour M. Chen, la communauté internationale doit maintenant «s'exprimer très fermement» pour obtenir la libération de sa veuve, Liu Xia, actuellement en résidence surveillée.

«Si la communauté internationale proteste très fermement, il y a de fortes chances qu'ils la relâcheront et la laisseront partir à l'étranger», a-t-il estimé.

M. Chen avait provoqué des remous diplomatiques lorsqu'il avait fui en 2012 sa résidence surveillée pour se réfugier à l'ambassade des États-Unis à Pékin, une semaine avant la visite en Chine de l'ex-secrétaire d'État Hillary Clinton.

Il s'était ensuite envolé pour les États-Unis, la Chine l'ayant autorisé à étudier à l'étranger après d'âpres négociations diplomatiques.  AFP




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