Une journaliste écorchée par Trump

Mika Brzezinski venait jeudi matin de critiquer l'administration... (Archives AP)

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Mika Brzezinski venait jeudi matin de critiquer l'administration du président républicain qui dirige le pays, selon elle, à la façon d'une entreprise.

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Thomas Urbain
Agence France-Presse
Washington

Le président des États-Unis Donald Trump s'est livré jeudi à une attaque personnelle et insultante contre une journaliste de la chaîne MSNBC qui l'avait critiqué, une nouvelle étape de sa croisade contre les médias, attaque qui a fait scandale jusque dans les rangs des républicains.

«J'ai entendu dire que Morning Joe, une émission qui fait peu d'audience, parle mal de moi [je ne la regarde plus]», a écrit Donald Trump sur Twitter au sujet de la matinale de MSNBC présentée par les journalistes Mika Brzezinski et Joe Scarborough.

«Alors comment se fait-il que la folle Mika au faible QI, avec Joe le psychopathe soient venus à Mar-a-Lago [la résidence de Trump en Floride] trois nuits d'affilée autour du Nouvel An, et aient insisté pour me rejoindre. Elle saignait abondamment à cause d'une chirurgie esthétique au visage. J'ai dit non!» a poursuivi M. Trump.

Face à cette charge ad hominem, les réactions ont déferlé sur les réseaux sociaux, à commencer par celle de la chaîne MSNBC, pour qui «c'est un triste jour pour l'Amérique quand le président passe son temps à harceler, à mentir et à déverser de mesquines attaques personnelles au lieu de faire son travail.»

Au sein même du Parti républicain, le sénateur Lindsey Graham, qui a déjà eu des mots très durs pour Donald Trump par le passé, a vivement réagi : «M. le président, votre tweet n'était pas à la hauteur de votre fonction et symbolise ce qui ne va pas dans la politique américaine, ce n'est pas la grandeur de l'Amérique.»

«Cela ne me paraît pas être un commentaire approprié», a déclaré pour sa part l'homme fort du Congrès, Paul Ryan, chef de file des républicains à la Chambre des représentants.

«Inapproprié. Indigne. Pas présidentiel», a tweeté l'ancien candidat à la primaire républicaine Jeb Bush.

«Il faut que cela s'arrête», a exhorté la sénatrice républicaine Susan Collins, «nous avons tous un emploi - les trois branches du gouvernement et les médias. Nous n'avons pas à nous entendre, mais nous devons faire preuve de respect et de civilité.»

Harceler et mentir

Fille de Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité du président Jimmy Carter, récemment décédé, Mika Brzezinski avait comparé jeudi la gestion de l'administration Trump à celle d'une entreprise.

«Si quelqu'un venait à NBC [NBC Universal est la maison mère de MSNBC] et prenait le pouvoir, et commençait à tweeter furieusement à propos de l'apparence des gens, à harceler les gens, [...] à mentir tous les jours, à saper ses dirigeants, [...] cette personne serait limogée», avait déclaré la présentatrice.

«Ce n'est pas un comportement normal. En fait, on s'inquiéterait que cette personne qui dirige l'entreprise ait perdu la raison», avait ajouté Mika Brzezinski.

Ce n'est pas la première fois que Donald Trump donne un tour personnel à ses attaques contre la presse. À l'issue du premier débat télévisé de la campagne des primaires républicaines, début août 2015, l'homme d'affaires avait suggéré que la journaliste Megyn Kelly l'avait injustement traité durant l'émission, car elle avait ses règles.

Depuis le début de sa campagne, Donald Trump a régulièrement accusé les grands médias généralistes de couvrir son actualité de manière partisane, parlant même récemment de «chasse aux sorcières».

Après l'affaire de la chaîne CNN, qui a retiré vendredi un article insuffisamment étayé qui mettait en cause l'équipe Trump, le président américain a encore haussé le ton, toujours sur son canal de communication favori, le réseau social Twitter.

Au total, six tweets en deux jours sur les «fausses infos» ou les «faux médias», ses deux expressions favorites pour qualifier les médias généralistes, avant de s'en prendre jeudi à MSNBC et Mika Brzezinski.

«Pétage de plombs»

Pour certains observateurs, l'affaire CNN témoigne bien d'une dérive de la presse.

«Durant les six mois de la présidence de Donald Trump, nous avons assisté à un pétage de plombs sans précédent de la plupart des médias», a fustigé Michael Goodwin, l'éditorialiste du quotidien conservateur New York Post, dans un billet publié mercredi.

«Les normes [du journalisme] ont été jetées par-dessus bord dans la frénésie qui vise à faire tomber le président», a-t-il insisté.

Certains reprochent à la presse d'orienter sa couverture pour améliorer ses audiences, ses abonnements ou son lectorat, qui sont au beau fixe depuis l'irruption de Trump dans le paysage politique américain.

Pour Stephen Reese, professeur de journalisme à l'université du Texas, «il est difficile de faire le tri entre» les intérêts économiques et «les objectifs professionnels», purement journalistiques.

Les chaînes d'information «sont un peu plus orientées vers le commercial», observe-t-il, «mais pour le [New York] Times et le [Washington] Post, je pense qu'ils font simplement leur travail».




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