Mort d'Helmut Kohl, père de l'Allemagne unifiée

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Le président soviétique Mikhail Gorbachev et le chancelier allemand Helmut Kohl (à droite) avaient signé les accords qui menaient à la réunification de l'Allemagne, à Bonn, en 1989.

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Antoine LAMBROSCHINI
Agence France-Presse
Berlin

Helmut Kohl, père de la réunification allemande 45 ans après la Seconde Guerre mondiale, pilier de la construction européenne et détenteur du record de longévité à la chancellerie (1982-1998) dans l'Allemagne moderne, est mort vendredi, à l'âge de 87 ans.

Il «a été une chance pour tous les Allemands et Helmut Kohl a aussi changé ma vie de manière décisive», a réagi la chancelière Angela Merkel au sujet de son mentor.

«Il restera dans nos mémoires comme un grand Européen, comme le chancelier de l'unité [du pays]», a-t-elle dit de Rome, où elle doit rencontrer le pape François samedi.

Helmut Kohl avait pris sous son aile Mme Merkel, qui a grandi en RDA (République démocratique allemande, l'Allemagne de l'Est communiste), après la réunification. Elle finira par l'évincer en 1999 pour lui succéder à la tête de son parti conservateur, la CDU, à l'issue d'une bataille interne. Le chancelier ne le lui pardonnera jamais.

Le quotidien populaire Bild, le premier à avoir annoncé le décès et dont la direction était très proche de l'ex-chancelier, a précisé qu'il s'était éteint vendredi matin dans sa maison de Ludwigshafen, dans le sud-ouest de l'Allemagne.

Helmut Kohl avait rencontré le pape Benoît XVI... (AFP) - image 2.0

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Helmut Kohl avait rencontré le pape Benoît XVI en septembre 2011, à Fribourg, dans le sud de l'Allemagne.

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Selon ce journal, il est mort paisiblement avec à ses côtés sa seconde épouse, Maike Kohl-Richter. «Il n'allait pas bien depuis plusieurs jours», poursuit-il.

«Artisan de l'Allemagne unie et de l'amitié franco-allemande : avec Helmut Kohl, nous perdons un très grand Européen», a réagi le président français Emmanuel Macron.

«Très affecté», le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a perdu «un ami personnel», selon son porte-parole.

L'ex-chancelier avait été notamment avec le président français d'alors, François Mitterrand, l'un des initiateurs de l'Union économique et monétaire qui conduira à l'euro. Il a aussi jeté les bases de l'élargissement de l'Union européenne (UE) vers l'est après la fin de la Guerre froide.

Un roc

Helmut Kohl, en très mauvaise santé depuis des années et cloué dans un fauteuil roulant depuis 2009, avait notamment souffert d'un accident vasculaire cérébral et s'était cassé la hanche.

Il apparaissait peu en public et avait de graves difficultés d'élocution.

L'ex-chancelier restera dans l'histoire pour avoir forcé la main des dirigeants soviétique et américain, Mikhaïl Gorbatchev et George H. W. Bush, mais aussi de ses alliés européens, afin que la RDA rejoigne la RFA (République fédérale allemande) en 1990, moins d'un an après la chute du mur de Berlin.

«C'était sans aucun doute une personnalité exceptionnelle qui laissera son empreinte dans l'histoire allemande, européenne et internationale», a déclaré M. Gorbatchev.

M. Bush a salué «un vrai ami de la liberté» et «l'un des plus grands leaders de l'Europe d'après-guerre».

Le président russe Vladimir Poutine a rendu hommage à un «partisan du développement des relations amicales entre nos deux pays.»

M. Kohl avait permis la fin de l'occupation militaire de l'Allemagne, imposée par les quatre puissances victorieuses du nazisme à partir de 1945, favorisant ainsi l'émergence d'une Allemagne forte sur la scène internationale.

Pourtant, quand, à 52 ans, il prend la tête en 1982 du gouvernement d'Allemagne de l'Ouest, il est la cible de railleries pour son côté rustique et provincial. Personne n'aurait alors parié que ce fils d'un fonctionnaire du fisc, issu d'une famille de la petite bourgeoisie catholique de Ludwigshafen, entrerait dans la mémoire collective européenne.

Helmut Kohl et Angela Merkel montrent une série... (AFP) - image 3.0

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Helmut Kohl et Angela Merkel montrent une série de timbres-poste commémorant la carrière de l'ancien chancelier, en septembre 2012, à Berlin.

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Mais, le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s'effondre et le chancelier conservateur, alors contesté dans son propre parti (CDU), endosse, pour reprendre ses propres termes, «le manteau de l'histoire».

Vite, il perçoit l'appétit des Allemands de l'Est pour une unification des deux États et l'obtient, malgré les craintes qu'elle suscite.

Dans les rues de Berlin, les Allemands saluaient vendredi soir la mémoire d'Helmut Kohl, à l'image de Viktor Martens : «C'était un grand homme, qui a beaucoup fait pour l'Allemagne. Il a été l'un des plus grands hommes politiques de l'après-guerre», a-t-il déclaré à l'AFP.

Fin de carrière ternie

Sa fin de carrière sera moins glorieuse, ternie par un scandale de caisses noires pour le financement de son parti. Il finira par reconnaître avoir recueilli des dons occultes et Angela Merkel en profitera pour prendre sa place.

Plus récemment, en avril 2016, Helmut Kohl a dénoncé la politique d'accueil de son ancienne protégée, qui a permis l'arrivée de près d'un million de migrants en 2015, et reçu le premier ministre hongrois Viktor Orban, farouche détracteur de la chancelière.

Les soubresauts de sa vie privée, étalés dans divers livres et journaux allemands -  brouilles avec ses enfants, polémique sur le rôle de sa nouvelle femme, manière dont il a traité sa première épouse malade, Hannelore, qui s'est suicidée en 2001 - ont achevé d'assombrir ses dernières années.

***

Les grandes dates de la vie de Helmut Kohl

  • 3 avril 1930 : naissance à Ludwigshafen, dans le sud-ouest, dans une famille catholique et conservatrice de la petite bourgeoisie.
  • 1959 : après des études d'histoire et de sciences politiques, il est élu au Parlement régional de Rhénanie-Palatinat, sous l'étiquette de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), parti qu'il a rejoint pratiquement dès sa création, après-guerre.
  • 12 juin 1973 : au cours d'un congrès à Bonn, M. Kohl devient le chef de la CDU.
  • 1er octobre 1982 : il devient le 6e chancelier de la République fédérale d'Allemagne (RFA), à la suite du vote d'une motion de défiance au Bundestag contre le chancelier social-démocrate Helmut Schmidt. Helmut Kohl sera réélu en 1983, 1987, 1990 et 1994, et détient le record de longévité à la tête du gouvernement en Allemagne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
  • 22 septembre 1984 : Helmut Kohl et François Mitterrand se recueillent, main dans la main, à Verdun, pour le 70e anniversaire du début de la Première Guerre mondiale.
  • 1986 : signature de l'Acte unique européen, dont Kohl et Mitterrand étaient les promoteurs, avec Jacques Delors, le président de la Commission européenne.
  • 9 novembre 1989 : chute du mur de Berlin
  • 28 novembre 1989 : le chancelier présente un plan en dix points pour aboutir à la réunification des deux Allemagne
  • 3 octobre 1990 : le pays divisé depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale est réunifié et Kohl devient le premier chancelier de cette nouvelle Allemagne à l'issue des élections législatives qui suivent, en décembre.
  • 7 février 1992 : signature du traité de Maastricht, créant l'Union économique et monétaire.
  • 27 septembre 1998 : échec aux législatives. Kohl quitte le pouvoir après seize ans à la chancellerie et abandonne la tête de son parti.
  • novembre 1999 : début du scandale des caisses noires de la CDU qui conduira Kohl à payer deux ans plus tard une amende de 150 000 euros (près de 220 000 $CAN).




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