May s'allie avec les unionistes nord-irlandais

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Cette une du Daily Mirror et la pétition ayant récolté 60 000 signatures démontrent que l'alliance entre le Parti conservateur et le petit Parti unioniste démocrate nord-irlandais est loin de faire l'unanimité au Royaume-Uni.

AFP, Justin Tallis

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Jacques Klopp
Agence France-Presse
Londres

Affaiblie après son revers aux législatives, la première ministre britannique Theresa May a conclu samedi un «accord sur des grandes lignes» avec le petit Parti unioniste démocrate nord-irlandais (DUP), qui devrait lui donner une courte majorité pour gouverner.

«Nous pouvons confirmer que le Parti unioniste démocrate nord-irlandais a donné son feu vert au principe d'un accord sur des grandes lignes pour soutenir le gouvernement conservateur», a déclaré samedi soir le porte-parole de Downing Street.

À quelques jours de l'ouverture des négociations sur le Brexit, le soutien des dix élus du DUP, parti régionaliste protestant ultra-conservateur, était indispensable pour offrir une majorité de gouvernement aux conservateurs de Mme May, qui ont subi jeudi un échec cinglant.

La première ministre avait convoqué ces élections anticipées dans le seul but d'étendre sa domination à la Chambre des communes en vue du Brexit. Mais plutôt que de gagner du terrain, les Tories ont perdu douze sièges pour se retrouver avec 318 députés, à huit longueurs des 326 requis pour avoir la majorité absolue. D'où la nécessité absolue des dix sièges du DUP.

Arguant d'un besoin de stabilité face à l'urgence du Brexit, Mme May a elle-même refusé de démissionner, assurant vendredi qu'elle formerait un nouveau gouvernement qui «mènera à bien la sortie de l'Union européenne».

Elle a confirmé dans la foulée les poids lourds de son gouvernement, Philip Hammond (Finances), Boris Johnson (Affaires étrangères), David Davis (Brexit), Amber Rudd (Intérieur), Michael Fallon (Défense).

Le nouveau Parlement siégera une première fois mardi, avant la cérémonie d'ouverture solennelle le lundi 19 juin, jour prévu pour lancer les négociations sur le Brexit.

Pétition

Le conservatisme social du DUP, opposé au mariage des homosexuels et à l'avortement, a fait lever des sourcils : une pétition contre l'accord entre les Tories et le DUP, qui dénonce «une tentative désespérée et choquante pour rester au pouvoir», a déjà recueilli 600 000 signatures. Quelques centaines de militants de gauche ont aussi manifesté près de Downing Street en scandant «Raciste, sexiste, anti-gay, le DUP doit partir».

Au sein même du Parti conservateur, Ruth Davidson, à la tête des conservateurs écossais, a d'ores et déjà posé ses conditions.

«J'ai demandé à Theresa May l'assurance catégorique qu'en cas d'accord avec le DUP les droits de la communauté LGBT continuent à être respectés dans le reste du Royaume-Uni», a prévenu celle qui a prévu de se marier prochainement avec sa compagne irlandaise.

Parallèlement à cet accord de gouvernement, Mme May a dû lâcher du lest samedi avec le départ de ses deux chefs de cabinet, Fiona Hill et Nick Timothy, fidèles parmi les fidèles.

D'après plusieurs médias britanniques, des poids lourds du parti tory ont réclamé leur tête à Theresa May si celle-ci ne voulait pas risquer d'être mise elle-même sur la sellette.

«Elle est cuite»

Les deux chefs de cabinet de Mme May, qui la conseillaient déjà lorsqu'elle était ministre de l'Intérieur entre 2010 et 2016, étaient dans la tourmente depuis jeudi, accusés par plusieurs élus d'avoir supervisé une campagne «catastrophique».

Si Theresa May s'accroche, les commentateurs s'accordent à dire que sa position reste éminemment précaire. «Elle est cuite», assure même le Sun, qui pense que la première ministre ne pourra tenir au mieux que quelques mois à son poste.

Les dissensions au sein du Parti conservateur, déchiré entre les «Brexiteers» purs et durs et une frange plus europhile, risquent effectivement de rendre sa situation rapidement intenable.

Selon la députée conservatrice Heidi Allen, la première ministre ne reste en place pour l'instant qu'à cause du début imminent des négociations sur le Brexit. «Mais je ne la vois pas durer plus de six mois», pronostique-t-elle.

La dépendance vis-à-vis du DUP pose également son lot de questions, dont celle de la neutralité du gouvernement britannique en Irlande du Nord, une région toujours soumise à de fortes tensions, vingt ans après la fin des «Troubles».




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