Comey déballe son sac contre Trump

James Comey a entamé jeudi matin son témoignage... (AFP, Brendan Smialowski)

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James Comey a entamé jeudi matin son témoignage au Congrès sur l'ingérence russe dans l'élection présidentielle.

AFP, Brendan Smialowski

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Erica Weiner, Eric Tucker
Associated Press
Washington

L'ancien directeur de la police fédérale américaine (FBI), James Comey, a soutenu jeudi que le président Donald Trump l'avait congédié afin d'influencer l'enquête sur le rôle de la Russie dans l'élection présidentielle de 2016 et les possibles liens de responsables russes avec l'équipe de campagne de celui qui était alors candidat républicain.

«Mon interprétation est que j'ai été limogé en raison de l'enquête sur la Russie», a dit M. Comey au cours de son témoignage très attendu devant le comité du renseignement du Sénat.

C'était la première fois que l'ex-directeur du FBI prenait la parole publiquement depuis son renvoi le 9 mai, et ses propos menacent de porter atteinte à la présidence de M. Trump.

«J'ai été renvoyé dans [le cadre d']une façon de changer, ou d'une tentative de changer, la manière dont l'enquête sur la Russie était menée», a-t-il avancé lors de son témoignage sous serment.

M. Comey a aussi accusé l'administration Trump d'avoir répandu des «mensonges, purement et simplement», à son sujet et concernant le FBI, dans la foulée de son congédiement inattendu.

L'ex-directeur du FBI a dit que l'administration avait «terni (sa) réputation, et pire encore celle du FBI» en prétendant que l'agence était en déroute sous sa direction.

Témoignant de la méfiance profonde qui existait entre le président et lui, M. Comey a décrit l'inconfort qu'il avait éprouvé lors de ses échanges privés avec M. Trump, déclarant qu'il avait ressenti le besoin de consigner le tout par écrit immédiatement.

M. Comey a fait ces commentaires devant une salle d'audience bondée, paralysant Washington et une partie du pays alors que tous les yeux étaient tournés vers les écrans de télévision.

Dans une version écrite de son témoignage, rendue publique mercredi, M. Comey affirmait notamment que Donald Trump lui avait aussi demandé de mettre fin à l'enquête sur l'ancien conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn.

Le président du comité sénatorial, le républicain Richard Burr, lui a posé jeudi la question cruciale: «Estimez-vous que le président essayait de faire entrave à la justice, ou qu'il cherchait simplement un moyen pour permettre à Mike Flynn de sauver son honneur, puisqu'il avait déjà été congédié?»

«Il ne me revient pas de dire si la conversation que j'ai eue avec le président constitue une tentative d'entrave à la justice, a-t-il répondu. Mais j'ai trouvé cela très dérangeant, très préoccupant. Mais c'est une conclusion que le procureur spécial étudiera certainement de très près pour tenter de comprendre quelle était l'intention [du président] et pour voir s'il s'agit d'un crime.»

Plus tard, dans une révélation inattendue, M. Comey a avoué avoir cherché, après son congédiement, à favoriser la nomination d'un procureur spécial pour chapeauter l'enquête sur la Russie, en laissant couler à la presse une de ses notes concernant M. Trump.

«Mon jugement me disait que ça avait besoin d'être rendu public», a-t-il dit.

L'avocat de Trump réagit

L'avocat personnel de M. Trump, Marc Kasowitz, a par la suite démenti l'affirmation de M. Comey voulant que le président américain ait tenté de le convaincre de laisser tomber les investigations visant Michael Flynn.

«Jamais, ni sur la forme ni en substance», M. Trump n'a dissuadé M. Comey d'enquêter sur quiconque, a martelé M. Kasowitz.

L'avocat a en outre souligné que M. Comey avait confirmé, dans son allocution devant le comité sénatorial, que M. Trump n'était pas personnellement visé par l'enquête que l'ex-patron du FBI pilotait.

M. Kasowitz a par ailleurs accusé M. Comey de contribuer à transmettre aux médias de l'information qui nuirait à l'administration américaine.

Il a du même souffle pointé du doigt «ceux qui, dans le gouvernement, tentent activement de porter atteinte à cette administration avec des fuites sélectives et illégales d'information classifiée et de communications privilégiées».

Le président lui-même est demeuré silencieux, jeudi, refusant de répondre aux questions des journalistes sur les accusations lancées par l'ancien directeur du FBI. M. Trump s'est contenté de leur sourire.

Il n'a pas réagi non plus sur son compte Twitter.

***

De l'entrave à la destitution, beaucoup de questions

Les interférences de Donald Trump dans l'enquête du FBI sur les liens entre son équipe de campagne et la Russie constituent-elles une entrave à la justice, qui est un délit, et cela pourrait-il entraîner sa destitution? Voici quelques éléments de réponse.

  • Qu'est-ce qu'une entrave à la justice?
Selon le code des États-Unis, qui rassemble l'ensemble des lois fédérales américaines, «quiconque essaye, de manière corruptrice, [...] d'influencer, d'entraver ou d'empêcher la bonne administration de la justice, doit être puni». Le délit est passible d'une peine d'emprisonnement n'excédant pas cinq ans.

  • Trump a-t-il entravé la justice?
Les faits portent surtout sur ce qu'a pu faire le président des États-Unis pour empêcher le déroulement normal de l'enquête sur les liens entre son équipe de campagne et des responsables russes.

Lors d'une conversation en tête à tête avec James Comey, Donald Trump a notamment laissé entendre qu'il souhaitait que le directeur du FBI renonce à son enquête sur les relations entre l'ancien conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, et la Russie.

Début mai, le président a limogé M. Comey et se serait vanté à des diplomates russes d'avoir ainsi fait dérailler l'enquête, selon le New York Times.

«La clé», explique Brandon Garrett, professeur de droit à l'Université de Virginie, «c'est qu'il doit y avoir une intention» de contrecarrer, en connaissance de cause, le bon fonctionnement de la justice.

Pour les juristes interrogés par l'AFP, cette intention n'est pas établie à ce stade.

«Le limogeage de Comey est jusqu'ici la meilleure preuve que Trump a agi de manière corruptrice», explique Joshua Dressler, professeur à l'Université de l'Ohio.

Pour autant, aucun procureur ne prendrait le risque de poursuivre sur cette base, selon lui, car «on ne lance pas ce genre d'affaires sans être sûr de gagner».

Autre réserve des spécialistes, il y a débat sur le fait de savoir si une enquête du FBI entre bien dans le champ du fonctionnement du système judiciaire et peut donc faire l'objet d'une entrave à la justice.

Si la jurisprudence tend à montrer qu'une enquête du FBI n'entre pas dans ce champ, «un procureur pourrait raisonnablement défendre un avis différent», estime Mark Tushnet, professeur de droit à Harvard.

  • Le président peut-il être inculpé?
Les avis sont partagés, en partie faute de précédent. «Il y a des doutes considérables quant à savoir si un président en exercice peut être inculpé, sans parler d'être condamné», explique Charles Collier, professeur à l'Université de la Floride.

  • L'entrave à la justice peut-elle servir de base à une procédure en destitution?
Oui, même si le concept d'entrave à la justice relève du système judiciaire, alors que la procédure de destitution est entièrement politique.

Elle pourrait ainsi être lancée même si Donald Trump n'est pas formellement mis en cause par la justice. C'est ce qui s'était produit pour l'ancien président Richard Nixon, en 1974.

Il appartient au Congrès, à majorité républicaine, de destituer le président, s'il estime qu'il s'est rendu coupable de «trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs». En pareil cas, le Congrès peut s'appuyer sur les éléments de preuve éventuellement exposés par la justice.

Pour Joshua Dressler, l'audition de jeudi «ne suffit pas à rendre la destitution soudain plus probable. Il faut plus, des enregistrements peut-être ou quelqu'un qui accepte de témoigner moyennant immunité».

Les républicains pourraient aussi «vouloir prendre leurs distances avec Trump et démarrer une procédure de destitution, mais je ne crois pas qu'ils en aient envie» pour l'instant, estime-t-il.




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