Trump jette un froid sur la relation avec le Qatar

Donald Trump en présence de l'émir du Qatar,... (AFP, Mandel Ngan)

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Donald Trump en présence de l'émir du Qatar, Sheikh Tamim Bin Hamad Al-Thani, lors d'une visite récente dans la région.

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Andrew Beatty
Agence France-Presse
Washington

Le président américain Donald Trump a jeté un froid sur les relations avec le Qatar mardi, et instillé un doute sur l'avenir de la principale base aérienne américaine dans la région, près de Doha, où environ 10 000 militaires sont stationnés.

Dans une série de tweets mardi matin, Donald Trump a apporté un soutien tacite à l'isolement du Qatar par les pays de la région, suggérant que le petit État du Golfe finance l'extrémisme.

La base américaine Al-Udeid abrite également le centre de commandement des opérations aériennes américaines au Moyen-Orient, d'où sont coordonnés les raids de la coalition contre le groupe État islamique (EI) en Irak et en Syrie.

Le Pentagone a indiqué que les opérations militaires américaines au Qatar n'étaient «pas affectées» par la crise.

Donald Trump a dit voir dans la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar décidée par l'Arabie Saoudite, l'Égypte, les Émirats arabes unis et d'autres États du Golfe, ce qui «pourrait être le début de la fin de l'horreur du terrorisme».

Le président des États-Unis a également semblé s'attribuer un rôle dans cette mise au banc du Qatar, décidée après son voyage dans la région fin mai.

«Tellement bon de voir que la visite en Arabie Saoudite avec le roi et 50 pays porte déjà ses fruits», a-t-il écrit sur Twitter. «Ils ont dit qu'ils adopteraient une ligne dure contre le financement de l'extrémisme et tous les éléments pointaient vers le Qatar.»

Diplomates choqués

Ces déclarations sur Twitter, si elles étaient confirmées par des actions diplomatiques concrètes, marqueraient une rupture majeure dans la politique étrangère des États-Unis. Et elles suscitent l'inquiétude à Washington sur un possible renversement des équilibres politiques dans la région.

Il y a quelques semaines à Ryad, Donald Trump s'affichait pourtant tout sourire avec le Cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani, en disant «nous sommes amis, nous sommes amis depuis longtemps».

Mardi, son porte-parole Sean Spicer a cherché à apaiser la controverse autour des tweets présidentiels, en appelant à une résolution rapide de la crise dans le Golfe.

Car le Qatar pourrait désormais être forcé de se tourner vers Téhéran, Moscou ou Ankara pour tenter d'enrayer les dommages économiques provoqués par son isolement.

Diplomates et anciens responsables américains se disaient choqués que Donald Trump prenne aussi ouvertement parti dans une dispute entre pays alliés des États-Unis.

«Nous avons des milliers de soldats au Qatar, c'est très choquant que le président fasse des déclarations de politique étrangère sur Twitter sans consulter ses conseillers pour la Sécurité nationale sur les conséquences possibles pour nos troupes», a réagi le sénateur démocrate Chris Murphy.

Heather Nauert, porte-parole du département d'État, a tenu à tempérer la position américaine: «Nous reconnaissons que le Qatar a accompli de gros efforts pour essayer d'enrayer le financement de groupes terroristes, en poursuivant les commanditaires, en gelant des avoirs et en mettant en place des contrôles stricts du système bancaire».

«Cependant, soyons clairs, ils ont fait des progrès, mais il reste beaucoup à faire. Davantage de travail reste à accomplir», a-t-elle dit.

«Grand partenariat»

Les précédentes administrations américaines avaient déjà exprimé leurs préoccupations sur les centaines de millions de dollars en provenance du Qatar, de l'Arabie Saoudite et du Koweït pour financer des groupes comme l'EI et Al-Qaïda.

Mais la Maison-Blanche a jusqu'ici préféré discrètement pousser les pays du Golfe à adopter des règles financières plus strictes et à sévir contre les dons individuels, tout en renforçant la coopération militaire et en matière de renseignement.

Cette approche avait été adoptée par le président George W. Bush vis-à-vis de l'Arabie Saoudite après les attentats du 11 septembre.

Quelques heures à peine avant les tweets de Donald Trump, l'ambassadrice des États-Unis au Qatar, Dana Shell Smith, soulignait sur Twitter le «grand partenariat» avec le Qatar et «les progrès réels pour contrer le financement du terrorisme».

Mais les tweets du président américain ne surprendront sans doute pas autant à l'intérieur de la Maison-Blanche.

Des responsables ont confié que Donald Trump et son proche conseiller, Jared Kushner, avaient été impressionnés par le puissant prince héritier d'Arabie Saoudite Mohammed ben Salmane, et ont forgé des liens étroits avec celui qui est considéré comme le successeur désigné du roi.

L'Arabie Saoudite et les Émirats arabes unis reprochent depuis longtemps au Qatar de soutenir le mouvement des Frères musulmans et n'apprécient guère sa tolérance vis-à-vis de l'Iran.

La crise dans le Golfe «met tout le monde dans l'embarras»

La crise sans précédent entre le Qatar et quatre de ses voisins, dont l'Arabie Saoudite, met nombre de pays dans l'embarras, dont la France qui entretient de bonnes relations avec les deux rivaux, selon Denis Bauchard, chercheur à l'IFRI (Institut français des relations internationales).

L'Arabie saoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Yémen, l'Égypte et les Maldives ont rompu lundi toute relation diplomatique et commerciale avec le petit émirat du Qatar, accusé de «soutenir le terrorisme».

Question: Pourquoi cette crise brutale entre le Qatar et ses voisins?

Réponse: Les relations entre le Qatar et l'Arabie Saoudite ont toujours été mauvaises dans les années récentes, en raison de la télévision qatarie Al Jazeera (vecteur de la diplomatie de Doha), du soutien de Doha aux printemps arabes et aux Frères musulmans...

Mais cette crise là est particulière, car elle est la retombée du voyage triomphaliste il y a 15 jours de Donald Trump en Arabie Saoudite. Le président américain a fait un amalgame entre (les groupes djihadistes) Daech, Al Qaïda, et l'Iran, et il a quasiment appelé à un changement de régime à Téhéran, marquant une rupture brutale avec les années Obama.

Ce discours a été prononcé devant une cinquantaine de hauts responsables de pays musulmans, dont un certain nombre ont été agacés et ont eu un peu l'impression d'être pris en otage. Particulièrement le Qatar, mais aussi Oman, le Koweït, qui ne sont pas forcément d'accord avec cette approche très dure vis-à-vis de l'Iran. Le Liban, l'Irak, qui entretiennent des relations serrées avec Téhéran, mais aussi l'Algérie ou un pays musulman comme le Pakistan qui a une forte minorité chiite, sont aussi en complet désaccord avec cette stratégie.

Question: Comment analysez-vous les réactions prudentes et les multiples tentatives de médiation?

Réponse: La rupture avec Doha a sans doute été une initiative de Mohammed Ben Salmane (vice-prince héritier d'Arabie saoudite), qui joue à plein la réconciliation avec Washington. Mais cette décision a vraisemblablement été prise sans l'aval des États-Unis.

Tout ceci met tout le monde dans l'embarras, y compris les États-Unis, car le Qatar abrite la plus grande base aérienne américaine dans la région. L'attitude générale va être d'éviter de prendre parti dans la querelle et d'inciter tout le monde à s'entendre.

Question: Et la France?

Réponse: La France est également embarrassée. Elle a plutôt de bonnes relations avec le Qatar. C'était très ostentatoire sous Sarkozy (Nicolas Sarkozy, président de 2007 à 2012), qui jouait le «tout Qatar».

Son successeur François Hollande (2012-2017) a ensuite effectué un rééquilibrage en direction de l'Arabie Saoudite, il avait été reçu en grande pompe à Ryad en 2015. Mais les retombées du rapprochement se font attendre. Paris avait annoncé des contrats de 10 milliards $ avec Ryad en 2015. Peu de ces contrats ont été finalisés. Et après le voyage de Trump (et ses annonces de contrats mirifiques de 380 milliards $ avec l'Arabie Saoudite), on se demande ce qui va rester pour les autres!

Dans le même temps, la relation avec Doha est restée bonne. Et cela a été symbolisé par la vente en 2015 des Rafale, un contrat dont l'artisan était d'ailleurs Jean-Yves le Drian, alors ministre de la Défense (et aujourd'hui chef de la diplomatie).




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