Le pillage silencieux des maisons désertées de Mossoul

Des membres des forces antiterroristes irakiennes ont patrouillé... (AFP, Karim Sahib)

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Des membres des forces antiterroristes irakiennes ont patrouillé l'ouest de Mossoul samedi lors d'une offensive pour reprendre la ville contrôlée par l'État islamique.

AFP, Karim Sahib

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Simon Valmary
Agence France-Presse
Mossoul

Hommes, femmes, enfants remontent la large avenue du quartier al-Rifai à Mossoul-Ouest, les bras chargés de sacs, poussant des charrettes pleines à craquer. Mais ils ne fuient pas les combats avec leurs affaires, ils viennent de se servir dans les maisons abandonnées.

«C'était à Daech! Ne doit-on pas se venger d'eux?» Arrêtés avec chacun un ventilateur de plafond sur une épaule et un sac de vêtements sur l'autre, deux jeunes hommes tentent de se défendre. «Ma maison a été pillée, on n'a plus rien!» plaide l'un.

«Tu te venges comme ça? Si tu es courageux, prends un fusil, le front est juste là», rétorque un soldat, incrédule, en pointant la direction d'où arrive le son des mortiers et des armes automatiques, l'écho des combats entre les troupes irakiennes et les combattants du groupe État islamique (EI).

«Vous avez volé ça dans les maisons d'autres gens. Retournez le remettre là où vous l'avez pris!» ordonne-t-il.

«C'était à Daech, je le jure par Dieu! Des gens prenaient des chaises, des tables. On a juste pris des vêtements, on n'a plus de vêtements», implore le jeune homme, en montrant son tee-shirt délavé.

«Vous n'avez pas honte? Vous n'êtes pas musulmans? Allez! Ramenez ça là où vous l'avez pris», insiste le soldat.

Aucune violence, aucune tension sur cette avenue dévastée d'al-Rifai, quartier résidentiel reconquis par les forces irakiennes quelques jours plus tôt. Simplement des gens qui vont et viennent dans le calme, arrivent parfois les mains vides et repartent avec des sacs pleins ou avec sur leurs chariots un frigo, un canapé...

Les habitants ont fui à la hâte il y a quelques semaines, laissant derrière eux leurs maisons pleines. Les combats ont dévoré les murs et les toits, les intérieurs sont désormais vidés en silence.

Le volé devient voleur

Bicyclette à la main, un homme s'arrête, contemple le va-et-vient. «Tous ces gens ne sont pas d'ici!» s'indigne-t-il auprès d'un policier.

Alors que les combats font rage à quelques centaines de mètres de là, les forces de sécurité contrôlent les allées et venues comme elles le peuvent. Difficile de vérifier systématiquement si tous sont bien les propriétaires des affaires qu'ils transportent.

Certains cas semblent évidents : un adolescent avec un fauteuil qui dépasse de son chariot, des femmes qui transportent péniblement de gros rouleaux de tissu, un garçon avec pour seul bagage une table basse à roulettes...

Certains sont refoulés, d'autres passent entre les mailles du filet.

La plupart justifient leur geste en affirmant que ce sont des objets de l'EI, qui a confisqué arbitrairement les biens de la population durant ses trois ans de règne sur la ville.

«C'est un mensonge, ils ne peuvent pas accéder aux bâtiments de l'EI», balaie Abbas Ali, un policier : «Ils viennent d'autres quartiers pour voler dans les maisons.»

D'autres expliquent - souvent en toute honnêteté - que leurs propres maisons ont été pillées et qu'ils viennent chercher de quoi les remeubler.

«Ils disent qu'ils n'ont rien, mais ça ne justifie pas le fait de voler les affaires des autres. Ce sont les maisons de gens qui ont fui. On les stoppe et on leur dit de ramener les affaires là où ils les ont trouvées. Que peut-on faire de plus?» explique le policier.

La tâche des forces de sécurité est d'abord de sécuriser le quartier, qui jouxte la ligne de front de Zinjili, un des derniers remparts jihadistes avant la vieille ville. Les contrôles se font à l'intuition.

Un garçon passe, traînant derrière lui une caisse en plastique d'où déborde un rideau. Les policiers soulèvent le tissu, faisant apparaître des câbles en métal.

«C'est pas des câbles électriques, ça? Quand les gens vont revenir, ils ne voudront pas l'électricité?» lance Abbas Ali.

«Je les ai trouvés déjà coupés, par Dieu!», répond le gamin, intimidé.

«Retourne les mettre à leur place!» gronde le policier : «C'est ta ville que tu pilles!»




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