L'Afrique, si proche et si loin du G7

Le président du Niger, Mahamadou Issoufou, qui discute... (AP, Andrew Medichini)

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Le président du Niger, Mahamadou Issoufou, qui discute avec le président français Emmanuel Macron, était l'un des cinq chefs d'État africain invité au G7, à Taormina. À sa gauche se tient le président de la Tunisie, Beji Caid Essebsi.

AP, Andrew Medichini

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Cécile Feuillatre
Agence France-Presse
Taormina

Sept pays parmi les plus riches du monde réunis en Sicile, l'île où s'échouent quotidiennement des centaines de migrants : le symbole est criant. Mais l'Afrique reste reléguée loin des préoccupations du G7, centrées sur le climat ou le commerce.

Pendant que les grands de la planète discutent dans le cadre somptueux de Taormina, les migrants continuent à traverser la Méditerranée. Plus de 1.500 d'entre eux ont ainsi été secourus pour la seule journée de vendredi. Et, sommet du G7 oblige, les débarquements ont été interdits cette semaine en Sicile.

«Jamais un G7 ne s'est tenu aussi proche de l'Afrique, mais jamais l'Afrique n'a été aussi loin des préoccupations du G7», se désole Friederike Röder, responsable de l'ONG One, qui suit les réunions des sept grands (États-Unis, Grande-Bretagne, France, Italie, Allemagne, Japon et Canada) depuis des années.

Et pourtant, l'Italie, pays hôte du sommet, a fait de l'Afrique une de ses priorités et avait choisi à dessein la Sicile, «au coeur de la Méditerranée» et «pont entre l'Europe et l'Afrique», selon les mots du président du Conseil Paolo Gentiloni.

En première ligne face à la crise migratoire, l'Italie, qui a vu débarquer plus de 50 000 personnes sur ses côtes depuis le début de l'année, comptait faire adopter une déclaration ambitieuse par les sept États présents, et poser les prémisses d'une vision à long terme des rapports avec l'Afrique.

Selon des sources diplomatiques italiennes, une déclaration séparée sur l'Afrique et la «mobilité humaine», une façon positive d'envisager les migrations, était en projet.

«Les Américains ont tué le projet et ont fait savoir fin avril qu'ils refusaient toute déclaration séparée», selon Friederike Röder, déplorant que la vision sécuritaire constitue l'alpha et l'omega de la relation avec l'Afrique.

«Nous devons être durs et vigilants» sur l'immigration, a lancé cette semaine le président américain Donald Trump en tournée européenne, liant une nouvelle fois immigration et terrorisme. «Des milliers et des milliers de personnes se répandent dans nos différents pays et se dispersent, et dans de nombreux cas, nous ne savons pas qui ils sont», a-t-il déclaré à Bruxelles.

«Le problème n'est pas tant Trump que les autres pays, qui n'ont rien fait pour sauver le projet italien et qui se laissent faire», déplore la responsable de One.

Le communiqué final du G7 consacre un chapitre à «la mobilité humaine», un autre à l'Afrique, et un troisième à la sécurité alimentaire.

«La gestion et le contrôle des flux de migrants exigent une approche à la fois urgente et de long terme. Tout en réaffirmant les droits humains de tous les migrants et réfugiés, nous réaffirmons le droit souverain des Etats à contrôler leurs frontières et mener des politiques dans l'intérêt de leur propre sécurité nationale», selon ce texte.

Approche globale

Cinq chefs d'État et de gouvernement africains étaient invités à Taormina. Le Niger, l'Éthiopie, le Kenya, la Tunisie et le Nigeria - d'où vient le plus gros contingent de migrants en Italie - ont participé samedi matin à une réunion avec les membres du G7.

L'occasion pour le président nigérien Mahamadou Issoufou de rappeler que les flux migratoires résultaient de «la combinaison du terrorisme, de la pauvreté, des effets du changement climatique et de la pression démographique».

Et d'appeler ses pairs occidentaux à envisager une approche globale mêlant «des mesures sécuritaires, et des mesures en matière de développement économique et social».

«Le Niger est bien placé pour comprendre les enjeux liés au terrorisme et au réchauffement climatique. Ce sont des questions que nous vivons au quotidien», insiste une source de l'entourage du président Issoufou, réclamant plus de solidarité sur les questions essentielles et des engagements concrets.

Dans la déclaration finale, le G7 a réaffirmé son objectif pris en 2015 lors d'un sommet en Allemagne à oeuvrer pour sortir 500 millions de personnes de la faim et de la malnutrition d'ici à 2030.

Les pays riches avaient aussi promis d'allouer 0,7 % de la richesse nationale à l'aide publique au développement.




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