Débat: choc virulent entre Le Pen et Macron

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À quatre jours du second tour décisif dimanche, les échanges entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron, aux programmes diamétralement opposés, ont souvent viré à la cacophonie et à la lutte verbale.

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Agence France-Presse
Paris

Choc frontal et virulent mercredi soir lors du débat télévisé entre les deux finalistes de la présidentielle française: la candidate d'extrême droite Marine Le Pen a reproché à Emmanuel Macron de porter «la mondialisation sauvage», le candidat pro-européen l'accusant de «haine» et de «mensonges».

À quatre jours du second tour décisif dimanche, les échanges entre les deux candidats - aux programmes diamétralement opposés - ont souvent viré à la cacophonie et au pugilat verbal, au terme d'une campagne très tendue.

«M. Macron est le candidat de la mondialisation sauvage, de l'ubérisation, de la précarisation, du communautarisme, de la guerre de tous contre tous», a attaqué Mme Le Pen.

«Vous n'êtes pas la candidate de l'esprit de finesse» ni «de la volonté d'un débat démocratique équilibré et ouvert», a ironisé M. Macron, après l'avoir écouté mains jointes sous le menton, les yeux braqués dans les siens. Il a opposé «l'esprit de conquête» qu'il a dit incarner à son «esprit de défaite».

Symbole de l'âpreté des attaques, l'échange sur le terrorisme, dans un pays traumatisé par une série d'attentats qui ont fait 239 morts depuis janvier 2015.

«Contre le terrorisme, il faut d'abord retrouver nos frontières, tout de suite», a martelé Marine Le Pen, promettant "l'expulsion du territoire" de tous les étrangers soupçonnés de menacer la sécurité du territoire.

Poudre de perlimpinpin

La sécurité et le terrorisme sont "totalement absents de votre projet", a-t-elle asséné à M. Macron, l'accusant de "complaisance pour le fondamentalisme islamique".

«Ce que vous proposez, comme d'habitude, c'est de la poudre de perlimpinpin», a jugé M. Macron. Il a souligné que les contrôles aux frontières avaient déjà été rétablis et relevé que les élus du Front national n'avaient pas voté les législations antiterroristes française ni européenne.

Le jeune candidat de 39 ans, favori des sondages, a accusé la patronne de l'extrême droite, 48 ans, de tomber dans "le piège" que les auteurs d'attentat «nous tendent» et de «porter la guerre civile».

«La grande prêtresse de la peur, elle est en face de moi», a-t-il ensuite lâché à propos de l'euro.

Avec elle, «on va sortir de l'euro, de l'Europe», a-t-il souligné, alors que selon les sondages une majorité de Français sont hostiles à une sortie de la monnaie unique. La France, «ce qui fait sa force, c'est qu'elle rayonne partout», a-t-il argué.

L'échange a aussi été tendu sur l'Europe. "De toute façon la France sera dirigée par une femme, ce sera ou moi ou Mme Merkel", a dit Marine Le Pen en accusant M. Macron de se soumettre à l'Allemagne.

«Arrêtez avec ces formules qui sont ridicules», lui a répondu M. Macron. «La France n'est pas un pays fermé. Je suis le candidat d'une France forte, dans une Europe qui protège», a-t-il dit.

L'ancien ministre de l'Economie a aussi contre-attaqué sur le terrain des chiffres accusant sa rivale de multiplier les promesses sans pouvoir les financer. «Il n'y a pas de finance magique», a-t-il lancé en ajoutant «vous n'avez pas expliqué comment vous baissez le chômage, vous ne proposez rien».

Piloté par François Hollande

Les programmes des deux candidats sont aux antipodes. Le discours d'Emmanuel Macron, libéral en termes d'économie et de société, plaît surtout aux jeunes urbains, aux classes moyennes et aux milieux d'affaires. Celui de Marine Le Pen, anti-immigration, anti-Europe et anti-système, séduit les classes populaires, les ruraux, les «invisibles» et capte le ras-le-bol de Français victimes d'un chômage endémique et de ses conséquences.

Dernière grande occasion de convaincre les nombreux indécis de ce scrutin, ce débat - rituel de la vie politique française depuis 1974 - a donné lieu à des échanges musclés, des insultes.

«Mensonges», «n'importe-quoi!», «vous ne connaissez pas vos dossiers!», a répété M. Macron, regardant constamment sa rivale quand celle-ci se plongeait dans ses fiches.

Sourire ironique aux lèvres, index tendu, sa rivale s'est ingéniée à provoquer «l'enfant chéri du système et des élites», le disant à tout propos «piloté par François Hollande» et le renvoyant sans cesse à sa participation au gouvernement socialiste du très impopulaire président sortant.

«Vous êtes l'héritière d'un système qui prospère sur la colère des Français depuis des décennies", a rétorqué M. Macron, «vous êtes son parasite». «La France mérite mieux que vous».

Après dix jours d'une campagne à couteaux tirés entre les deux tours du scrutin, M. Macron reste en tête dans les sondages, avec environ 60% d'intentions de vote, mais l'écart semble se resserrer avec Mme Le Pen, très offensive.

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Marine Le Pen a accusé Emmanuel Macron d'être le «candidat de la mondialisation sauvage», le candidat pro-européen lui reprochant de «dire beaucoup de mensonges».

AP, Eric Feferberg

Une tension palpable

Il est vrai que leurs programmes sont diamétralement opposés. Le discours d'Emmanuel Macron, libéral en termes d'économie et de société, plaît surtout aux jeunes urbains, aux classes moyennes et aux milieux d'affaires. Celui de Marine Le Pen, anti-immigration, anti-Europe et anti-système, séduit les classes populaires, les ruraux, les «invisibles» et capte le ras-le-bol de Français victimes d'un chômage endémique.

La tension entre les deux prétendants à l'Élysée était palpable, leurs attaques portant tant sur les programmes que leurs personnalités respectives. M. Macron a ainsi reproché à Mme Le Pen, «héritière d'un parti de l'extrême droite française», sa «logorrhée» et son absence d'«esprit de finesse».

Après dix jours d'une campagne à couteaux tirés entre les deux tours de la présidentielle, M. Macron reste en tête dans les sondages, aux alentours de 60 % d'intentions de vote, mais l'écart semble se resserrer avec Mme Le Pen, très offensive. L'abstention oscillerait entre 22 et 28 % dimanche.

L'échec du héraut de la gauche antilibérale Jean-Luc Mélenchon et du conservateur François Fillon, au premier tour, a laissé un goût amer à une cohorte d'électeurs qui refusent de choisir entre «la peste et le choléra».

La candidate d'extrême droite n'a eu de cesse de courtiser les électeurs de M. Mélenchon, dont moins de 20 % devraient se tourner vers elle tandis que près la moitié devrait se reporter sur Emmanuel Macron, au programme social-libéral et pro-européen, selon plusieurs sondages. Quant à l'électorat de M. Fillon, un quart à un tiers devrait voter Marine Le Pen et moins de la moitié pour M. Macron.

À droite, le parti Les Républicains a prévenu que les élus qui «se rapprochent du Front national» pour la présidentielle seront exclus.

Ce débat télévisé de l'entre-deux-tours, à deux jours de la fin de la campagne officielle, constitue un moment fort des campagnes présidentielles en France où, au-delà des projets, les personnalités apparaissent au grand jour. L'audience pourrait toutefois pâtir de la demi-finale de la Ligue des champions de football, qui opposera au même moment Monaco à la Juventus Turin.




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