Violences mortelles au Venezuela

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Plusieurs quartiers de Caracas sont le théâtre depuis deux jours d'importantes manifestations d'opposition au président Nicolas Maduro, du Parti socialiste unifié.

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Joshua Goodman, Fabiola Sanchez
Associated Press
Caracas

Au moins 12 personnes sont mortes, dans la nuit de vendredi à Caracas, lors d'émeutes et de pillages qui secouent le Venezuela depuis deux jours.

Selon les autorités, la plupart des victimes ont perdu la vie dans le quartier ouvrier d'El Valle, près de la plus importante base militaire de Caracas. L'opposition au régime soutient que 13 personnes ont notamment reçu une décharge électrique en tentant de piller une boulangerie protégée par une clôture électrique.

Plusieurs quartiers de la capitale sont le théâtre depuis deux jours d'importantes manifestations d'opposition au président Nicolas Maduro, du Parti socialiste unifié.

Les résidants d'El Valle ont entendu des rafales de coups de feu et ont vu des barricades incendiées dans les rues. Une quinzaine de commerces auraient été pillés. Au milieu du chaos, des mères et des nouveau-nés ont dû être évacués de la maternité Hugo-Chavez, qui a été soudainement plongée dans les gaz lacrymogènes.

Selon les autorités, les violences ont fait 11 morts dans le quartier d'El Valle, tous des hommes âgés de 17 à 45 ans; une douzième victime a été recensée à El Sucre, dans l'est de Caracas. Six personnes ont par ailleurs été blessées dans les incidents.

Les leaders de l'opposition blâment le gouvernement pour la répression violente des manifestations alors que la police laisse faire le pillage, selon eux. La ministre des Affaires étrangères, Delcy Rodriguez, a soutenu de son côté que des groupes armés contrôlés par l'opposition sont responsables des violences autour de la maternité.

Selon les autorités, l'une des victimes, Mervins Guitian, a été prise entre deux feux, tard jeudi soir, alors qu'il rentrait chez lui après le travail.

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Les manifestants dénoncent le gouvernement du successeur d'Hugo Chavez, qui serait essentiellement devenu selon eux une dictature, responsable d'une inflation galopante, d'une hausse de la criminalité et de pénuries alimentaires dans le pays.

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Les leaders de l'opposition blâment le gouvernement pour la répression violente des manifestations alors que la police laisse faire le pillage, selon eux. La famine pousse les gens à fouiller dans les restes de magasins pillés pour se nourrir.

AFP, Ronaldo Schemidt

Poches de résistance

Les médias sociaux vénézuéliens ont montré toute la nuit des blindés légers patrouillant dans les rues sombres de la capitale pour tenter de déloger des poches de résistance dans plusieurs quartiers.

L'opposition n'a pas l'intention d'abandonner et exige toujours la tenue de nouvelles élections, à la suite de la décision de la Cour suprême, il y a trois semaines, de retirer au Congrès les derniers pouvoirs qu'il détenait encore. Cette décision, dénoncée par la communauté internationale, a ensuite été infirmée.

Les manifestants dénoncent le gouvernement du successeur d'Hugo Chavez, qui serait essentiellement devenu selon eux une dictature, responsable d'une inflation galopante, d'une hausse de la criminalité et de pénuries alimentaires dans le pays.

Une nouvelle manifestation était prévue pour samedi, et on annonce le blocage d'artères majeures lundi.

Par ailleurs, le constructeur automobile américain General Motors a annoncé jeudi qu'il cessait ses activités au Venezuela à la suite de la saisie par les autorités de son usine à Valencia. Ce geste pourrait amener l'administration Trump à se mêler de la crise. Plusieurs gouvernements d'Amérique latine - dont le Mexique, l'Argentine et le Brésil - ont déjà demandé au Venezuela de maintenir la démocratie et de mettre fin aux violences dans le pays.

Le gouvernement a reporté l'an dernier les élections régionales alors que l'opposition se disait certaine de l'emporter, et il a muselé un mouvement qui exigeait le départ du président Maduro avant les élections prévues pour la fin de 2018. Nommé président par intérim à la suite du décès d'Hugo Chavez, en mars 2013, Nicolas Maduro avait remporté l'élection présidentielle quelques semaines plus tard.

Chronique d'une nuit d'émeute

Au lendemain d'une nuit d'émeutes à Caracas qui a fait 12 morts, un homme fouille les restes des pillages, trouve de la nourriture et l'avale. Autour de lui, des décombres, des impacts de balles et une flaque de sang.

«On aurait dit la guerre des étoiles», résume Sonia Rodriguez, 50 ans, qui tient une boucherie dans le quartier populaire d'El Valle, dans le sud-ouest de la capitale. On dénombre des dizaines de magasins saccagés.

Une bande jaune et noire de la brigade criminelle tient à distance les curieux devant une boulangerie transformée en scène de crime: huit personnes y ont péri la veille, selon un policier sur place. Si les circonstances restent confuses, le parquet parle d'une électrocution.

Sur les 12 morts de la nuit de jeudi à vendredi, 11 ont perdu la vie à El Valle et un 12e homme a été tué par balle à Pétaré, ancien bastion chaviste de l'est de Caracas.

Liria Henriquez, 42 ans, a tout vu «au premier rang» depuis le balcon de son appartement qui donne sur cette rue d'El Valle transformée en champ de bataille.

Plongé dans une crise politique et économique depuis début 2016, le Venezuela connaît un regain de tension et des violences qui ont fait 20 morts depuis début avril lors de manifestations de l'opposition.

Jeudi soir, tout a commencé par un concert de casseroles, qui a dégénéré en blocage de rues et en face-à-face avec les autorités.

Les forces de l'ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les manifestants qui ont répondu avec des jets de pierres et de bouteilles. Sur les réseaux sociaux, des vidéos montrent un véhicule antiémeute qui lançait des jets d'eau touché par plusieurs cocktails Molotov.

C'est à partir de minuit, avec l'arrivée des habitants d'une zone très pauvre située tout près, que les pillages ont débuté, poursuit Liria Henriquez, qui vit là depuis 20 ans.

«Os et verre cassé»

«Soudain, tous les policiers avaient disparu. Les gens ont cassé [l'accès à un commerce] durant deux heures et après, pendant quatre heures, ils ont tout sorti, et il n'y avait pas un policier», raconte cette femme à propos d'un supermarché dévasté.

Étagères renversées, frigos détruits et privés de leur moteur, et quelques restes d'aliments sont encore visibles sur le sol.

Dans la rue Cajigal, des hommes et des enfants fouillent les détritus alimentaires pour voir ce qu'il peuvent encore sauver.

«Un nouvel épisode de haine et d'intolérance a rempli de douleur les rues du Venezuela», a déclaré le vice-président Tareck El Aissami à propos de cette deuxième nuit consécutive de pillages, accusant l'opposition de «comploter en vue d'actions criminelles au côté de bandes armées qui attaquent le peuple».

De son côté, Henrique Capriles, le principal leader de l'opposition au président socialiste Nicolas Maduro, a blâmé «les dirigeants maduristes, avec leurs sbires, avec leurs groupes paramilitaires».

Isabel Mendoza, 54 ans, une autre commerçante à qui on n'a même pas laissé les ampoules, en est convaincue: «ce n'est ni l'opposition, ni le chavisme, tout le monde était là».

«Ici sont descendus ceux qui cherchaient de la nourriture, on suppose qu'ils avaient faim», ajoute-t-elle.

«Ça, ce n'est pas avoir faim, c'est de la délinquance. C'est profiter de la situation du pays pour faire le mal», rétorque Mme Rodriguez, qui regarde ce qui reste de sa boucherie: «des os et du verre cassé».

A quelques kilomètres de là, sur la terrasse de la maternité Hugo Chavez, on peut encore voir des pierres, qui ont été lancées par «des bandes armées engagées par l'opposition», selon le gouvernement. Les antichavistes (du nom du défunt président Hugo Chavez, 1999-2013) contestent cette version et assurent que les nouveau-nés ont dû être placés en lieu sûr à cause des gaz lacrymogènes lancés par les forces de l'ordre.

C'est la fumée de poubelles incendiées qui a obligé les médecins à évacuer 54 personnes, dont des nourrissons et leurs mères, a expliqué la directrice de l'établissement Rosalinda Prieto, écartant la version de l'opposition.

Des salariés montrent une porte vitrée fissurée. Elle a dû être barricadée avec des chaises. Dans le couloir, une infirmière assure que «s'ils entraient, ils nous tuaient tous».  Avec AFP




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