L'intriguante hâte de l'EI à revendiquer l'attentat des Champs-Élysées

La mairesse de Paris, Anne Hidalgo (au centre)... (AFP, François Guillot)

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La mairesse de Paris, Anne Hidalgo (au centre) et la mairesse du huitième arrondissement, Jeanne d'Hauteserre (à droite) déposent des fleurs sur les Champs-Élysées, là où, la veille, a eu lieu la fusillade qui a coûté la vie à un policier.

AFP, François Guillot

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Agence France-Presse
Le Caire

La hâte inhabituelle avec laquelle le groupe État islamique (EI) a revendiqué la fusillade de Paris, semblant même se tromper sur l'identité de son auteur, suggère que l'organisation radicale tente d'amplifier l'impact de ce drame en sa faveur.

L'EI attend 24 heures ou parfois quelques jours avant clamer sa responsabilité dans des attentats commis en Occident, publiant sur son agence de propagande Amaq des revendications une fois que de nombreux détails avaient déjà filtré publiquement sur les circonstances et les auteurs.

L'EI avait ainsi revendiqué deux semaines plus tard le meurtre d'un adolescent à Hambourg (nord de l'Allemagne) en octobre 2016. Il avait aussi attendu deux jours pour s'attribuer la paternité de l'attentat de Nice (sud de la France) le 14 juillet de la même année.

Mais jeudi, la revendication est arrivée à peine quelques heures après la fusillade sur les Champs-Élysées «bien plus rapidement» que d'habitude, remarque Charlie Winter, chercheur au Centre international d'études sur la radicalisation et la violence politique au King's College de Londres.

«Plus la revendication est publiée rapidement après une attaque, plus l'organisation peut amplifier» son retentissement, estime-t-il.

Pour les attentats commis en Europe, le groupe djihadiste ne donnait en général pas le nom des auteurs se contentant de les qualifier de «soldats» de l'EI.

Mais celle de jeudi prétendait que l'auteur avait pour surnom Abu Yussef al-Belgiki (le père de Yussef le Belge). La police française a, elle, indiqué que l'agresseur abattu est un Français de 39 ans, Karim Cheurfi, qui résidait en banlieue parisienne et était connu de la police et de la justice pour des faits de violence.

Ses voisins ont décrit à l'AFP un homme nourrissant une «haine» contre la police et «psychologiquement atteint», mais pas radicalisé.

La confusion sur un auteur belge a aussi existé en raison d'un signalement à la France d'un Anversois jugé dangereux. Mais, le parquet fédéral belge a «exclu» vendredi l'existence d'un lien entre cet homme et l'attentat.

Il y a «deux hypothèses», a avancé le porte-parole du parquet fédéral belge. Ou bien «il existe bien quelque part un Abu Yussef al-Belgiki [le Belge] - et nous cherchons à l'identifier - ou bien l'EI a profité du fait que l'Anversois était dans les médias, surtout français, jeudi soir pour revendiquer l'attentat» en citant son nom, a-t-il poursuivi, sans trancher.

Communication directe?

«La volonté inhabituelle de l'EI de fournir un soi-disant [surnom] après la fusillade de Paris suggère qu'il pourrait y avoir anguille sous roche», dit Jade Parker, une experte sur le mouvement ultraradical.

«Que l'EI ait été au courant [de l'attaque], ait confondu l'assaillant avec quelqu'un d'autre ou ait simplement commis une erreur stupide, tout cela reste à voir», ajoute cette associée de recherche principale à TAPSTRI, une société privée du contre-terrorisme.

Pour un autre expert sur les djihadistes, Amarnath Amarasingam, l'identification par Amaq de l'assaillant et sa présentation comme un «combattant» de l'EI signifie que le groupe «croyait que quelqu'un qu'il connaissait avait commis l'attaque».

«C'est probablement pour cela qu'ils étaient suffisamment sûrs pour l'identifier», estime ce chercheur au groupe de réflexion de l'Institute for Strategic Dialogue à Londres.

La police française a indiqué qu'un papier portant un message manuscrit prenant la défense de l'EI avait été retrouvé près du corps de l'assaillant.

Dans ses opérations de propagande, l'EI a appelé les assaillants en Occident à laisser de tels messages après leurs attaques pour permettre au groupe de les revendiquer.

Mais la rapidité de la revendication suggère que l'EI avait été au courant de cette attaque et de l'identité de son auteur présumé.

«Ce que la revendication démontre sans aucun doute est que l'assaillant était en communication directe avec quelqu'un ayant un contact direct avec Amaq», selon M. Winter.

«Ils ont peut-être cru qu'un tel devait commettre l'attaque et finalement quelqu'un d'autre l'a commise ou bien il s'agirait d'une erreur tout court» sur le nom de l'auteur, dit-il.

Les Champs-Élysées reprennent vie

Les Champs-Élysées, vendredi... (AFP, Philippe Lopez) - image 3.0

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Les Champs-Élysées, vendredi

AFP, Philippe Lopez

La vie a repris vendredi sur les Champs-Élysées: les touristes, nombreux, mais parfois «sous le choc», déambulaient sur l'artère emblématique de Paris, aux côtés des habitués et des curieux venus voir les lieux de la fusillade survenue la veille.

Des fleurs ont été déposées au pied d'un arbre, face à l'immeuble devant lequel un policier a été tué jeudi soir dans l'attaque revendiquée par le groupe État Islamique.

Au-delà du traumatisme, l'attaque soulève l'inquiétude des commerçants qui redoutent une nouvelle désertion des touristes, déjà bien moins nombreux depuis les attentats de 2015 et 2016.

Premier à laisser sa fleur-hommage, une rose blanche, un homme qui se présente comme un policier sans vouloir donner son nom.

Juste en face, les chalands se pressent pour photographier les vitres portant des impacts de balles. Certains rentrent dans l'immeuble pour un angle de vue différent.

«Comme s'ils photographiaient une performance artistique!» Luis Ricardo, un Mexicain de 21 ans, est choqué et dit «avoir davantage peur de ces gens-là que d'être à Paris, car le terrorisme est partout».

Venu de Los Angeles, Felix Cervantes n'entend pas non plus céder à la panique. «Je n'ai pas peur. On restera, quoi qu'il arrive, jusqu'à la semaine prochaine», dit ce sexagénaire.

D'autres s'avouent cependant moins rassurés. Chaintnya Veeraghanta, un Indien de 25 ans, promet: «Je ne vais pas me promener tout seul la nuit». Il espère un renforcement de la protection policière sur l'avenue très fréquentée.

Quelque 300 000 personnes se promènent chaque jour sur les «Champs», une artère de deux kilomètres entre Arc de Triomphe et place de la Concorde, où s'alignent des magasins, des cafés, des cinémas, des théâtres...

«C'est sûr, les touristes ne vont pas vouloir revenir», se désole Majid Gabiri, 64 ans, serveur au café restaurant Le Vesuvio depuis 30 ans. «Après les attentats du 13 novembre, il y avait moins de gens. Même les habitués, il y en a moins ce matin», dit-il en désignant les tables vides.

La région parisienne a perdu 1,5 million de visiteurs en 2016, chinois, japonais, mais aussi européens. La tendance avait semblé s'inverser au dernier trimestre, l'office du tourisme parisien notant une amorce de reprise en fin d'année.




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