Le Pen et les déportations de Juifs: 50 nuances de noir

Marine Le Pen, la chef du Front national,... (AP, Kamil Zihnioglu)

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Marine Le Pen, la chef du Front national, a déclaré que la France n'était pas responsable du Vél' d'Hiv à propos des déportations de Juifs pendant la Seconde Guerre Mondiale.

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(Québec) VÉRIFICATION FAITE / L'affirmation: «Je pense que la France n'est pas responsable du Vél' d'Hiv. (...) Je pense que, de manière générale, s'il y a des responsables, ce sont ceux qui étaient au pouvoir à l'époque, ce n'est pas la France», a déclaré en début de semaine la chef du Front national, Marine Le Pen, à propos des déportations de juifs qui ont eu lieu en France pendant la Seconde Guerre mondiale. «Je considère que la France et la République étaient à Londres pendant l'Occupation et que le régime de Vichy n'était pas la France», a-t-elle ajouté

LES FAITS

La «rafle du Vélodrome d'hiver», ou simplement «le Vél' d'Hiv», reste un sujet sensible en politique française, même 22 ans après les excuses officielles qu'a présentées le président Jacques Chirac. À partir de juin 1940 jusqu'à l'été 1944, tout le nord et la côte Atlantique de la France sont occupés par l'Allemagne nazie, laissant grosso modo la moitié sud-ouest sous le contrôle du régime de Vichy, indépendant, mais proche de l'Allemagne. Ce régime a mené plusieurs vagues d'arrestations massives contre des Juifs en France, qui étaient ensuite déportés dans des camps de concentration. Le Vél' d'Hiv, en 1942, fut la rafle la plus importante : 4100 enfants, 2900 femmes, 1100 hommes, tous envoyés au camp d'Auschwitz. L'écrasante majorité n'en reviendra jamais.

Selon tous les historiens consultés par Le Soleil (Anthony Steinhoff, de l'UQAM, ainsi que Jacques Ruelland et Micheal Carley, de l'UdeM), l'implication du régime de Vichy dans ces rafles ne fait pas de doute, même si la commande venait de Berlin.

«D'abord, le Vél d'Hiv, c'est à Paris, ce n'est pas du côté de Vichy, signale M. Ruelland. Mais le plan de la rafle des Juifs a été négocié par René Bousquet qui était le chef de police de Vichy. (...) Il avait directive de Pierre Laval (alors chef du gouvernement de Vichy, mais il fut ministre dans les années 30, NDLR) d'essayer de sauver les Juifs qui avaient la citoyenneté française. Et en tentant de le faire, il s'est trouvé à approuver, en quelque sorte la rafle.»

«On estime que 5000 policiers parisiens et français ont participé au Vél d'Hiv», ajoute pour sa part M. Carley. Plusieurs d'entre eux ont «triché» et ont laissé partir des Juifs, tempère M. Ruelland, mais on parle ici de «nuances de noirs». Car il demeure qu'«on a beaucoup de documents qui montrent que tant les autorités de Vichy que celles de la zone occupée ont été impliquées à tous les échelons», confirme-t-il.

Voilà pour l'implication active de Vichy. Maintenant, si détestable que ce régime ait pu être, était-il «illégal» pour autant? Et est-ce que le leadership du général Charles de Gaulle, exilé à Londres, pouvait être considéré comme un «gouvernement» ?

Ici encore, l'interprétation de la chef frontiste est contredite par les historiens et par les faits. Il est vrai que de Gaulle fut le chef d'une organisation nommée «France libre» - ce qui fait dire à M. Ruelland que Mme Le Pen joue sur les mots, puisque c'était aussi le nom donné à la France «non occupée» de Vichy -, que c'est lui qui a prononcé l'appel à la résistance du 18 juin 1940 sur les ondes de la BBC et qu'il a même été placé à la tête du gouvernement provisoire français immédiatement après la libération (1944-46).

Or s'il a joui d'une certaine reconnaissance par la Grande-Bretagne, son organisation ne constituait pas un gouvernement en exil à proprement parler. Quand l'armée nazie a envahi la Norvège et les Pays-Bas, par exemple, leurs gouvernements élus ont fui et se sont réfugiés à Londres. Or en 1940, de Gaulle n'avait jamais été élu et n'avait même jamais fait partie du gouvernement français - sauf pour une période d'à peine 10 jours avant son exil, et encore au poste relativement mineur de sous-secrétaire d'État à la défense, où il était d'ailleurs assez isolé.

Enfin, si l'accession au pouvoir du maréchal Philippe Pétain, chef d'État de Vichy, a marqué la fin de la 3République de France, elle s'est faite en toute légalité : «En juillet 1940, c'est l'Assemblée nationale, ou ce qu'il en restait, qui a voté les pleins pouvoirs à Pétain», relate M. Steinhoff.

Sans compter, ajoute-t-il, que l'idée de former un gouvernement en exil à Londres avait été envisagée au printemps 1940, juste avant la défaite militaire, «mais on a rejeté cette possibilité en partie pour des raisons pratiques, mais aussi pour des questions de fierté nationale».

VERDICT

Faux. À moins de fendre les cheveux en 4, en 8 et en 16, le séjour du général de Gaulle à Londres ne peut pas être considéré comme un «gouvernement en exil» et, bien que cette idée puisse être pénible, le régime de Vichy était clairement le successeur de la 3e République. Comme son implication dans les rafles anti-Juifs, dont celle du Vél' d'Hiv, ne fait pas de doute, la responsabilité historique de l'État français est très difficilement contestable.




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