Les réfugiés syriens au Canada morts d'inquiétude

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Arrivée depuis peu au Canada, Maha Alio s'inquiète plus que jamais du sort réservé à ses parents et amis qui se trouvent toujours en Syrie.

La Presse canadienne, Christopher Katsarov

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Cassandra Szklarski
La Presse Canadienne
Toronto

Lorsqu'elle a appris jeudi soir les représailles américaines à l'attaque chimique de mardi en Syrie, le coeur de Maha Alio s'est arrêté de battre.

La réfugiée syrienne de 25 ans, arrivée depuis peu au Canada, craint maintenant que le pire reste à venir. Elle s'inquiète plus que jamais du sort réservé à ses parents et amis qui se trouvent toujours là-bas.

«Nous ne faisons pas confiance à l'Amérique parce qu'après six ans de conflit, nous ne faisons plus confiance à personne», soutient Mme Alio, arrivée à Toronto en janvier dernier avec sa mère de 63 ans. Son père était resté à Lattaquié, une ville relativement sûre de la côte syrienne, afin de s'occuper de sa mère malade, aujourd'hui décédée. La soeur de Mme Alio se trouve quant à elle à Antioche, en Turquie.

«On ne sait pas si [les bombardements de jeudi] constituent une bonne nouvelle, on ne sait pas ce qui va arriver maintenant», laisse tomber, inquiète, Mme Alio. «Mais ce qu'on sait, c'est que ce sont toujours les enfants et les civils qui écopent.»

Syndrome de culpabilité du survivant

La jeune réfugiée tente maintenant de faire venir son père et sa soeur au Canada; en attendant, elle souffre de ce que les psychologues appellent le syndrome de culpabilité du survivant. Un de ses amis lui disait même cette semaine qu'il voulait rentrer en Syrie pour mourir avec les autres victimes de cette guerre civile. «Pourquoi eux et pas moi? Pas toi? Pas nous?» demandait-il.

Le personnel responsable de l'accueil des réfugiés entend souvent ce mélange d'anxiété et de culpabilité, qui peut même retarder le processus d'intégration au pays. Les mauvaises nouvelles en provenance de la mère patrie peuvent raviver des plaies de violences et d'exactions pas si lointaines, et peuvent ralentir les progrès vers l'intégration professionnelle et sociale.

«Ils sont assis en classe mais leur tête est ailleurs», souligne Sally Ghazal, conseillère en intervention de crise à Mississauga. «Les traumatismes ont de multiples effets, notamment des difficultés à se concentrer et à mémoriser.» Et ces effets sont souvent beaucoup plus difficiles à vivre lorsque des proches dépendent de votre succès.

Mme Alio reçoit des nouvelles de son pays par l'entremise de Facebook et d'autres immigrants. Ces nouvelles sont souvent beaucoup plus difficiles à regarder que ce que les médias traditionnels canadiens acceptent de diffuser. Mais Mme Alio a ainsi l'impression de communier davantage avec son peuple, afin de pouvoir l'aider éventuellement.

Gilan Abdelaal, conseillère clinicienne dans un centre pour immigrants de Toronto, raconte que plusieurs de ses clients sont tellement habitués aux horreurs de la guerre que l'attaque chimique de mardi ne les a guère surpris. Mais l'accumulation de ces horreurs peut exacerber les symptômes de dépression, d'anxiété ou de stress post-traumatique.

Mme Alio, elle, a décidé cette semaine de consulter un psychologue.

Des Syriens qui auraient été victimes d'une attaque... (AFP, OZAN KOSE) - image 2.0

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Des Syriens qui auraient été victimes d'une attaque chimique quittent en autobus l'hôpital de Reyhanli, en Turquie, après y avoir été traités.

AFP, OZAN KOSE

Des rescapés de l'attaque chimique rêvent de la chute d'Al-Assad

À peine sorti d'un hôpital turc où il a été soigné pendant trois jours après l'attaque présumée chimique en Syrie voisine, Ahmad Raheel se réjouit des frappes américaines contre le régime: «Qu'ils nous débarrassent de Bachar Al-Assad».

Comme Ahmad, des dizaines de personnes blessées lors de l'attaque qui s'est produite mardi dans le nord-ouest de la Syrie ont été hospitalisées à Reyhanli, une ville turque poussiéreuse située à la frontière syrienne.

Les frappes américaines contre une base aérienne du régime syrien ont suscité l'espoir de rescapés de l'attaque qui a eu lieu dans la localité rebelle de Khan Cheikhoun, tuant au moins 86 personnes, dont 27 enfants, et suscitant l'indignation à travers le monde.

«Nous sommes heureux», dit Ahmad en quittant l'hôpital public de Reyhanli, d'où une vingtaine de blessés sont sortis vendredi. «Qu'ils nous débarrassent de Bachar Al-Assad».

«J'espère que la guerre en Syrie va se terminer», ajoute-t-il.

«Débarrassez-nous de la Russie [qui soutient le régime syrien] et de Bachar, et tout ira bien», lance Fayçal, un autre rescapé. «Ce qui compte, pour nous, ce n'est pas d'être filmé, mais d'être débarrassés de Bachar», insiste-t-il.

À la sortie de l'hôpital de Reyhanli, un bus blanc attend les patients qui y ont été soignés. Ils transportent leurs quelques effets personnels dans des sacs en plastique, pour les reconduire du côté syrien de la frontière par le poste-frontière de Cilvegözü - Bab Al-Hawa.

«Il n'y a plus aucun patient [blessé lors] de la dernière attaque qui est soigné dans cet hôpital», indique un médecin qui a requis l'anonymat. «Ils veulent retourner auprès de leurs familles, ils souhaitent revoir leurs enfants», ajoute-t-il en conduisant les Syriens au bus.

L'épuisement se lit sur les visages mal rasés des hommes. Des rides creusent le front de femmes voilées, trahissant leur inquiétude. Au fond du bus, un garçon aux paupières lourdes jette un regard vide à travers la fenêtre.

«Personne d'autre n'a vécu ça»

Assis à l'avant du bus, Samer Mohamad, 35 ans, est encore sous le choc trois jours après l'attaque: «Je dormais quand l'avion a frappé. Les gens ont commencé à dire qu'il s'agissait d'une attaque chimique», raconte-t-il.

«Nous sommes alors sortis des maisons et avons commencé à vomir, puis nous nous sommes évanouis. Lorsque nous nous sommes réveillés, nous étions en Turquie», poursuit-il.

Samer montre ses bras marqués par des brûlures, causées, dit-il, par l'«attaque chimique». Plusieurs pays, dont les États-Unis et la Turquie, accusent le régime syrien d'avoir utilisé à Khan Cheikhoun un agent neurotoxique.

Par mesure de précaution, les autorités turques ont placé l'hôpital de Reyhanli en quarantaine pendant le traitement des blessés de Khan Cheikhoun.

Le ministère turc de la Santé a affirmé jeudi que des premières analyses effectuées sur les corps de trois victimes décédées en Turquie laissaient penser que les victimes avaient été exposées à du gaz sarin.

Le régime syrien dément avoir utilisé des armes chimiques, assurant avoir bombardé un «entrepôt» des rebelles contenant des «substances toxiques», une version appuyée Moscou. Plusieurs experts jugent cette explication «fantaisiste».

Les frappes américaines ont, selon Washington, visé une base militaire d'où a décollé l'avion qui aurait largué des substances chimiques sur Khan Cheikhoun. Les experts se demandent désormais si elles seront suivies d'autres actions.

Les images prises après l'attaque à Khan Cheikhoun, montrant notamment des enfants s'éteindre lentement en suffoquant, a provoqué une pointe d'indignation à travers le monde et de nouveau braqué l'attention sur la Syrie, déchirée par la guerre depuis plus de six ans.

«Personne au monde n'a vécu ce que nous vivons. Des avions volent au-dessus de nos têtes» en permanence, décrit Fayçal, «des avions et des explosions, et les images de Bachar à la télévision».

En colère, il accuse Washington d'être responsable de la situation actuelle en Syrie. «Tout cela, dit-il, c'est [à cause des] erreurs des États-Unis».  Agence France-Presse




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