Les États-Unis menacent de passer à l'action en Syrie

À l'ONU, l'ambassadrice américaine Nikki Haley a fustigé... (AP, Bebeto Matthews)

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À l'ONU, l'ambassadrice américaine Nikki Haley a fustigé la Russie pour n'avoir pas su tempérer son allié syrien, à qui la communauté internationale impute l'attaque chimique présumée survenue mardi dans la province rebelle d'Idleb.

AP, Bebeto Matthews

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Jérôme Cartillier, Nicolas Revise, Omar Haj Kadour
Agence France-Presse
Washington

Donald Trump a menacé mercredi de passer à l'action en Syrie au lendemain d'une attaque chimique présumée imputée au régime de Damas, que le président des États-Unis a qualifiée d'«odieuse» et d'«affront à l'humanité».

Son chef de la diplomatie Rex Tillerson a également mis en garde la Russie sur son soutien indéfectible à Damas, pendant que le Conseil de sécurité de l'ONU négociait une résolution de condamnation de cette attaque qui soulève une indignation internationale.

Au moins 86 personnes, dont 30 enfants, ont été tuées lors d'un raid mené mardi sur Khan Cheikhoun, petite ville de la province rebelle d'Idleb. Les médecins ont relevé tous les symptômes d'une attaque chimique : pupilles dilatées, convulsions, mousse sortant de la bouche.

«Cette attaque sur des enfants a eu un énorme impact sur moi», a lancé Donald Trump lors d'une conférence de presse avec le roi Abdallah II de Jordanie.

Le président républicain a reconnu que son «attitude vis-à-vis de la Syrie et d'Al-Assad avait nettement changé», soulignant que «ce qui s'était passé était inacceptable».

Avec ce raid imputé au régime syrien, de «nombreuses lignes» ont été «franchies», a-t-il souligné, en allusion à la «ligne rouge» que s'était fixée son prédécesseur Barack Obama à propos des attaques chimiques du régime syrien.

Donald Trump a évoqué «les petits enfants et même de beaux petits bébés» qui ont péri. «Leur mort fut un affront à l'humanité. Ces actes odieux par le régime d'Al-Assad ne peuvent pas être tolérés», a-t-il martelé à la Maison-Blanche. Il n'a toutefois pas dit ce qu'il comptait faire.

Depuis le début du conflit en mars 2011, la Syrie divise les Occidentaux et les Russes, bloquant tout effort multilatéral pour mettre fin à une guerre qui a fait plus de 320 000 morts.

Mais alors que Donald Trump a maintes fois plaidé pour se rapprocher de son homologue russe Vladimir Poutine, en particulier pour régler la crise syrienne, son administration s'est montrée mercredi très sévère contre Moscou.

Le secrétaire d'État Tillerson a prévenu qu'il était «temps que les Russes réfléchissent vraiment bien à la poursuite de leur soutien au régime Al-Assad». Le ministre américain, attendu les 11 et 12 avril à Moscou, a ajouté qu'«il n'y avait aucun doute dans [son] esprit : le régime syrien sous la gouverne de Bachar Al-Assad est responsable de cette attaque atroce».

Mesures unilatérales

Même fermeté à l'ONU de l'ambassadrice américaine Nikki Haley qui a fustigé la Russie pour n'avoir pas su tempérer son allié syrien. Elle a menacé de mesures unilatérales des États-Unis en cas d'échec d'une action «collective» des Nations Unies.

Le Conseil de sécurité, réuni en urgence, a repoussé au plus tôt à jeudi le vote d'une résolution, le temps pour les Occidentaux de négocier avec la Russie. Moscou avait jugé «inacceptable» le projet de texte des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni.

Sur le terrain, des médecins tentaient de sauver les blessés les plus graves parmi plus de 160 personnes soignées après l'attaque.

La nature des substances chimiques n'a pas été formellement identifiée, mais l'Organisation mondiale de la santé a précisé que certaines victimes présentaient des symptômes évoquant une exposition à une catégorie de produits chimiques «comprenant des agents neurotoxiques».

«De type gaz sarin»

Médecins sans frontières a évoqué «un agent neurotoxique de type gaz sarin» sur la base de constatations de son équipe dans un hôpital où sont soignés des blessés. L'ONG a parlé de huit patients présentant des «symptômes caractéristiques» : pupilles rétractées, spasmes musculaires et défécation involontaire. Des vidéos de militants antirégime avaient déjà montré mardi des corps pris de spasmes et de crises de suffocation.

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme, il s'agit de la deuxième «attaque chimique» la plus meurtrière de la guerre après celle au gaz sarin qui avait fait plus de 1400 morts près de Damas en août 2013. Cela avait failli déclencher une intervention militaire américaine et française, au titre de la fameuse «ligne rouge» de Barack Obama.

Mais le président américain de l'époque avait renoncé au dernier moment, préférant sceller un accord avec Moscou de démantèlement de l'arsenal chimique syrien.

La mort a frappé en quelques minutes

Des victimes d'une possible attaque au gaz sarin... (AP, Alaa Alyousef) - image 3.0

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Des victimes d'une possible attaque au gaz sarin gisent sur le sol à Khan Cheikhoun, où de nombreuses personnes sont mortes.

AP, Alaa Alyousef

Mohammad a vu son père, sa mère et son neveu de quatre ans mourir l'un après l'autre en quelques minutes. Ils se sont effondrés dans la rue, pris de convulsions, après l'attaque chimique présumée sur la ville syrienne de Khan Cheikhoun.

L'attaque de mardi, pour laquelle le régime de Bachar Al-Assad a été pointé du doigt, a fait au moins 86 morts.

Des animaux ont aussi péri. Un journaliste de l'AFP a vu un chevreau gisant au bord d'une route et trois canaris morts dans une cage.

Mercredi, Khan Cheikhoun était une ville fantôme. Les habitants étaient en état de choc, parvenant à peine à articuler. Des témoins évoquent plusieurs frappes.

Mohammad a perdu ses parents dans l'attaque. «En sortant de la maison, mon père a vu un homme allongé par terre. Dès qu'il s'est approché de lui, il a lui-même commencé à trembler», raconte-t-il.

Il parle lentement, le visage marqué par une profonde douleur.

En voyant son mari, la mère de Mohammad «a commencé à crier. Elle est allée le rejoindre avant de s'effondrer à son tour», explique Mohammad. Les deux sont morts.

«Ma soeur et son petit garçon ont accouru à leur tour. Eux aussi sont tombés». Sa soeur a survécu, mais pas son neveu.

«Ils tremblaient tous, de la mousse sortait de leur bouche», poursuit-il, assurant avoir tout de suite compris «qu'il s'agissait d'une attaque chimique».

«Malgré cela, personne n'a voulu partir, les gens pensaient à secourir les autres», explique Mohammad, qui accuse le régime de Bachar Al-Assad de cette attaque. «Que Dieu se venge de cet oppresseur.»

Un autre habitant, Abdelhamid Al-Youssef, 28 ans, a perdu 19 membres de sa famille, dont ses deux enfants Ahmad et Aya et sa femme Dalal. Il est chez un proche, assis avec une perfusion dans le bras.

«Je ne peux raconter ma souffrance qu'à Dieu», dit-il désespéré. «Dieu reste éveillé, il n'oublie personne», répète-t-il, s'élevant contre l'impuissance du monde face à une guerre qui n'en finit pas de tuer.

«Les Européens ne peuvent rien faire, sauf condamner. Et les chefs d'État arabes sont endormis sur leurs chaises», se lamente-t-il.

Abdelhamid raconte avoir «vu des gens s'évanouir les uns après les autres [...] personne n'arrivait à porter secours à personne. Ils tombaient comme des mouches».

Même les secouristes tombaient, les uns après les autres, raconte-t-il. La première frappe a eu lieu à 10 mètres de chez lui, la deuxième à 20 mètres de chez ses parents, dit-il.

«Je suis allé chez mon frère, j'ai secouru près de 20 personnes, mais après ça je n'en pouvais plus, je me suis effondré à mon tour, je ne sentais plus rien.»

Conditions rudimentaires

Dans la rue, une équipe portant des masques et des gants fait des prélèvements dans un trou, un cratère causé par une frappe.

Le docteur Hazem, directeur des services de santé de Khan Cheikhoun, explique que les personnels médicaux ont «été surpris par le type de gaz [dégagé lors de la frappe], c'était étrange.»

«Nous avons confirmé plus tard, d'après les symptômes, qu'il s'agissait du gaz sarin avec du cyanure», précise ce médecin.

«Nous avons fait des prélèvements à l'endroit où a eu lieu la frappe, sur la roquette, ainsi que sur des animaux et des plantes», a-t-il ajouté.

Mais le médecin déplore le manque de moyens : «Nous travaillons dans des conditions rudimentaires [...] Il ne nous reste même pas de masques».




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