Serbie: Vucic, le nationaliste devenu ami de l'Europe

Autrefois ultranationaliste, le nouveau président de la Serbie,... (AFP, Olivier Bunic)

Agrandir

Autrefois ultranationaliste, le nouveau président de la Serbie, Aleksandar Vucic, admet que le rapprochement de la Serbie de l'Union européenne est un choix de raison plus que de passion.

AFP, Olivier Bunic

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Katarina Subasic
Agence France-Presse
Belgrade

Aleksandar Vucic, premier ministre de Serbie élu dimanche à la présidence, est un ancien collaborateur de Slobodan Milosevic et un faucon ultranationaliste, reconverti en pro-Européen.

Interlocuteur désormais apprécié de l'Occident, ce géant de 47 ans au visage adolescent fut au moment des guerres dans les Balkans interdit d'entrée sur le territoire de l'UE.

«Il n'y aura plus d'errance, la Serbie va de l'avant. Nous ne cachons pas nos intérêts, nous ne mentons à personne, nous tenons parole et savons ce que nous voulons», a résumé récemment Aleksandar Vucic.

La phrase résume l'état d'esprit de nombre de ses compatriotes vis-à-vis de l'Union européenne : un choix de raison plus que de passion.

Cet avocat de formation s'est bâti à l'Ouest une réputation de partenaire fiable, s'imposant comme un gage de stabilité dans une région troublée.

Crise des migrants

L'accueil empreint d'humanité offert en 2015 aux centaines de milliers de migrants qui ont traversé la Serbie vers l'Europe de l'Ouest a également fait beaucoup pour son image positive.

Mais il veille aussi à soigner ses relations avec l'allié historique russe, rejetant catégoriquement de s'associer aux sanctions contre Moscou.

«Nous avons sauvé notre honneur et fait preuve d'amitié lorsque les temps sont devenus difficiles», est allé dire Aleksandar Vucic à Vladimir Poutine, rencontré à Moscou à quelques jours du scrutin.

Derrière le visage affable, ses détracteurs décèlent des opérations de relations publiques parfaitement ficelées avec la complicité de médias qu'il contrôlerait, notamment la télévision et plusieurs tabloïds qui livrent épisodiquement de violentes campagnes contre ses adversaires.

L'opposition dénonce aussi sans relâche une tendance à l'autoritarisme et au populisme. Mais selon l'analyste politique Jadranka Jelincic l'Occident «est prêt à fermer les yeux» pour prix de la stabilité régionale.

Un impressionnant renversement pour celui qui est entré en politique en 1993 en rejoignant le Parti radical (SRS, extrême droite), dont il devient rapidement l'un des responsables.

Proche du tribun de la «Grande Serbie» Vojislav Seselj, Vucic assied sa réputation de dur parmi les durs en 1998 : ministre de l'Information de Milosevic, il impose aux médias des amendes draconiennes dont plusieurs titres ne se remettront pas, et renforce la censure au moment de la guerre au Kosovo et des bombardements de l'OTAN.

Quand en 2000, Milosevic est chassé du pouvoir, M. Vucic perd son ministère. Son retour au Parlement, en 2003, se fera sous les mêmes couleurs du SRS, pour qui il briguera deux fois en vain la mairie de Belgrade.

«J'ai changé... J'en suis fier»

Des années durant, il défend les leaders serbes de Bosnie accusés d'atrocités pendant le conflit de 1992-95. «Si vous tuez un Serbe, nous allons (tuer) cent musulmans», menace-t-il en juillet 1995, quelques jours après le massacre de Srebrenica où 8000 musulmans sont tués par les forces serbes bosniennes.

Srebrenica ne l'a pas oublié : c'est par les huées et les projectiles que M. Vucic a été accueilli en 2015 à une cérémonie pour les 20 ans du pire massacre perpétré en Europe depuis la Deuxième Guerre mondiale. Mais récemment, il s'est rendu à Sarajevo sans que cela ne suscite de remous.

La mue a été soudaine. À la surprise générale, avec Tomislav Nikolic, l'actuel président serbe, il quitte en 2008 les Radicaux et fonde le Parti serbe du progrès (SNS), conservateur et pro-européen. «Je ne cache pas que j'ai changé... J'en suis fier», explique-t-il.

Sa popularité va croissant et le SNS remporte les législatives de 2012. Aleksandar Vucic devient chef du gouvernement en 2014.

Rapprochement avec l'UE, normalisation des relations avec le Kosovo, lutte affichée contre la corruption, il décide de tout, se bâtit l'image d'un travailleur infatigable.

Lui seul serait seul capable d'attirer des investissements étrangers ou de mettre en oeuvre des «réformes douloureuses» pour redresser l'économie, même si les privatisations promises à l'étranger peinent à venir.

Des réformes qui conduisent à une diminution des retraites et des salaires dans le secteur public, sans que sa popularité n'en pâtisse.




publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer