La Caroline du Nord recule dans la «bataille des toilettes»

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L'adoption de la loi en mars 2016, réglementant dans quelles toilettes devaient aller les personnes transgenres, avait suscité des réactions outrées aux États-Unis et au-delà, se traduisant par des appels au boycottage d'artistes, d'entreprises ou d'institutions sportives.

AFP, SARA D. DAVIS

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Agence France-Presse
Washington

En voulant imposer dans quelles toilettes devaient aller les personnes transgenres, l'État américain de Caroline du Nord a déclenché une «bataille des toilettes» dans laquelle il s'est finalement noyé: la loi controversée a été remplacée par un nouveau texte, qui reste toutefois critiqué par les militants LGBT.

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«Aujourd'hui nous commençons à restaurer notre réputation», a déclaré Roy Cooper, le gouverneur démocrate de la Caroline du Nord, en soulignant que la loi révoquée était un «nuage sombre» planant sur son État situé dans le sud-est du pays.

AP, Chris Seward/The News & Observer

Les deux chambres de l'Assemblée générale de cet État à majorité républicaine se sont prononcées jeudi en faveur de la nouvelle loi, qui abroge de facto la mesure adoptée l'an dernier.

Après le vote au Sénat (32 voix contre 16) et celui à la Chambre des députés (70 voix contre 48), le gouverneur démocrate de la Caroline du Nord a dans la foulée promulgué le texte de sa signature.

«Aujourd'hui nous commençons à restaurer notre réputation», a déclaré Roy Cooper, en soulignant que la loi révoquée était un «nuage sombre» planant sur son État situé dans le sud-est du pays.

Connu sous le nom de HB2 (pour House Bill 2), le texte abrogé concernait une infime minorité d'habitants, mais il a placé la Caroline du Nord en première ligne d'un débat national houleux, sur fond d'accusations de sectarisme.

L'image de la Caroline du Nord en a pâti. Les électeurs locaux l'ont exprimé en ne réélisant pas en novembre le principal promoteur de la loi, l'ancien gouverneur républicain Pat McCrory.

HB2 imposait dans les établissements publics l'utilisation des vestiaires et des W.C. selon le sexe figurant sur l'acte de naissance et non selon l'identité sexuelle à laquelle on s'identifie. Le texte interdisait également aux autorités locales d'adopter des règles se voulant non discriminatoires.

L'adoption de la loi en mars 2016 avait suscité des réactions outrées aux États-Unis et au-delà, se traduisant par des appels au boycottage d'artistes, d'entreprises ou d'institutions sportives.

Bruce Springsteen, Cindy Lauper, le Cirque du Soleil ou encore Ringo Starr avaient annulé des représentations en Caroline du Nord.

Exit la manne du sport

Le groupe Paypal avait renoncé à un vaste projet d'investissement et une centaine de dirigeants de grandes entreprises, dont Apple, Bank of America ou Facebook, avaient protesté auprès de M. McCrory.

La NBA, ligue organisatrice du championnat national de basket-ball, avait transféré ailleurs une rencontre phare de la saison.

Enfin, dans un pays où les rencontres sportives sur les campus génèrent des revenus juteux, le championnat universitaire NCCA s'est retiré de Caroline du Nord.

Au final, au-delà de l'image écornée de l'État, les arguments financiers ont emporté la décision d'en finir avec HB2. Dans une étude publiée mardi, l'agence Associated Press a calculé que la loi ferait perdre à la Caroline du Nord 3,76 milliards $ sur 12 ans.

Reste que HB2 laisse place à un «compromis» âprement négocié, les élus républicains majoritaires ayant refusé une abrogation pure et simple.

«Ce n'est pas mon accord préféré», a admis jeudi le gouverneur Cooper. «Je sais qu'il ne corrige pas tout. Mais c'est le meilleur compromis que nous pouvions obtenir» avec un Parlement républicain aux commandes, a-t-il assuré.

Les conservateurs ont obtenu que seul l'État puisse légiférer sur les personnes transgenres jusqu'en 2020, empêchant les municipalités ou les autorités locales de prendre leurs propres mesures anti-discrimination.

HB2.0

Les associations de défense des transgenres et les militants LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) ont eux clairement affiché leur déception sur un «mauvais compromis», parfois qualifié de «HB2.0».

Le nouveau texte s'inscrit «dans le sens contraire de l'Histoire», a regretté l'organisation Human Rights Campaign.

«Plutôt que d'éliminer des éléments de [HB2], il en entérine d'autres pour le futur proche», a dénoncé le National Center for Transgender Equality.

Malgré la reculade de la Caroline du Nord, la «bataille des toilettes» est vouée à se poursuivre aux États-Unis, notamment sur le terrain judiciaire et probablement jusqu'à la Cour suprême à Washington.

En janvier le Texas a par exemple emboîté le pas de la Caroline du Nord, avec un projet de loi directement inspiré de HB2.

Quant au gouvernement de Donald Trump, il a le mois dernier mis fin à un dispositif de protection des droits des transgenres dans le système public de l'éducation qu'avait instauré Barack Obama.




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