Bâtir le mur ou pas?

La construction d'un mur à la frontière entre... (AP, Gregory Bull)

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La construction d'un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique représente un chantier colossal évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars.

AP, Gregory Bull

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Jeremy Tordjman
Agence France-Presse
Washington

Les affaires avant tout? Aux États-Unis, des entrepreneurs d'origine hispanique offrent leurs services pour bâtir le mur anticlandestins promis par Donald Trump à la frontière mexicaine, malgré la controverse et quelques cas de conscience.

«Étant moi-même d'origine hispanique, cela rend les choses plus compliquées», dit le patron d'une entreprise de collecte de données géologiques au Texas, Michael Luera. Il a répondu au préappel d'offres pour le futur édifice, devenu point d'ancrage du débat brûlant sur l'immigration aux États-Unis. 

Mais sa décision n'a pas été facile. «Quand tous les Mexicains sont pris pour cible, ça m'affecte vraiment parce que beaucoup de ceux qui viennent ici ne sont pas de mauvaises personnes et travaillent dur», raconte cet entrepreneur, Américain depuis trois générations et lui-même d'origine mexicaine.

Chantier colossal 

Pour lui, comme pour beaucoup d'autres, la possibilité de profiter d'un chantier colossal évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars a fait pencher la balance. «C'est une décision purement économique. Quand on voit une opportunité dans son propre jardin, on ne peut pas l'ignorer», assure Mario Burgos, patron d'une société liée aux bâtiments et travaux publics (BTP) au Nouveau-Mexique. «Je vois le mur comme un truc entre bons voisins qui installent une barrière», ajoute-t-il, tout en se disant «gêné par tout ce qui est anti-immigrés».

Si le projet reste encore flou, l'argument économique a également joué auprès de grands groupes comme le franco-suisse LafargeHolcim qui s'est dit prêt, comme son rival mexicain Cemex, à vendre ses matériaux pour «tout type de constructions» aux États-Unis, suscitant la réprobation de l'Élysée. Au total, près de 650 entreprises de toutes tailles, dont 66 listées comme détenues par des «Hispaniques», ont répondu au département de la Sécurité intérieure (DHS) qui avait déposé une «présollicitation» le 24 février.

Certaines entreprises semblent pourtant hésitantes. Le géant irlandais de la construction CRH a ainsi assuré qu'il se tiendrait à l'écart de ce projet, ne le jugeant pas être «dans son intérêt». Et l'entreprise américaine de BTP 84 Lumber a, elle, fait sensation avec un spot publicitaire montrant des ouvriers construisant une porte dans le mur pour laisser entrer une mère et sa fille.

«Rendre service» au pays

Pour certains patrons de PME américaines interrogés, un tel cas de conscience n'a toutefois pas de raison d'être. L'un d'eux, qui s'exprime sous couvert d'anonymat parce qu'il y aurait «beaucoup de tarés dehors», assure vouloir «rendre service» à son pays en participant à un projet qui freinerait l'arrivée de clandestins. «Je suis Hispanique, mais Américain avant tout et je veux m'assurer que les gens obéissent aux lois», dit cet Américain depuis quatre générations. «Si je pars faire la guerre et que je tue quelqu'un, je fais simplement mon travail. Si le gouvernement a besoin de sous-traitants comme moi pour construire le mur, je ne ferais que mon travail», ajoute ce vétéran d'Irak et d'Afghanistan.

Certains préfèrent souligner que les projets d'infrastructures font, par nature, souvent l'objet de contestations. «Tous les projets, que ce soit une centrale nucléaire, une autoroute, un stationnement d'aéroport ou une cité HLM en centre-ville, sont porteurs de controverses», affirme Joe Moreno, patron d'une PME de BTP avec son frère Alfonso dans l'Arizona. «Si on devait éviter tous les projets controversés, nous n'aurions pas de travail», dit-il, affirmant n'être «ni pour, ni contre» le mur de Trump.

M. Moreno assure que ses origines hispaniques seraient un atout pour un tel : «Nous sommes au fait des problèmes qui peuvent surgir dans les deux pays. Et nous comprenons les coutumes et les langues des deux côtés de la frontière.»




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