L'Écosse anti-Brexit fait un pas décisif vers l'indépendance

La première ministre écossaise Nicola Sturgeon a fait... (AP, Frank Augstein)

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La première ministre écossaise Nicola Sturgeon a fait ressurgir l'une des conséquences les plus redoutées du Brexit: l'éclatement du Royaume-Uni.

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Mark McLaughlin, Edouard Guihaire
Agence France-Presse
Édimbourg

En annonçant lundi qu'elle allait lancer un nouveau référendum d'indépendance, la première ministre écossaise Nicola Sturgeon a fait ressurgir l'une des conséquences les plus redoutées du Brexit: l'éclatement du Royaume-Uni.

Alors que Londres se rapproche de la sortie de l'Union européenne, l'Écosse, elle, veut y rester, et rêve, à nouveau, d'indépendance. Car si les Britanniques ont voté à 52% en faveur d'un divorce avec l'UE lors du référendum historique du 23 juin 2016, les Ecossais s'étaient eux prononcés à 62% pour un maintien dans le giron européen.

Farouchement hostile au Brexit, en particulier à la sortie du marché unique, la première ministre écossaise Nicola Sturgeon a annoncé lundi qu'elle demanderait la semaine prochaine l'autorisation d'organiser un référendum pour l'indépendance de la province fin 2018 ou début 2019.

«J'estime qu'il est important que l'Écosse soit en mesure de décider de son futur», a-t-elle déclaré.

La cheffe des indépendantistes SNP n'a cessé depuis juin de répéter qu'une sortie de l'UE justifierait l'organisation d'une nouvelle consultation, après celle de septembre 2014, remportée par le «non» (55%) et vécue comme un rendez-vous manqué avec l'Histoire par les nationalistes.

L'annonce a pris de court au Royaume-Uni, intervenant au moment même où le Parlement s'apprête à donner son feu vert définitif au déclenchement du Brexit.

Selon Mark Diffley, directeur Écosse de l'institut Ipsos Mori, la très populaire Mme Sturgeon nourrit «l'espoir qu'en menant une campagne très différente de celle de 2014, alors qu'on se dirige vers un Brexit dur, elle réussira à convaincre suffisamment d'électeurs».

Un référendum «sous conditions»? 

Nicola Sturgeon, 46 ans, dont trente ans de militantisme nationaliste, avait préparé le terrain la semaine dernière en justifiant l'organisation d'un référendum à l'automne 2018.

«Je pense que quand le genre d'accord obtenu par le Royaume-Uni sur la sortie du pays de l'Union européenne deviendra clair, ce serait une date logique (...) si c'est le chemin que nous choisissons de prendre», a-t-elle dit sur la BBC.

L'Écossaise devra toutefois franchir toute une série d'obstacles.

À commencer par l'opposition de la première ministre conservatrice Theresa May. «Les habitants de l'Écosse méritent un premier ministre concentré sur leurs priorités» et «pas un nationalisme borné», a-t-elle lancé début mars à Édimbourg.

Downing Street a réitéré cette position lundi dans un communiqué en condamnant «un facteur de division» intervenant «au pire moment possible».

Mais Theresa May peut-elle vraiment empêcher un nouveau référendum? Ce serait prendre le «risque de pousser l'opinion publique dans les bras de l'indépendance», estime Mark Diffley.

L'option la plus probable, développe-t-il, serait que la première ministre accorde un nouveau vote sous «conditions», en exigeant par exemple «qu'il ne puisse pas avoir lieu avant que l'accord sur le Brexit ne soit conclu» avec l'UE, soit pas avant 2019.

Nicola Sturgeon, qui jouera vraisemblablement son poste avec cette consultation, devra également s'assurer du soutien d'une opinion pas encore totalement prête à franchir le pas, même si le soutien à l'indépendance progresse (48% des Écossais favorables, selon un sondage BMG publié lundi).

Elle devra enfin présenter un projet économique solide et ambitieux pour l'Écosse, qui a accusé un déficit de 15 milliards de livres (17,4 milliards d'euros) pour l'exercice 2015-16, conséquence notamment de l'arrivée à maturité des champs pétroliers de mer du Nord et de l'impact de la chute des cours mondiaux.

Inextinguible passion

Mais les indépendantistes se sentent confortés par une série de victoires électorales depuis 2015.

«Je suis pour l'indépendance, parce que l'Angleterre, emmenée par Westminster (siège du pouvoir à Londres), va dans une direction qui n'est pas celle de l'Écosse», dit Ian Greenhalgh, un militant SNP de 52 ans.

D'autres estiment que le gouvernement ne respecte pas sa promesse, faite lors du référendum de 2014, de faire de l'Écosse un «partenaire égal» si elle optait pour le maintien dans le royaume de Sa Majesté.

«On nous a promis beaucoup de choses», râle Paul Fraser, un militant SNP de 45 ans. «Et au final, on se retrouve emportés par la vague xénophobe qui déferle sur le Royaume-Uni. Moi, je crois que l'Écosse a tout ce qu'il faut pour être un pays juste pour tous».




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