Les survivants racontent «le massacre» à l'hôpital militaire de Kaboul

L'hôpital a été bouclé et les assaillants abattus.... (AP, Rahmat Gul)

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L'hôpital a été bouclé et les assaillants abattus.

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Usman Sharifi
Agence France-Presse
Kaboul

La voix chevrotante, l'infirmier Abdul Qadeer n'a pas encore digéré l'horreur qu'il vient de vivre à l'hôpital militaire de Kaboul, pris d'assaut par des insurgés islamistes : il est tombé nez à nez avec un assaillant puis a vu des collègues se jeter dans le vide pour fuir.

Dans la matinée, blouse blanche sur le dos pour tromper les gardes et fusil d'assaut au poing, les assaillants ont pénétré sur l'énorme complexe de l'hôpital militaire Sardar Daud Khan, en plein coeur de la capitale afghane, mitraillant à tout-va dans les couloirs.

L'assaut, revendiqué par le groupe État islamique (EI), a duré six heures, fait près de 40 morts et plus de 70 blessés, dont des patients, des médecins et des infirmiers. Cette énième opération d'insurgés armés dans Kaboul s'est soldée par la mort des assaillants, tués par les forces afghanes dépêchées sur place.

Le crépitement assourdissant des mitraillettes a fait bondir Abdul Qadeer, infirmier au bloc opératoire. Dans sa fuite, il est tombé sur l'un des assaillants au moment où ce dernier criblait de balles patients et gardes au troisième étage.

«Un ami était juste devant moi et il a été touché», raconte Qadeer à l'AFP. «Pendant un moment, je n'ai pas pu bouger et puis j'ai dû sauter (hors du bâtiment) pour fuir». Le soignant s'en est tiré avec de graves blessures.

Pour tenter d'échapper aux assaillants, certains de ses collègues se sont cachés pendant toute la durée de l'assaut, en appelant à l'aide sur les réseaux sociaux.

«J'étais horrifié»

Majib Mojib, le responsable des soins intensifs, s'est, lui, cassé la jambe en sautant du troisième étage.

«J'étais horrifié. J'ai vu les assaillants tirer sur les médecins et les patients qui hurlaient», explique-t-il depuis un autre hôpital de la ville où il était soigné. «Beaucoup d'entre eux n'ont pas survécu. C'était un massacre».

Pendant les six longues heures de l'assaut, les proches des victimes sont restées à l'entrée de l'hôpital dans l'espoir d'en savoir un peu plus. Mais à l'angoisse et aux larmes s'est vite mêlée une colère dirigée contre les autorités, accusées d'incurie.

«Mon frère (un soldat afghan) a été blessé sur le champ de bataille, mais il s'est fait tuer dans un hôpital militaire», fulmine un homme. «Il a été tué là où il aurait dû être soigné et protégé».

«Joyau» du système sanitaire afghan

L'hôpital Sardar Daud Khan et ses 400 lits est considéré comme le «joyau» du système sanitaire afghan et traite aussi bien les soldats qui se battent contre les talibans que les insurgés eux-mêmes.

L'attaque a provoqué une cascade de réactions indignées, Médecins sans Frontières (MSF) estimant que les «hôpitaux doivent être des endroits sûrs où les médecins soignent les blessés et les malades».

Pour certaines victimes, aux blessures physiques s'ajoute la détresse. «J'ai survécu et ma jambe est en train d'être soignée, mais quand je me pense à mes patients et mes collègues qui y sont restés, j'ai les larmes aux yeux», souffle Majib Mojib.

Deux hommes pleurent la mort d'un ou des... (AP, Rahmat Gul) - image 2.0

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Deux hommes pleurent la mort d'un ou des proches.

AP, Rahmat Gul

«Priez pour nous»

Quelques minutes après le début de l'attaque, un médecin avait exprimé sa détresse en direct sur Facebook: «Les assaillants sont entrés dans l'hôpital, priez pour nous».

L'hôpital Sardar Daud Khan est connu pour soigner tous les blessés de guerre, des forces de l'ordre afghanes comme des insurgés.

Le chef de l'exécutif, Abdullah Abdullah, a promis de «ne jamais pardonner à ces criminels».

Cette opération intervient une semaine après une double attaque-suicide revendiquée par les talibans, le 1er mars, contre deux enceintes des services de sécurité à Kaboul, police et renseignements (NDS); elles avaient fait officiellement 16 morts et plus d'une centaine de blessés.

Mardi soir, deux tirs de roquette ont visé la même zone, près de l'ambassade des États-Unis à Kaboul, selon des sources occidentales.

Les ambassades occidentales situées dans le quartier résidentiel de Wazir Akhbar Khan, à quelques centaines de mètres de l'hôpital attaqué, étaient placées en état d'alerte mercredi.

La dernière attaque insurgée d'envergure contre un hôpital afghan remonte à juin 2011: 38 personnes, principalement des femmes et bébés qui se trouvaient dans la maternité, avaient été tuées dans un attentat-suicide à la voiture piégée dans la province du Logar, à 75 km au sud de Kaboul.

Les talibans avaient alors nié toute implication dans l'attentat et l'avaient condamné.




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